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Quand les femmes se tournent vers le business du bien-être parce que la médecine traditionnelle ne les prend pas au sérieux
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Médoc

Quand les femmes se tournent vers le business du bien-être parce que la médecine traditionnelle ne les prend pas au sérieux

Les traitements propre à la femme se tournent de plus en plus vers les traitements traditionels ou naturels, preuve d'une inadaptation croissante de la médecine moderne à leurs problèmes.

Frédéric Bizard

Frédéric Bizard

Frédéric Bizard est économiste de la santé et enseignant à Sciences Po Paris. Il est un expert reconnu du secteur de la santé en France et à l'international. Il dirige la société Salamati Consulting, société de conseil en stratégie de santé.

Il est notamment l’auteur de Protection sociale: Pour un nouveau modèle, Dunod, Mars 2017 et de Politique de santé: réussir le changement, Dunod, 2015

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Atlantico : Quels sont les problèmes de santé dont souffrent les femmes pour qu'elles en arrivent à ne plus se retrouver dans les services de santé ordinaires ? Quelles sont les menaces qui pèsent sur le traitement des femmes aux États-Unis ? 

Frédéric Bizard : Le système de santé américain est depuis toujours assez discriminant vis-à-vis des femmes, du fait de sa dominante assurantielle privée et de sa propension à sélectionner les risques. Alors que les femmes sont à l’origine de 80% des décisions de santé pour leur famille, elles utilisent plus de services médicaux que les hommes et souffrent davantage d’handicap dans les maladies chroniques. Les États-Unis présentent le taux de mortalité maternelle le plus élevé des pays industrialisés et sont au 136ème rang mondial sur ce critère. 

Avant la réforme Obama, les femmes payaient des primes d’assurance plus élevées que les hommes du fait de leur possibilité de grossesse et de leur durée de vie plus longue. 19 millions de femmes n’avaient pas d’assurance avant Obamacare. Le programme d’assurance publique pour les pauvres instauré en 1965, Medicaid, couvre aujourd’hui 74 millions d’Américains dont 66% sont des femmes. Medicaid finance 48% des frais de santé liés aux naissances et trois-quarts des services de planification familiale. 

Obamacare (Affordable Care Act ou ACA installé en 2012) a renforcé les moyens de Medicaid en élargissant l’accès à ce financement public, a supprimé toute sélection selon le genre et les conditions de santé pre-existantes (dont la grossesse faisait partie) et a obligé les contrats d’assurance à proposer sans co-paiement des services de prévention. 

Le réforme Trump (American Health Care Act ou AHCA) votée à la Chambre basse des USA au premier semestre 2017 supprime l’expansion de Medicaid et prévoit même 840 milliards$ d’économie sur 10 ans pour ce programme. Au total, la baisse de financement est estimée à 45% d’ici à 2026, ce qui va supprimer l’accès à des services santé de base à des millions de femmes pauvres et à leurs enfants. AHCA autorise les États à différencier les primes selon les conditions pre-existantes  de santé des assurés. Les femmes ayant en moyenne des salaires plus faibles que les hommes, le renchérissement des primes entrainé par AHCA va davantage les pénaliser. 

Enfin, 3 à 5% des dépenses de santé aux USA (sur les 18% du PIB soit 3,5 trillions $ de dépenses totales) sont dédiées à la prévention dont les femmes bénéficient largement. AHCA, d’inspiration conservatrice, prévoit des coupes sombres dans les programmes finançant la contraception, le planning familial et dans les dépenses liées à l’avortement. 

En quoi le wellness care répond mieux aux besoins des femmes en matière de santé ? 

Le wellness care est à considérer comme l’ensemble des services de prévention destinées à maintenir les personnes en bonne santé. Les femmes sont naturellement plus enclines à utiliser ces services et ont biologiquement des besoins beaucoup plus nombreux du fait de la maternité. 

La réforme Obama (ACA) a obligé les programmes d’assurance santé des assureurs privés à inclure sans co-paiement des services de prévention, dont l’utilité a été prouvé scientifiquement, utilisés par les femmes (dépistage papillomavirus, diabète de grossesse, contraception, mamographie…). 

Si la réforme de Trump (AHCA) était votée par le Sénat américain, l’accès à ces services serait considérablement réduit pour les femmes américaines de la classe moyenne.

Quelle est la situation en France ? Peut-on la comparer à ce qu'il se passe aux Etats-Unis ? 

Si le système de santé français produit de bien meilleurs résultats que le système de santé américain, notamment du fait d’un financement public dominant et d’un accès aux services médicaux plus efficaces, il présente des failles majeures sur la prévention. 

Les dépenses de prévention institutionnelle (financée par des fonds et des programmes nationaux) s’élèvent à 5,9 milliards € en 2015 soit 90 euros par habitant et 2,2% de la dépense courante de santé. La protection maternelle et infantile (PMI) et le planning familial ont vu leurs dépenses stagner depuis 2008 (662 millions € en 2015 vs 677 en 2008). La lutte contre les infections sexuellement transmissible, la contraception et la santé sexuelle ont vu leur budget diminuer de 57% depuis 2008, à 12 millions d’euros en 2015 ! 

La lutte contre les addictions est passée de 89 millions d’euros en 2008 à 76 millions d’euros en 2015, soit une baisse de 15%. Alors que sur 73 000 décès annuels liés au tabac, 59 000 étaient des hommes, cet écart a tendance à diminuer chaque année en France  comme aux USA. 

Malgré les discours laudatifs depuis des années en France sur la prévention, la stratégie nationale de santé reste essentiellement curative et l’évolution des dépenses de prévention montre même qu’elle est régressive sur le plan préventif. Les femmes, comme aux USA sont les premières victimes de cette évolution. 

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