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Des Taïwanais font la queue pour entrer dans un supermarché, à Taipei.
©Sam Yeh / AFP

Le dragon discret

Record du monde de la croissance en 2020 : les secrets de Taïwan sont-ils vraiment hors de notre portée ?

Avec 2,98 % de croissance en 2020, Taïwan se hisse à la première place au classement des pays développés. Le pays a su tirer profit de son expérience des précédentes pandémies pour ne pas laisser le coronavirus gripper son industrie.

Michel Fouquin

Michel Fouquin

Michel Fouquin est conseiller au Centre d'Etudes Prospectives et d'Informations Internationales (CEPII) et professeur d'économie du développement à la faculté de sciences sociales et économiques (FASSE).

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La pénurie de composants électroniques de dernières générations qui agite les gouvernements des pays les plus développés a révélé qu’une petite île du Pacifique, Taïwan, en était un des centres majeurs de production, avec notamment l’entreprise Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC) leader mondial dans sa catégorie, la seule entreprise au monde (avec Samsung semble-t-il) à maîtriser la production de la dernière génération de composants, essentiels aux futurs smartphones, ordinateurs, à la 5G et aux voitures autonomes entre autres. Grâce à cette industrie, l’économie de Taïwan bénéficie d’une forte croissance de ces exportations et connaît in fine la plus forte croissance en 2020 des pays développés.

Pourtant rien ne permettait de penser en 1950 qu’un des pays les pauvres du monde serait capable d’une telle prouesse. A cette époque l’île est envahie par deux millions de réfugiés fuyant le continent et les armées de Mao. Ils ont tout perdu et viennent s’agglutiner sur une île déjà surpeuplée. Le niveau de vie local est un des plus faibles au monde. Seule la présence militaire américaine empêche jusqu’à aujourd’hui le débarquement des armées du continent. L’île est sous la menace permanente d’une invasion à laquelle la Chine n’a jamais renoncé.

Le développement économique de Taïwan repose sur son ouverture à l’international et tout d’abord sur son accès privilégié au marché américain ainsi que sur une gestion sur une gestion macroéconomique prudente, se traduisant par d’importants excédents de sa balance des paiements courants. Au début des années soixante les Etats-Unis, qui constatent que leur politique d’aide aux pays d’Asie non communistes coûte de plus en plus cher pour des résultats médiocres, décident d’imposer une stratégie de développement par l’exportation de produits exigeants une main-d’œuvre abondante, disciplinée et de bon marché. A cette fin le marché américain leur est grand ouvert. C’est le cœur du succès des pays d’Asie orientale de cette époque jusqu’à nos jours, ironiquement c’est aussi celui de la réussite de la Chine communiste. Les étapes du développement passent des industries de main d’œuvre dans les années soixante et soixante-dix, aux industries lourdes de la chimie et l’acier dans les années quatre-vingt. Enfin la priorité est mise sur les industries de la communication dans les années quatre-vingt-dix avec les produits de l’électronique grand public, les ordinateurs et les composants. Initialement Taïwan comme la Corée du sud agit comme un assembleur de composants importés des États-Unis, puis progressivement passe à la fabrication pour le compte des grandes entreprises occidentales, principalement américaines. Les entreprises occidentales dessinent les produits mis à la disposition de leurs consommateurs que les pays d’Aise fabriquent.

Dans les années quatre-vingt-dix le gouvernement de Taïwan, comme celui de la Corée, se lance dans une politique de recherche de son autonomie industrielle dont elle transmet les résultats à ses industriels et qui à leur tour commence à concevoir leur propres produits et à s’émanciper sur le plan de la technologie. Pour y arriver le plan consiste, entre autres mais c’est central, à encourager les meilleurs étudiants taiwanais à partir étudier dans les meilleures universités de technologie américaines ou européennes, puis de se former dans les entreprises de la Silicon Valley ou d’ailleurs et enfin d’encourager vivement leur retour à Taïwan même pour y créer leur propre entreprise en bénéficiant de l’aide substantielle de l’état.

En cette période de pandémie la demande mondiale adressée à Taiwan joue à nouveau le rôle moteur dans la croissance remarquable de l’île (il en va de même pour la Chine et pour le Vietnam). Dans un tel environnement porteur pour les exportations de Taiwan, la croissance de ce pays apparaît exceptionnelle. La gestion de la pandémie a été remarquable à la fois grâce à la qualité des infrastructures sanitaires du pays, grâce au fait aussi que le pays a fait l’expérience de précédentes pandémies et a pu mettre au point à temps son système de prévention et de traitement ordre de bataille ; enfin n’oublions jamais que l’île est sous la menace du continent et ne peut pas se permettre le moindre signe de faiblesse, toutes circonstances qui n’existent pas en Europe. Le dernier facteur qui a pu jouer pour expliquer la réactivité et l’efficacité de Taiwan est d’ordre culturel : l’enseignement du confucianisme favorise la discipline collective par rapport aux libertés individuelles, ici pas question de refuser de se soumettre à des contrôles étroits de porter son masque ou de se faire vacciner. Cela ne se fait pourtant pas au détriment de la démocratie politique comme le confirment les dernières élections présidentielles du mois de janvier.

L’un des éléments clefs de la réussite Taïwanaise résulte de sa capacité à apprendre des meilleures universités et entreprises occidentales pour ensuite reproduire chez eux les expériences accumulées. En France où l’on dispose d’excellentes formations scientifiques, d’instituts de recherche et de grandes entreprises de classes mondiales, nous sommes cependant en perte de vitesse. En effet de plus en plus de jeunes qualifiés quittent le pays sans perspectives de retour. C’est une des grandes différences avec Taïwan et avec les autres pays d’Aise orientale. La Chine comme le Japon ou encore la Corée du sud veillent scrupuleusement à encourager le retour de leurs étudiants les plus prometteurs en leur offrant des conditions de travail et d’investissement exceptionnelles.

La prise de conscience de ce phénomène est bien réelle mais lente en France et où l’on sombre parfois dans un excès de pessimisme, alors que les atouts sont bien présents mais mal utilisés.

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