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Une vue de la Terre depuis l'espace.
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©Nasa / Afp

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Réchauffement climatique : les impacts déjà visibles sont les prémices de ce qui nous attend

François-Marie Bréon a publié « Réchauffement climatique » aux éditions HumenSciences. En distinguant clairement les certitudes scientifiques et les simples hypothèses, le physicien François-Marie Bréon nous donne les moyens d'avoir une opinion éclairée sur le réchauffement climatique, ses causes, ses impacts et les possibilités d'actions. Il souligne l'importance des citoyens que nous sommes tous, pour gagner la bataille du climat. Extrait 1/2.

François-Marie Bréon

François-Marie Bréon

François-Marie Bréon est chercheur physicien au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement. Il a participé à la rédaction du 5ème rapport du GIEC. Il est spécialiste de l'utilisation des données satellitaires pour comprendre le climat de la Terre. Membre du conseil scientifique de l'Association française pour l'information scientifique (Afis).

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Il est absolument certain que la température de la Terre va continuer à s’élever et ce réchauffement va concerner la grande majorité des régions du globe. De même, la hausse du niveau des mers est une certitude, même si les estimations pour la fin du siècle vont de 30 centimètres à plus d’un mètre. En revanche, il est vrai que des incertitudes importantes demeurent sur l’évolution du cycle hydrologique. On sait que, dans un climat plus chaud, l’évaporation est accélérée et l’atmosphère contient plus d’eau, ce qui laisse penser que les précipitations extrêmes vont devenir plus intenses. Cependant, les modélisations climatiques divergent sur l’évolution des précipitations dans de nombreuses régions. Or, les impacts du changement climatique sont beaucoup liés au cycle de l’eau : quantité de précipitation annuelle, saisonnalité de ces précipitations, fréquences des sécheresses ou des précipitations intenses conduisant à des inondations… Il peut donc y avoir une marge d’erreur importante sur les conséquences du changement climatique au niveau local. Néanmoins, les rapports du GIEC font état des conséquences certaines ou probables du changement climatique à venir et discutent des autres risques dont la réalité n’est pas encore avérée.

Des impacts délétères sur l’agriculture sont déjà visibles. Certes, la hausse du CO2 atmosphérique est favorable à la croissance de la majorité des plantes, mais celle des températures est, au contraire, souvent néfaste. On observe déjà plus de conséquences négatives que positives sur la productivité agricole et l’on s’attend à ce que cette situation s’aggrave avec la montée du mercure. Les impacts bénéfiques du changement climatique sur l’agriculture se produisent surtout aux hautes latitudes et en altitude. Mais, même dans ces régions, rien ne dit que les effets favorables l’emportent sur les défavorables. Clairement, les impacts sont particulièrement critiques dans les pays agraires ou qui n’ont pas les ressources suffisantes pour avoir recours aux importations. Le nombre de communautés humaines non autosuffisantes pour leur alimentation devrait donc augmenter. Cette situation peut être plus ou moins compensée par des importations de denrées agricoles, mais c’est là une vulnérabilité et elle peut conduire à des situations dramatiques en cas d’instabilité.

Autre évidence, la montée du niveau des mers va menacer les communautés qui vivent en littoral, c’est-à-dire potentiellement plusieurs centaines de millions de personnes. Le Bangladesh est souvent cité parmi les régions du monde qui auront à subir de plein fouet cette hausse. La majorité de sa population habite en effet dans des zones peu élevées et ce pays manque de ressources pour mettre en place des parades. On peut aussi mentionner le Vietnam, dont une grosse partie de la surface agricole est située à peine au- dessus du niveau des eaux. En Europe, on pense aux Pays- Bas qui ont conquis des terres en asséchant des zones situées carrément sous le niveau de la mer. Elles sont protégées par d’immenses digues, mais combien de temps celles- ci pourront- elles faire face ? On se représente souvent la montée des flots comme un phénomène lent et graduel. En fait, le niveau moyen des mers s’ajoute à une variabilité temporelle forte, qui est due d’une part aux marées, et d’autre part aux événements météorologiques de type tempêtes. Ainsi, une tempête violente qui, aujourd’hui, n’impacte que le littoral immédiat pourra, avec l’élévation du niveau moyen de la mer, conduire à des inondations dans des zones que l’on croyait protégées. Nous ne verrons donc pas un envahissement progressif des terres par la mer, mais plutôt une augmentation de la fréquence des inondations. Le drame de La Faute- sur- Mer, en France, en 2010, illustre ce phénomène : la digue aurait pu encaisser sans problème l’impact de la tempête Xynthia si celle- ci n’était pas arrivée en même temps qu’une grande marée, le tout conduisant à son débordement et aux inondations qui ont suivi en contrebas. Les tempêtes du futur, sans même évoquer une augmentation possible de leur intensité, pourront avoir des impacts plus graves en bord de côtes puisqu’elles s’ajouteront à un niveau de la mer déjà surélevé par rapport à aujourd’hui.

