Quelques antisèches pour avoir le dernier mot si les conversations de votre réveillon se noient dans les idées reçues | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Quelques antisèches pour avoir le dernier mot si les conversations de votre réveillon se noient dans les idées reçues
©wikipédia

Coupe-sifflet

Quelques antisèches pour avoir le dernier mot si les conversations de votre réveillon se noient dans les idées reçues

Que ce soit à propos des catastrophes naturelles, de l'immigration, de la situation de la Corse ou encore du caractère inébranlable de Vladimir Poutine, les retrouvailles de fin d'années et autres réveillons n'amènent pas uniquement des plats délicieux à table. Petit florilège d'éléments indispensables pour recadrer les débats.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

Voir la bio »
Vincent  Laborderie

Vincent Laborderie

Vincent Laborderie est chercheur à l'Université Catholique de Louvain, ses recherches sont particulièrement concentrées sur les conditions de reconnaissance d'un État, les processus menant à l'indépendance et l'évolution du fédéralisme belge. 

Voir la bio »
Laurent Chalard

Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant, membre du think tank European Centre for International Affairs.

Voir la bio »
Frédéric Decker

Frédéric Decker

Météorologue - Climatologue à MeteoNews et Lameteo.org

Voir la bio »
Cyrille Bret

Cyrille Bret

Cyrille Bret enseigne à Sciences Po Paris.

Voir la bio »
Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

Voir la bio »

Les Français préfèrent l’original à la copie

Vraiment ? Il semble plutôt que les électeurs et, pas seulement français, soient en recherche d’authenticité. Outre-Atlantique Donald Trump se voit reconnaître cette qualité, ce qui lui vaut de rester en tête de la course à l’investiture chez les Républicains, quand bien même on peut être certain qu’une partie de ses soutiens n’est nullement dupe du manque de réalisme de plusieurs de ses promesses.

“En France, il y a évidemment une quête d'authenticité exprimée dans  l'opinion publique qui est d'autant plus prégnante à mesure que le désespoir ressenti devant l'absence de programme politique et de solutions anti-crise s'accroît”, note le conseiller en communication Jean-Luc Mano. La valeur “authenticité” fonctionne, confirme Jean-Daniel Lévy (Harris Interactive), dans la mesure où un politique disant vraiment ce qu’il pense se distinguera de l’environnement politique dans lequel il se trouve. Ce dernier tend à être beaucoup trop tourné sur la communication. Ainsi, un politique qui apparaîtra cohérent avec ses convictions, bénéficiera d’une meilleure opinion.”

Sur la politique : "La gauche et la droite, c’est pareil"

Et si cette qualité est peut-être davantage reconnue à des personnalités complètement hors système comme tendait à le montrer un étonnant sondage d’Atlantico ou à des hommes et femmes politiques n’ayant pas exercé  le pouvoir, ce n’est pas une fatalité. Nicolas Sarkozy en est l’exemple... et le contre-exemple. En France, l’idée que Nicolas Sarkozy serait à la peine en ce moment parce que les Français préféreraient l’original (comprenez le FN) à la copie n’est pas convaincante. En 2007, le candidat Sarkozy, qui avait déjà mené une campagne très à droite, avait séduit surtout par son authenticité et sa sincérité, comme se rappelle Emmanuel Rivière (TNS Sofres) : “Je me souviens que quand on travaillait sur la présidentielle de 2007 concernant Nicolas Sarkozy, l’un de ses atouts maîtres était que les gens disaient de lui : « On a l’impression qu’il parle à notre place, on a l’impression de s’entendre parler par sa bouche ». Et de ce point de vue-là, il y a eu aussi une forme de prime à l’authenticité et à la proximité.” En plus d’être authentique, Nicolas Sarkozy était perçu comme étant en position de changer les choses puisque candidat d’un parti en mesure de gouverner. C’est sans doute cette touche d’authenticité dont les électeurs ne le créditent plus... pour le moment. Mais, comme le rappelle Roland Hureaux dans un article récent sur les “racines de l’aversion” à l’égard de Nicolas Sarkozy : “Qu'il nous présente une nouvelle image, cohérente sans être artificielle. Il a visiblement aujourd'hui un gros déficit du côté de la gestion de son image. (...) Comme l'homme a des ressources, rien n'est joué”.

