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Quand Mossoul retrouve furieusement goût à la vie alors même que la bataille pour la libérer totalement de l’Etat islamique fait rage
©AHMAD AL-RUBAYE / AFP

THE DAILY BEAST

Quand Mossoul retrouve furieusement goût à la vie alors même que la bataille pour la libérer totalement de l’Etat islamique fait rage

La bataille pour reprendre Mossoul des mains du soit-disant Etat islamique est loin d'être terminée. Mais dans les zones libérées tout a changé.

Florian Neuhof

Florian Neuhof

Florian Neuhof est journaliste pour The Daily Beast.

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The Daily Beast par Florian Neuhof

MOSSOUL, Irak- Sur l'autoroute à six voies menant à l'est de Mossoul, Hussein et son frère Omar poussent un chariot chargé de poulets congelés.

Peu de voitures se hasardent sur la route, qui est bloquée par les Humvees noirs des forces antiterroristes irakiennes d'élite qui sont engagées dans un combat mortel au cours des trois derniers mois.

Les habitants de Mossoul parcourent les rues à pied pour aller faire des provisions qui commençaient à manquer pendant que les combats faisaient rage autour d'eux. 

Hussein, 20 ans, et son frère, 14 ans, vivent dans le quartier Al Qods, qui a été entièrement libéré du soi-disant Etat islamique par l'armée irakienne il y a deux semaines.

ll y a quatre mois, leur famille a dû fermer le petit restaurant qu’elle gèrait, à cause de la hausse des prix des denrées alimentaires. Ils ont rouvert quelques jours après qu’ISIS ait été repoussé. Les deux frères en sont déjà à leur deuxième ravitaillement au marché qui a vu le jour dans Gogjali, le premier quartier de Mossoul à avoir été libéré.

Les habitants d'Al Qods se sont terrés quand la ligne de front s’est approchée d'eux comme un raz de marée. Les Humvee de l'armée irakienne ont fait face à des combattants fanatiques retranchés dans des positions défensives bien préparées, et les voitures piégées suicide ont tué des soldats et des civils. 

Mais, dès que la menace terroriste s’est éloignée, la vie est revenue. Chaque jour, les habitants des zones libérées vont et viennent à Gogjali, pour ramener de la nourriture, du carburant et d'autres produits essentiels. Commerces et restaurants rouvrent, mettant fin à la pénurie et à l'inflation des prix qui régnaient dans les dernières semaines avant la libération.

Faute d’aide du gouvernement et des organisations internationales, ce sont les entreprises privées qui ressuscitent la ville.

Chaque jour, des camions chargés de marchandises traversent les points de contrôle dans ce qui est encore une zone militarisée, un lien vital pour le commerce du marché de Gogjali. 

L’offre augmente, les prix baissent : un bidon de 20 litres d'huile de cuisson change de mains pour 50.000 dinars irakiens, près de 40 $, dans la partie de Mossoul encore contrôlée par ISIS, mais il coûte environ 12.000 dinars à Gogjali. Un kilo de sucre coûte 10.000 dinars là où les djihadistes sont encore présents, plus de 10 fois le prix normal.

Malgré la baisse des prix, de nombreux résidents continuent à avoir une vie précaire.

ISIS a fait irruption dans Mossoul en juin 2014, avec quelques centaines de combattants, ils ont supris les forces de sécurité, et ils ont repris la deuxième plus grande ville du pays. Depuis lors, environ 1,5 millions de personnes ont dû se conformer aux ordres du groupe terroriste, et la stagnation économique s’est installée dans la ville coupée du monde extérieur avec un commerce limité avec les territoires tenus par ISIS en Irak et en Syrie.

Bagdad d’abord continué à payer les salaires des employés du gouvernement à Mossoul, mais a finalement cessé face aux taxes d’ISIS qui en a saisi une partie

Dans un pays où le secteur public emploie une grande partie de la main-d'œuvre, l'absence de salaires du gouvernement s’est révélé désastreuses pour les finances de nombreuses familles à Mossoul.

"La nourriture est moins chère maintenant, mais nous n’avons pas travaillé depuis plus de deux ans, donc nous sommes à court d'argent. Nous attendons l’aide des organisations internationales, nous n’avons rien vu venir jusqu'à présent " explique Abou Issam, un homme âgé qui ramene des sacs vers sa maison sur la route de Gogjali à Al Qods.