Et l’on songe aussi, bien sûr, aux conséquences sur la santé. La canicule de 2003 a provoqué 15 000 décès en France, et encore plus en Italie – seul pays où les conséquences, en matière de mortalité, ont été similaires à celles de la France. C’était un événement extrême dont l’amplitude et la durée ont surpris les climatologues, pourtant bien conscients du réchauffement climatique en cours. En 2019, la canicule estivale a été encore plus intense ; de nombreux records qui dataient de 2003 sont tombés. Heureusement, les conséquences ont été somme toute modérées, d’une part parce que les services sociaux étaient cette fois préparés, mais aussi parce que l’épisode chaud a duré moins longtemps. Il ne fait aucun doute que la fréquence des épisodes de canicule va augmenter, avec un impact sur la santé des populations, mais aussi que nous pourrons, en partie, nous adapter à ces événements récurrents. Cependant, le réchauffement du climat a aussi des conséquences indirectes en matière de morbidité et de mortalité. Ainsi, il faut s’attendre à une augmentation des maladies d’origine alimentaire ou hydrique puisque les températures élevées favorisent le développement des bactéries pathogènes. De même, il est probable que les maladies transmises par les insectes, comme la fièvre du Nil ou le paludisme, vont se déplacer vers le nord, et donc vers des populations actuellement peu ou pas du tout exposées.

Les impacts du changement climatique sur les écosystèmes seront plus sévères encore. Les animaux notamment en seront les premières victimes puisqu’ils ne bénéficient pas des mêmes ressources pour s’adapter. On l’a récemment vu avec l’exemple dramatique des feux intenses, en Australie en janvier 2020, qui ont touché d’immenses surfaces de forêts et ont conduit à la mort de très nombreux animaux (sans doute plus d’un milliard), et surtout à la disparition de leur habitat, ce qui assombrit leur avenir. C’est encore là une conséquence directe du changement climatique qui conduit à des étés plus chauds, favorisant le départ et la propagation des flammes. Au- delà des événements dramatiques de ce type, le changement climatique agit déjà sur de nombreuses espèces, avec un déplacement vers les pôles ou en altitude de leur zone d’habitat. Le comportement des oiseaux migrateurs change. À terme, on peut craindre la disparition totale de certaines espèces. Cependant, gardons- nous de surévaluer la part du changement climatique sur les extinctions en cours ou qui se sont déjà produites. La plus forte pression et la plus directe reste celle exercée par l’Homme : nous sommes la principale cause de la disparition de certaines espèces. Les facteurs sont multiples : citons la chasse et la surpêche, les insecticides qui pèsent sur l’ensemble de la chaîne alimentaire, et surtout la perte d’habitats. De plus en plus de surfaces sont anthropisées (transformées par la main de l’Homme) pour construire des infrastructures ou y implanter de l’agriculture ou de la sylviculture. Ce sont autant de surfaces qui ne sont plus disponibles pour le développement de la biodiversité, qui s’y trouvait préalablement. Le changement climatique a donc un réel impact sur les écosystèmes mais, aujourd’hui, ce n’est pas encore le principal.

Extrait du livre de François-Marie Bréon, « Réchauffement climatique », publié aux éditions HumenSciences

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