C’est l’antienne bien connue du FN : celle de l’UMPS devenue l’RPS. La gauche et la droite, ce serait absolument pareil : aux mêmes maux, les mêmes remèdes ou absence de remèdes. C’est aussi l’excuse si souvent agitée par les défenseurs de l’exécutif en place : la droite n’a pas fait mieux. En mai dernier, Atlantico a comparé les résultats de François Hollande et ceux de Nicolas Sarkozy du point de vue de leurs performances économiques avec pour point de repère celles des partenaires européens de la France. Nicolas Goetzmann avait alors retenus trois indicateurs :

- le niveau de confiance des acteurs économiques :  “Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, mois après mois, la France enchaîne des résultats supérieurs à ceux de la zone euro. De façon symétrique, l’entrée en fonction de François Hollande coïncide avec un retournement de la situation. Et la France sous performe la zone euro dans des proportions importantes”, démontrait-il graphique à l’appui.

- le niveau du chômage : “C’est ainsi que le bilan de Nicolas Sarkozy est d’avoir débuté son mandat avec un taux de chômage supérieur à celui de la zone euro et de l’avoir terminé avec un taux inférieur. La situation de François Hollande est inverse”, pouvait-on lire.

- enfin, la pression fiscale : “en prenant en compte l’ensemble de la période 2007-2013, c’est-à-dire les baisses d’impôts de début de quinquennat, le bilan de Nicolas Sarkozy est neutre du point de vue fiscal. Car les impôts n’ont pas augmenté ; tout simplement. Contre 44 milliards de hausse pour François Hollande, jusqu’à présent”, calculait l’auteur.

Conclusion, écrivait l’auteur: “Nicolas Sarkozy et François Hollande ont tous deux été confrontés à un contexte macroéconomique extrême. Contexte dont ils peuvent également être jugés responsables en raison de la place prépondérante de la France au sein de des organes qui gouvernent la zone euro. Mais il ne fait aucun doute, factuellement, que les "performances" relatives de l’économie française par rapport à la zone euro ont été supérieures sous la Présidence Sarkozy que sous l’actuelle Présidence Hollande.”

>> A lire aussi : Match des performances économiques Hollande-Sarkozy : 3-0 pour l'ancien président

Sur le FN : "il n'y a plus que Marine Le Pen qui puisse faire bouger les choses"

Eric Verhaeghe : Mais... le FN, c'est l'illusion que le mouvement peut ne pas se faire! Le succès du Front National, qui est probablement mieux ancré qu'on ne le pense, repose sur l'idée que la France peut annihiler d'un coup de baguette magique les 40 années qui viennent de s'écouler pour revenir à une sorte d'âge d'or à l'abri du temps, de la concurrence internationale, de la transformation numérique, des gains de compétitivité. A peine arrivé au pouvoir, le pot-aux-roses ne tardera pas à apparaître. Les ouvriers qui votent Front National auront probablement moins d'immigrés dans les rues (et encore...), mais les usines où ils travaillaient ne rouvriront pas, et ils devront quand même apprendre un autre métier pour retrouver du travail. La grande force de Marine Le Pen est de parvenir à maintenir l'ambiguïté sur tous ces sujets. Et comme vous le savez, on sort toujours de l'ambiguïté à son détriment.