En raison de la proximité de la ligne de front, la livraison des marchandises ne parvient pas au coeur dans la ville, les camions en provenance des territoires sous contrôle kurde bordant Mossoul ne s’aventurent pas plus loin que Gogjali. Les résidents vivant dans d'autres quartiers de la ville doivent s'y rendre à pied en marchant pendant des heures pour acheter au marché. 

Le 17 octobre, les forces irakiennes ont commencé leur campagne pour reprendre Mossoul, et le 1er novembre, les troupes d'élite antiterroristes sont entrées les premières dans Gogjali. Les forces irakiennes ont depuis repris environ 70 pour cent de la partie orientale de Mossoul, qui est traversée par le Tigre.

Elles ont été accueillies par des civils en liesse, mais tout n’est pas revenu à la normale dans les zones libérées. Les services de base ont été interrompus par les combats, et n’ont toujours pas été restaurés.

«Nous n’avons ni électricité ni eau. Pourtant, la vie s’améliore" dit Abou Issam, qui explique que sa famille a foré un puits de 7 mètres de profondeur dans leur jardin après que la conduite d'eau principale ait été détruite par un raid aérien de la coalition.

Pendant qu’il parle, les bruits sourds des explosions retentissent sur les toits de Al Qods depuis Hay Sumer, un quartier à quelques kilomètres au sud-est, où des hélicoptères d'attaque et des forces terrestres font face à une poche de résistance d’ISIS. Au sud-ouest, un panache de fumée blanche monte vers le ciel, indiquant qu'un kamikaze a fait exploser sa voiture chargée d'explosifs.

C’est dans ce contexte inquiétant que les gens peuvent à nouveau jouir des libertés individuelles qu’ils avaient perdues pendant plus de deux ans. Fini les barbes que les djihadistes obligeaient les hommes à porter, ils ont à nouveau des coupes de cheveux à la mode et sont rasés de près. 

« Je sens que je revis », dit Ziad, assis en fumant un narguilé dans un hangar au bord du marché Gogjali. Le jeune homme, 25 ans, dirige cette boutique de fortune avec un ami depuis que le commerce a repris il y a deux mois. Avant, il travaillait dans l’usine de retraitement de l'eau. 

Le magasin n’a que deux pipes à eau et une théière, mais Ziad est heureux.

« Mon travail c’est de fumer la chicha et de boire du thé toute la journée" dit-il en souriant. Avec ses cheveux mis en forme par un produit capillaire, et ses vêtements à la mode, il jouit d'une liberté qu’il avait, lui aussi, perdu depuis plus de deux ans. 

"Sous Daesh, si vous sortiez avec un groupe d'amis, ils vous posaient des questions et vous disaient d’aller à la mosquée. On ne sortait jamais. Vous ne m’auriez pas reconnu avec la barbe que je portais " dit-il.

Tout autour de Ziad, le marché bourdonne de vie. Des étalages de fruits et légumes sont en concurrence avec des stands qui vendent des cigarettes, achetées avec délectation. Des paquets de la marque locale Akhtamar étaient vendus sous le manteau pour 2.000 dinars quand ISIS régnait, ils sont vendus maintenant 500 dinars à Gogjali, dit Ashraf Shahab, qui propose maintenant des cigarettes sur le marché, après avoir tenu une épicerie.

D'autres vendent des téléphones mobiles, cartes SIM, et des cartes de téléphone. Quand ISIS était là, chaque maison était fouillée pour confisquer les téléphones mobiles afin d’éviter que la population ne transmettre des informations à l'armée. Ceux qui n’avaient pas pu cacher leurs téléphones viennent maintenant en acheter un nouveau. 

Chaque fois qu'un quartier est libéré, les ventes augmentent dit Jassem Mohammed, qui a un petit assortiment de téléphones bon marché étalé sur un tabouret, devant lui. Jassim obtient ses marchandises via des amis dans la zone sous contrôle kurde, et il a arrêté la vente de légumes pour se livrer à ce commerce plus lucratif. 

N’ayant eu aucun accès au monde extérieur, les gens sont surpris par les développements dans la technologie du téléphone. Hassan, 22 ans est étonné de pouvoir acheter un smartphone Samsung Galaxy J3 pour seulement 150 $. 

Mais, après plus de deux ans sous la férule d’ISIS, « tout nous surprend » dit Hassan.

 

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