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Pour Nicolas Sarkozy, la reconquête de l'Elysée devait passer par la séduction de la presse
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Dans les coulisses de la campagne

Pour Nicolas Sarkozy, la reconquête de l'Elysée devait passer par la séduction de la presse

Entrez dans les coulisses d’une élection hors norme, ultime combat d’un homme qui se croyait imbattable. Dans "Le Naufragé", nourri de dizaines de rencontres, Jérôme Chapuis et Benjamin Sportouch lèvent le voile sur les conversations secrètes, les rivalités entre conseillers de l’ombre et les doutes de la majorité qui ont émaillé la campagne de Nicolas Sarkozy (Extrait 2/2).

Jérôme  Chapuis et Benjamin Sportouch

Jérôme Chapuis et Benjamin Sportouch

Jérôme Chapuis (RTL) et Benjamin Sportouch (L’Express) ont suivi au quotidien la campagne de Nicolas Sarkozy.

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Sourire carnassier, œil charmeur. Le président est en mode Je t’aime moi non plus. Quelques heures plus tard, ce même 31 janvier, la Salle des Fêtes de l’Élysée est à nouveau pleine comme un œuf. Pour la dernière fois de son quinquennat, Nicolas Sarkozy présente ses vœux à la presse. À vrai dire, on peut aussi bien considérer qu’il s’agit d’une première. En cinq ans, contrairement à ses prédécesseurs, le président ne s’est jamais prêté à ce jeu.

En 2008 et 2011, il avait convoqué une conférence de presse. En 2009 et 2010, il avait tout simplement zappé l’exercice. Ce bilan est à l’image de son rapport avec les journalistes : passionnel et paradoxal. L’allocution qu’il prononce ce jour-là est dans la droite ligne de cette histoire tourmentée.

Il commence fort : « J’ai beaucoup hésité à vous présenter mes vœux. » Rires et soupirs dans l’assistance. Et le voilà qui se livre à une comparaison audacieuse entre la vie conjugale et son rapport avec les journalistes.

« Je ne détecte dans notre couple aucun des stigmates annonciateurs d’un divorce. La lassitude ? Franchement, je ne détecte pas de lassitude. Je vois même que vous m’avez élu homme de l’année 2011. J’espère que ce n’est pas pour vous débarrasser de moi en 2012. » Derrière l’humour, la volonté de séduire à nouveau.

Nicolas Sarkozy semble convaincu que le magnétisme opère toujours. « Je vois bien comme je vous déçois quand je suis en deçà de vos attentes. Je vois bien vos tentatives pour me remplacer, pour essayer autre chose, pour espérer ailleurs où l’herbe est toujours plus verte. Jusqu’à présent, vous êtes toujours revenus. »

En plus petit comité, il se montre convaincu d’être pour la presse un sujet beaucoup plus intéressant que François Hollande.

Quelques jours plus tôt, à Cayenne, au cours du fameux off qui a défrayé la chronique, il se laissait aller à imaginer les journaux, au lendemain de la victoire du candidat socialiste : « Je vois bien à quoi pourraient ressembler vos premiers articles : “Le président normal a fait un déplacement normal.” Le lendemain : “Le président normal a fait un discours normal.” Le surlendemain : “Il nous emmerde, le président normal !” Vous ne tarderiez pas à me regretter. »

Sa campagne de reconquête passe par la presse, mais Nicolas Sarkozy n’entend pas apparaître comme le candidat du système. Il dit souvent à ses amis : « S’il y a une profession que les Français détestent encore plus que les politiques, ce sont les journalistes. » Alors, dans un même discours, il dorlote, malmène et se dit malmené : « La France est un pays où la presse est tellement libre qu’elle n’est pas obligée d’être impartiale. »

Il fait dans l’autocritique : « Au début, on a tellement envie de séduire ! Rien n’est trop beau pour vous convaincre. On prend pour des trahisons ce qui n’est au fond qu’une liberté professionnelle. » Mais c’est pour mieux retomber dans la posture du mal-aimé : « La seule façon de progresser, c’est d’être critiqué et là, franchement, merci ! »

Il finit par inviter chacun à la sagesse : « Quand on met des sentiments dans des rapports professionnels, comme nous avons fait, on se trompe. Quand on met du professionnalisme, on s’apaise. »

Puis, durant une heure, il reste à discuter avec les patrons de presse, les reporters, les producteurs. À ceux qui, dans cette foule compacte, lui font remarquer qu’il est talonné dans les sondages par Marine Le Pen et que François Hollande flirte avec les 60 % d’intentions de vote au second tour, Nicolas Sarkozy répond, bravache : « Imaginez l’ennui d’un monde où la presse ne se tromperait pas. »

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Extrait de Le naufragé - L'histoire secrète d'une descente aux enfers, FLAMMARION (11 mai 2012)

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