>> A lire aussi pour répondre à ceux qui considérent que l'intérêt pour le FN révèle une fascisation de la société : Marine Le Pen, meilleure opposante de France : l’élément qui explique ce “succès” et qui n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’elle dit et Georges Marchais réincarné ? Comment Marine Le Pen transforme lentement mais sûrement le FN en parti communiste version 70'

Sur François Hollande : "non seulement, il va se représenter, mais il peut gagner en 2017"

Eric Verhaeghe : Qu'il se représente est une quasi-certitude. François Hollande est un animal politicien, et il est programmé pour être candidat, quelle que soit l'élection. Que la France s'enfonce peu à peu dans les sables du marasme n'est pas fait pour le rebuter. Il a laissé derrière lui une Corrèze sinistrée mais n'a jamais hésité à s'y représenter. Il est donc tout à fait capable de reproduire ce modèle au niveau national. D'une certaine façon, François Hollande dément à lui seul la théorie de Peter : il a dépassé depuis longtemps son seuil d'incompétence, mais il continue à monter... De ce fait, il est très difficile aujourd'hui d'estimer ses chances de gagner, et il ne sera pas le premier président à connaître une grande popularité mais à tenter sa chance. Jusqu'ici, les résultats ont été très partagés. Trois présidents sortants ont été réélus: De Gaulle, qui était globalement populaire, Mitterrand et Chirac, qui étaient impopulaires. Deux ont échoué: Giscard et Sarkozy. Pourquoi Mitterrand et Chirac ont-ils réussi ce que les autres ont échoué? Dans le cas de Chirac, sa réélection en 2002 est indissociable des divisions de la gauche au premier tour, qui ont fait perdre Jospin. Dans le cas de Mitterrand, sa réélection en 1989 est indissociable des divisions de la droite au premier tour, qui ont fait perdre Chirac. On peut donc penser que si Hollande parvient à faire l'union de la gauche au premier tour et à diviser la droite dans le même temps, il possède une vraie chance d'être réélu. Reste à savoir si sa personne ne fait pas l'objet d'un rejet plus fort que le rejet de l'extrême droite, dans l'hypothèse où il devrait affronter Marine Le Pen au second tour. On le voit, toutes ces hypothèses sont encore très théoriques. 

Sur la Corse : "l’indépendance, c’est pour bientôt"

Vincent Laborderie : Pour qu'un Etat devienne indépendant dans de bonnes conditions aujourd'hui il y a deux conditions cumulatives : un accord avec l'Etat central et un référendum montrant qu'une majorité de la population (de la Corse en l’occurrence) veut l'indépendance. Sur ces deux points, on peut dire que nous sommes loin du compte. Il ne faut pas oublier qu'une minorité de Corses ont voté pour des listes nationalistes. Parmi ceux-ci, le principal courant est incarné par le parti de Gilles Siméoni qui ne prône pas l'indépendance de la Corse mais une autonomie plus large. 

Concernant la position de l'Etat français, il est actuellement inconcevable que la Corse devienne indépendante. Mais les choses peuvent évoluer. Il peut d'abord y avoir un rejet de la Corse, vue comme une source de problèmes, par la population et la classe politique française. Il faut comprendre que les mises en scène à l'assemblée de Corse (discours d'investiture en langue corse, cérémonie autour du livre mythique de 1758) ont aussi pour but d'envoyer comme message aux Français : "Nous ne sommes pas comme vous". Les politiques "continentaux" ont réagi exactement comme les indépendantistes le souhaitaient : par des réactions outrées et en oubliant que ces derniers ne représentent qu'une petite minorité des Corses. La mécanique du "eux" et du "nous" fonctionne alors à merveille, ce qui légitime le gouvernement nationaliste aux yeux de la population. Enfin, dans une vision néo-libérale des choses, un gouvernement Français pourrait estimer que la Corse coûte cher et que s'en débarrasser serait une bonne affaire d'un point de vue économique.

>> A lire aussi : "Si les Corses veulent leur indépendance, qu'ils la prennent" : la France est-elle mûre pour appliquer la sentence de Raymond Barre ?

