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Le classement de Shanghai ne compte que trois universités françaises parmi les 100 premières mondiales.
Le classement de Shanghai ne compte que trois universités françaises parmi les 100 premières mondiales.
©Reuters

Au boulot !

Refonder l'école, c'est bien, à condition de ne pas perdre de vue que la finalité du système éducatif doit être l'emploi

Alors que les Assises de l'enseignement supérieur et de la recherche se poursuivent, le constat sur l'inadaptation des formations aux besoins des marchés est cinglant.

Jean-Claude  Beaujour

Jean-Claude Beaujour

Jean-Claude Beaujour est avocat. Il est également vice-président de France-Amériques.

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En France, on ne peut pas dire que notre système éducatif souffre d’un manque d’attention. Chaque nouveau gouvernement, chaque nouveau ministre de l’Education entend réformer notre système de fonds en comble en nous annonçant que grâce à sa future réforme tout ira mieux. Pourtant, jusqu’à présent les performances de nos écoles et universités ne cessent globalement de chuter. Tous les trois ans, l’OCDE organise une grande enquête baptisée Pisa (Programme International pour le suivi des acquis des étudiants), afin de mesurer les compétences acquises en fin de scolarité obligatoire dans 65 pays. C’est peu dire que les jeunes français n’y brillent pas. Lors de la dernière étude en 2009, ils ont terminé 22ème en lecture, 27ème en sciences et 22ème en mathématiques. Loin derrière les Chinois, les Coréens du Sud où encore les Singapouriens, dont le gouvernement a adopté pour devise : « Nous ne sommes pas les plus riches, ni les plus puissants, ni les plus nombreux. Pour gagner la compétition mondiale, il nous faut donc absolument être parmi les plus capables et les plus instruits de la planète».

Du côté de l’enseignement supérieur, nous ne sommes guère mieux lotis puisque que le classement de Shanghai, qui fait référence en la matière, ne compte que trois universités françaises parmi les cent premières mondiales : Paris-Sud Orsay (Paris IV) à la 37ème place, Pierre-et-Marie (Paris VI) à la 42ème place et l’Ecole Normale Supérieure à la 73ème place, loin derrière le peloton de tête trusté par les universités américaines et anglaises.  

S’il ne souffre pas d’un manque d’attention, le système éducatif français souffre bien d’isolement et de ce qui peut apparaître comme un repli sur lui-même. Les assises de l’enseignement supérieur et de la recherche qui ont eu lieu récemment en sont une nouvelle fois une parfaite illustration. Alors que l’inadaptation des formations aux besoins du marché des entreprises semble être aujourd’hui un constat partagé par la majorité, le monde de l’entreprise a été le grand absent de ces assises ! On a du mal à croire que dans la thématique « Agir pour la réussite de tous les étudiants » - une des trois thématiques des assises -, le monde de l’entreprise soit à peine mentionné et encore moins sollicité. C’est symptomatique de notre système éducatif qui est conçu par des enseignants qui continuent, dans leur grande majorité, d’entretenir la plus grande prévention à l’égard des réalités économiques en général, et du monde de l’entreprise en particulier.

Le taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans en France est aujourd’hui de plus de 25% en France. Comment peut-on espérer enrayer ce phénomène en proposant à nos étudiants des filières, certes intéressantes, mais qui conduisent à des voies de garage ? Pour être performant, notre système éducatif doit prendre en compte les envies de chacun de ses étudiants, mais il a avant tout la responsabilité de leur offrir les capacités de trouver des débouchés à la fin de son cursus. Pourquoi laisser des dizaines de milliers d’étudiants s’engager en premier cycle de sciences sociales ou de lettre et sciences du langage avec le coût financier qui en découle, lorsque l’on sait que, malgré la qualité des cours qui sont prodigués, ces cursus n’offrent pas de débouchés dans le monde du travail ?

Pour lutter contre le manque de débouchés, cessons de réfléchir à des dispositifs d’insertion et prenons le problème davantage en amont en développant les formations professionalisantes et l’apprentissage. Trop souvent dans les esprits, et chez les parents en premier lieu, ces formations sont synonymes d’échec scolaire, alors qu’elles sont en réalité synonymes d’insertion professionnelle réussie ! Cette méthode duale - une partie de l’enseignement se fait en entreprise, une autre sur les bancs de l’école- donne en général d’excellents résultats. Environ 80% des apprentis décrochent leurs examens en fin de parcours et un grand nombre d’entre eux est embauché par l’entreprise qui les a accueillis. Ce n’est pas un hasard si l’Allemagne en a fait depuis des décennies, l’un des fers de lance de son système éducatif. Outre-Rhin, 1,6 millions de jeunes de tous niveaux et 60% des entreprises y ont recours, alors qu’en France cela concerne moins de 500.000 élèves et moins de 35% des entreprises.

La réussite d’un étudiant passe par la qualité de son cursus, mais également par la capacité de celui-ci à répondre aux besoins exprimés par les entreprises. La volonté de la ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Geneviève Fioraso, de faire du doublement de doubler du nombre d’étudiants en alternance une priorité ne doit pas rester un vœu pieu. N’oublions pas que c’était déjà une priorité du gouvernement précédent ! Désormais, nous n’avons plus le luxe d’attendre, il faut agir !

Cela signifie de lever barrières qui entravent encore le développement de ces filières en simplifiant des dispositifs juridiques et fiscaux souvent jugés complexes et surtout en lançant une grande campagne de promotion des filières alternance et apprentissage qui sont encore trop souvent vus et vécus pas les étudiants comme des cursus de second zone. Traitons-les à leur juste valeur et élargissons au plus grand nombre l’accès de ces voies royales pour l’emploi ! Il n’y a plus qu’à espérer que ce point crucial figure dans le rapport des assises de l’enseignement supérieur et de la recherche, qui préfigurera à la reforme que mènera le gouvernement actuel. Dans le cas contraire, ce n’est pas tout de suite, malheureusement, que nous pouvons espérer voir baisser le chômage de nos jeunes actifs.

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