Que veut donc dire « autonomie stratégique de l'Europe » ? | Atlantico.fr
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Le président français Emmanuel Macron s'adresse à la presse à son arrivée à Bruxelles le 10 décembre 2020, avant un sommet de l'Union européenne.
Le président français Emmanuel Macron s'adresse à la presse à son arrivée à Bruxelles le 10 décembre 2020, avant un sommet de l'Union européenne.
©JOHN THYS / PISCINE / AFP

PFUE

Que veut donc dire « autonomie stratégique de l'Europe » ?

L’autonomie stratégique, au coeur des enjeux de la présidence française de l'Union européenne, recouvre de nombreux domaines liés à l’économie et aux nouvelles technologies. Emmanuel Macron sera-t-il en mesure de relever ces défis et de convaincre ses partenaires européens ?

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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C’est en effet par ce beau titre, macronien dit-on à sa naissance, que s’ouvre en 2022 la PFUE, Présidence Française de l’Union Européenne. Un long acronyme, qui cache une réalité plus complexe encore. Ce sera un semestre où le Président de la République devra faire avancer des dossiers et de nombreux textes européens (on parle de plus de 250 dans le tuyau), du mieux qu’il peut, de manière aussi impartiale que possible, le tout dans une campagne présidentielle qu’il souhaite finir au poste où il l’a commencée. Six mois divisés par deux, pour cause de campagne, divisés encore par deux pour discuter vraiment des sujets = six semaines utiles ! Tout n’étant pas possible, il s’agira donc de concentrer les efforts de la Présidence (temporaire) française jusqu’à mi-février.

Action 1 : possible. Pour ne pas importer de CO2 fait ailleurs, et moins cher, il faut implanter la taxe carbone aux frontières de la zone euro. Le risque existe, en effet, d’acheter ici, par Amazon par exemple, des produits faits en Chine. Ce qui revient à acquérir et à faire transporter du CO2 fait là-bas et non taxé, ou bien accepter que l’industrie allemande sous-traite en Roumanie, sans payer là non plus le dommage écologique qu’elle a produit. Et ainsi de suite. Une taxe aux frontières, c’est donc l’application du Principe pollueur payeur, pour éviter cette fois le pollueur contrebandier. On comprend bien ce (vieux) principe, « qui casse paye », mais avec les difficultés de calcul et de mise en œuvre que l’on imagine, en sus de son effet de fond : gérer « au mieux » la hausse de prix qu’amène immanquablement la transition climatique. Il est donc prévu de commencer par l’acier, l’aluminium, le ciment, les engrais et l’électricité. La France souhaite que le Conseil de l’UE accepte cette taxe sous « sa » » présidence, en préparation depuis des mois, avant le passage au Parlement. Ce serait bien, « vert », mais rien de concret avant janvier 2023 !

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Action 2 : très difficile mais décisive. Pour ne pas faire exploser le prix de l’électricité et conserver l’avantage du nucléaire français, en obtenant l’appui de l’Allemagne : faire accepter le nucléaire ici, le gaz chez eux. On sait que la France n’a pas grand choix hors le nucléaire, avec de « petits réacteurs » et une filière industrielle à ranimer, si elle veut qu’elle survive. Mais ici ses Verts y sont hostiles, comme en Autriche et au Luxembourg, et farouchement en Allemagne. Mais en Allemagne, ils doivent bien accepter d’acheter du gaz vendu par la Russie, ce qui la renforce. Ce faisant, ils court-circuitent l’Ukraine, ce qui la fragilise. Pour fermer les mines de charbon en Europe centrale et de l’Est, il faudra payer, et accepter là aussi des réacteurs. La taxonomie qui intègrera le gaz avec le nucléaire comme « soutenables » est donc très politique, au risque de faire sauter l’alliance électorale allemande. Faudra-t-il en parler en janvier ?

Action 3 : Indispensable et possible. Pour ne pas affaiblir plus l’industrie française dans le quinquennat qui s’ouvre, et défendre l’Europe sociale « en même temps » que la liberté de mouvement des biens, le Salaire minimum adéquat s’impose. Ceci se déroulera dans une ambiance contradictoire et tendue. Il n’est pas question de SMIC européen, mais de faire peu à peu monter les salaires d’Europe centrale et de l’Est, en fonction de règles acceptables par tous. Très possible de faire avancer le dossier.

Action 4 : Attention lobbies ! Il s’agit de réguler les géants du numérique américains, de « faire régner l’ordre dans le Far West numérique », pour citer Thiery Breton dans une allusion transparente aux GAFAM, en attendant les BATX chinois. L’accord semble proche pour réguler les contenus et les processus concurrentiels, mais il ne faut pas sous-estimer les capacités de lobbying des géants américains qui voient le risque : les encadrer. Et la Chine est là !

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Action 5 : Et l’autonomie commerciale dans tout cela ? Que faire pour aider l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), actuellement sous assistance respiratoire et limiter l’ouverture aux marchés publics aux seuls pays qui font de même (regardons les États-Unis et la Chine) ? Que faire pour protéger le marché intérieur contre la compétitivité acquise par les entreprises publiques et subventionnées (regardons la Chine) ? Et comment lutter contre l’extraterritorialité des lois américaines, et maintenant chinoises ?

Action 6 : Et l’autonomie militaire dans tout cela ? Que devient la « boussole stratégique de l’Europe » pour organiser Une politique extérieure, sans industrie de défense ? Un groupe européen d’intervention rapide de 5000 hommes suffira-t-il ? La réponse est dans la question.

« Autonomie stratégique de l'Europe » ? Plus vite dit que fait, surtout en 6 semaines, mais plus nécessaire que jamais.

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