Sur Angela Merkel : "si seulement elle dirigeait la droite française..."

C’est une idée qui a commencé à faire son chemin chez certains sympathisants des Républicains : considérer qu'Angela Merkel serait une candidate idéale pour "relever" la France. Tout d’abord, il n’est pas certain que la méthode Merkel serait vraiment appréciée par ceux qui la complimentent, comme le rappellait Florence Autret dans un récent article sur Atlantico  : “Angela Merkel est avant tout pragmatique, au risque d’ailleurs d’être attentiste.(...) De manière générale, elle aime commencer à dire qu'un sujet est complexe, que les réponses à y apporter le sont tout autant pour ne pas se fermer d'option : d'ailleurs, elle est connue pour aborder un problème en disant d'emblée qu' "il n’y a pas de solution simple", avant de trancher et d'affirmer qu' "il n’y a pas d’alternative".

Ensuite, elle n’est pas la réformatrice que certains semblent voir en elle comme l’explique Henri de Bresson dans le même article : Gerhard Schröder a été plus réformateur que Merkel, d'une certaine manière, il a pris des risques que Merkel n'a pas vraiment pris. Merkel a géré la politique que lui avaient amené sur un plateau Schröder et Fischer, les Verts et le SPD. “Elle n’a pratiquement rien changé en Allemagne. Tout ce qui ne fonctionnait pas continue à ne pas fonctionner, à l'instar du manque d’investissements dans les infrastructures, les problèmes de transferts financiers entre länders…”, abonde Florence Autret “Je ne parlerai pas d’un manque de courage pour autant. Je crois que la raison est plus profonde, et que cela relève plutôt d’un manque d’imagination ou de désir.”

>> Pour finir de vous convaincre qu'Angela Merkel n'est peut-être ni la solution pour la droite française ni pour la France, l'article complet est ici

Sur les réformes dont la France a besoin : "la solution, c'est le modèle allemand"

Nicolas Goetzmann : Pour imiter les allemands, il faut déjà savoir ce qu’a fait l’Allemagne. Au début des années 2000, le gouvernement, le patronat et les syndicats se sont mis d’accord pour que les salaires arrêtent de progresser. Entre 2000 et 2005, la part des salaires va fortement baisser dans la valeur ajoutée, alors que les profits des entreprises vont augmenter de façon considérable. Jusqu’ici, on peut considérer que tout va bien, l’objectif de "compétitivité" semble être atteint. Mais le trou apparaît à ce moment-là. Car selon la phrase de Helmut Schmidt, "les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain". Et justement, les nouveaux profits récoltés par les entreprises allemandes n’ont pas été investis en Allemagne. Au moment où les profits ont augmenté, la part des investissements a baissé dans le PIB. Parce que les entreprises allemandes ont investi à l’étranger et non en Allemagne. Pour une raison simple, quel est l’intérêt d’investir dans un pays ou les salaires stagnent et ou la démographie est déclinante ? Pour faire simple, elles ont financé leurs exportations. Voilà pourquoi l’Allemagne dispose d’un surplus de compte courant. Le problème est que si ce type de politique se reproduit ailleurs dans la zone euro, elle va agir comme une compétition salariale négative sans fin. Il ne s’agit pas d’œuvrer pour un intérêt général européen en mettant l’accent sur la demande intérieure comme le font les Etats Unis, mais de mener une lutter à mort à l’intérieur de la zone euro. Si la "côte d’amour" de la zone euro est un peu en berne, cela n’est pas tout à fait sans raison.

Eric Verhaeghe : La prospérité allemande est tout sauf le produit d'un modèle exportable. Si, effectivement, une part de la prospérité de l'Allemagne s'appuie sur des caractères reproductibles (mais difficilement...) comme une excellence industrielle reconnue, et qui lui permet de vendre à n'importe quel prix, c'est surtout grâce à des circonstances politiques exceptionnelles que l'Allemagne s'est enrichie et continue à s'enrichir. En particulier, la prospérité allemande repose sur l'accès à un espace économique qui lui apporte une main-d'oeuvre peu chère et des débouchés importants. Cet espace, qui correspond aux pays d'Europe de l'Est après la chute du Mur, est une constante dans la construction historique de la Prusse, depuis Frédéric jusqu'à Angela Merkel en passant par le IIIè Reich. Ce bassin de prospérité a pu se construire avec la complicité coupable d'une élite française qui, après 1989, a fait le choix d'une  forme d'europolitisme, voire de cosmopolitisme, en nourrissant des mythes mensongers, comme celui de l'unité d'intérêt entre la France et la Prusse. Grâce à cette candeur, l'Allemagne a pu graver dans le marbre des choix de politique économique comme l'euro fort ou le désinvestissement public qui affaiblissent la France. Il faut avoir conscience que l'espace européen est aujourd'hui un espace organisé autour de l'intérêt direct de l'Allemagne, au détriment de la relance dans les autres pays. La crise grecque l'a clairement montré. 

>> Et l'argument qui achèvera vos adversaires : Et paf dans le pif du modèle allemand : si l’Allemagne avait la démographie de la France, elle serait à 11% de chômage

Sur Vladimir Poutine : "ça, c’est un dirigeant"

Cyrille Bret : Les succès brutaux du président russe, doublés d’un sens aigu de la provocation contrôlée et d’un art consommé du contrepied, ne doivent toutefois pas obscurcir le jugement. Loin d’imposer ses volontés à l’Europe et aux Européens, Vladimir Poutine est surtout un tacticien de crise. La prétendue restauration de l’empire soviétique tant soulignée par ses thuriféraires comme par ses opposants, n’est pas à l’ordre du jour. Comme nous l’avions souligné au début de la crise ukrainienne (voir ici), la ligne d’action des autorités russes est moins dictée par une ligne offensive que par la défense angoissée de lignes rouges. En politique extérieure, le prix consenti par la présidence russe est exorbitant : tous les efforts de communication liés aux événements internationaux (Jeux olympiques, G20, Coupe du monde, etc.) ont été annulés par la défense des intérêts russes à ses frontières. Loin d’être un empire en essor, la Russie lutte aujourd’hui à ses portes pour préserver des lambeaux de son influence en mer Baltique et dans la Mer noire. Vladimir Poutine n’est pas l’imperator triomphant qu’on se complaît à décrire. Il est le dirigeant d’une puissance de second ordre qui peine à garantir sa zone d’influence. En matière économique, la Russie fait face à une triple crise : monétaire (-40% de dépréciation du rouble face à l’euro depuis 2013), financière (fuite massive de capitaux et interdiction d’accès aux marchés financiers internationaux) et commerciale (dégradation de la balance commerciale notamment en raison de la chute du prix des hydrocarbures en dessous des 100 US$ le baril de pétrole sur lequel les finances publiques russes sont bâties. Loin de trouver dans le gaz "l’arme absolue" pour "mettre à genoux" l’Europe, la Fédération de Russie a vu sa dépendance aux capitaux, aux importations et aux technologies européennes lui être cruellement rappelée. A l’opposé d’un potentat de l’énergie européenne, le président russe devient graduellement est progressivement poussé vers les marge de la mondialisation. Du 28 septembre à fin novembre 2015, Vladimir Poutine est passé de rival des européens à allié potentiel.

Sur l’immigration : "de toutes façons, on ne peut pas s’en passer économiquement"

Laurent Chalard : Contrairement à certains de ses voisins, comme l’Allemagne ou l’Italie, la France n’a théoriquement plus besoin aujourd’hui d’une immigration importante, du fait d’un indice de fécondité proche du seuil du renouvellement des générations (2 enfants par femme environ). Sauf évolution future à la baisse de la fécondité, le maintien du niveau de main d’œuvre, souci premier des économistes, est donc quasiment assuré dans les prochaines décennies. Cependant, dans certains secteurs d’activité, le recours à l’immigration demeure indispensable du fait de l’impossibilité de trouver de la main d’œuvre résidente en France (qu’elle soit issue de l’immigration ou non) souhaitant travailler et/ou étant compétente dans certains domaines (pensons au BTP). L’incapacité plus particulièrement à insérer correctement sur le marché du travail une partie des enfants issus de l’immigration contraint la France à continuer d’importer de la main d’œuvre, d’où l’enjeu majeur de l’éducation et de la formation professionnelle des populations déjà présentes sur notre territoire. En effet, dans un contexte de chômage de masse, il paraît fortement regrettable de ne pas pouvoir trouver sur place la main d’œuvre nécessaire au bon fonctionnement de l’économie française.

>> Et pour en finir avec les faux débats sur le sujet : L’immigration, chance ou menace pour la France ? 10 choses qu’on oublie un peu vite quand on essaie de répondre à la question

Sur le chômage : "si les entreprises n'embauchent pas, c'est parce qu'elles paient trop de charges"

Nicolas Goetzmann : A une telle d’affirmation, il est possible de répondre par la positive mais il convient de contextualiser. "Tu as parfaitement raison sauf que". Car en temps "normal" c’est-à-dire lorsque la demande est proche de son niveau d’équilibre, une baisse des charges a bien un effet positif sur l’emploi. "Tu as donc raison". Sauf que nous ne sommes pas en temps normal, et que l’Europe souffre aujourd’hui d’une crise de la demande, qui se traduit dans la réalité par une croissance et une inflation proches de 0. (Et la demande est la somme des deux). Ce qui signifie que la baisse de charges que tu proposes n’aura aucun effet sur le taux de chômage actuel. Une telle baisse des charges reviendrait à soigner un ongle incarné à une personne qui vient de se faire renverser par un 38 tonnes : c’est très bien, mais ce n’est vraiment pas la priorité, parce que le patient va y passer. De plus, il suffit de regarder les résultats du CICE, qui est un plan de baisse de charges, pour se rendre compte que les effets ne sont pas vraiment au rendez-vous.

>> A lire aussi : Le faux problème qui complique les débats français ? La vérité sur le coût du travail dans l’hexagone et La grande farce de la modération salariale ou l'aveu du patronat français de son renoncement à la croissance

Sur le climat : "il y a de plus en plus de catastrophes naturelles de nos jours" 

Frédéric Decker : Il n'y a rien de tellement nouveau en cet hiver 2015. Les catastrophes naturelles existent depuis la nuit des temps. Le fait est que, de nos jours, l'information va toujours plus loin et toujours plus vite. Où que nous soyons dans le monde, nous savons en quelques minutes si une tornade a frappé Moore, en Oklahoma ou si un typhon dévaste les Philippines. A cela s'ajoutent les technologies de pointe accessibles à une grande partie de la population. Le moindre phénomène météo sortant quelque peu de l'ordinaire, par exemple une tornade dans un champ, se retrouve rapidement sur la Toile après avoir été filmé ou photographié avec un simple téléphone. Le même phénomène, seulement 15 ou 20 ans plus tôt, serait passé totalement inaperçu. La population mondiale toujours grandissante fait que l'être humain est toutefois de plus en plus exposé aux phénomènes violents, car plus de monde = plus de victimes potentielles, notamment dans certaines zones à risques. Du coup, les bilans humains paraissent parfois très lourds comparés aux événements plus anciens. Mais n'oublions pas que des catastrophes très anciennes comme Pompéi ou autres détruisaient et tuaient tout autant voire plus qu'aujourd'hui.

>> A lire aussi : Inondations en Grande-Bretagne ou tornades aux Etats-Unis : le monde face à plus de catastrophes naturelles, vrai ou faux ?

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !