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L'avion de la Malaysia Airlines abattu par un missile survolait une zone de conflits et a pu être visé par erreur par l'un des camps
L'avion de la Malaysia Airlines abattu par un missile survolait une zone de conflits et a pu être visé par erreur par l'un des camps
©REUTERS/Maxim Zmeyev

Catastrophes organisées

Quand la politique fait crasher les avions

L'avion de la Malaysia Airlines abattu par un missile survolait une zone de conflits et a pu être visé par erreur par l'un des camps. Ce drame n'est pas la première fois où des avions civils sont touchés pour des raisons politiques.

François Géré

François Géré

François Géré est historien.

Spécialiste en géostratégie, il est président fondateur de l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS) et chargé de mission auprès de l’Institut des Hautes études de défense nationale (IHEDN) et directeur de recherches à l’Université de Paris 3. Il a publié en 2011, le Dictionnaire de la désinformation.

 

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NB : Pour aborder sereinement le problème des destructions de transporteurs aériens  il faut distinguer trois types de situations correspondant à trois espaces délimités par le droit et les compagnies d’assurance. Les contours sont difficiles à préciser avec certitude.

Zones de paix : les destructions, rares et involontaires, sont dues à l’erreur humaine et technique. Mais elles peuvent être brutalement mises en état de risque par une menace terroriste

Zones de crise à risque : les destructions peuvent être involontaires ou délibérées. 

Zones de guerre : tout est permis. Les vols civils sont réputés impossibles au-dessus de ces espaces. Les compagnies aériennes doivent détourner les itinéraires.

L’espace aérien est somme toute bien organisé, quadrillé par des dispositifs de reconnaissance, d’information et de communication comme l’Aircraft Communication Addressing and Reporting System qui équipe les Boeing 777 de Malaysian Airlines (voir l’accident du début d’année).

Atlantico : Les circonstances qui entourent le crash de l’avion de la Malaisian Airline sont encore obscures, cependant on a au moins la certitude que celui-ci s’inscrit dans un contexte de fortes tensions politiques. Quel est le premier vol civil à avoir été abattu dans un contexte similaire ? Avec quelles répercussions ?

François Géré : Ce qui est remarquable, c’est que l’on se pose la question du « comment et avec quoi ?» sans la faire précéder du « pourquoi ?», c’est-à-dire à qui profite le crime ? Or, il parait difficile de concevoir qu’aucun des acteurs du conflit ukrainien ait pu trouver un intérêt à abattre un avion de ligne civil. L’erreur paraît certaine. Encore faut-il l’expliquer. Depuis plusieurs semaines les « pro russes » sont parvenus à abattre des avions de l’armée ukrainienne, démontrant ainsi une capacité dépassant le niveau de l’improvisation. Il est hautement probable que le Boeing a été confondu avec un de ces Ilyouchine dont dispose l’Ukraine et que la batterie sol-air servie par d’anciens militaires ukrainiens ralliés au camp pro-russe a engagé une cible mal identifiée. Dans les zones de guerre cela se produit. Mais et c’est là où se présente une autre question dérangeante, comment aujourd’hui des compagnies aériennes peuvent-elles raisonnablement emprunter des couloirs traversant des zones de guerre ?

Un DC-9 s’est écrasé en 1980 au large de la Sicile. Il aurait été touché par un missile de l’Otan. En sait-on davantage aujourd’hui ?

On peut ajouter l’accident d’une Caravelle d’Air France au large de la Corse quelques temps plus tôt. Dans les deux cas il n’y a jamais eu d’explication publique. L’Otan comme toutes les armées procède à des essais de ses matériels. En principe, toutes les mesures de précautions sont prises mais il suffit qu’un avion ait pris du retard sur son plan de vol ou que l’auto-directeur du missile ait un défaut et c’est la catastrophe.

Le vol 103 Pan Am, qui s’est écrasé en 1988 sur le village écossais de Lockerbie à la suite de l’explosion d’une bombe embarquée a fait naître beaucoup de théories sur les responsabilités. Là aussi, quel était le contexte, et quelles ont été les suites ?

Ajoutons à cette liste la destruction du DC 10 d’UTA qui fit 170 victimes en 1989.

Ces attentats (une bombe dans l’avion) ne furent jamais revendiqués. Mais ils se situaient dans un contexte de crise grave entre les Etats-Unis, la France et la Libye. Reagan avait cherché à éliminer Kadhafi par un raid aérien qui le manqua de très peu et la France combattait directement les Libyens au Tchad.  Qualifiés de terroristes, ces attentats qui finalement purent être imputés aux services secrets libyens relevaient d’une tactique de représailles. C’est vingt ans plus tard que le colonel Khadafi, rentré en grâce dans la communauté internationale accepta de dédommager les familles des victimes.

En 1983, dans les dernières années de la Guerre froide, l’aviation soviétique abat le vol 007 de la Korean Air Lines reliant l’Alaska à la Corée du Sud. Quelles sont les raisons de cette attaque, et ont-elles donné lieu à un regain de tensions ?

1983 c’était, à l’Ouest, la crise des euromissiles nucléaires. En Extrême Orient, la tension entre les Etats-Unis et l’Union soviétique avait pris une tournure très grave. Les consignes d’engagement du feu étaient très permissives. Les avions de renseignement furetaient au plus près des espaces aériens réservés. Les Soviétiques ont pu confondre KAL 007 avec un avion espion américain. C’est douteux. On pense que ce fut un « message dur ». Cela n’a fait qu’augmenter un peu plus la tension.

Au chapitre des erreurs tragiques on doit rappeler la destruction de l’Airbus d’Iran Air par l’USS Vincennes en 1988 (274 morts) dans un contexte de guerre entre l’Iran et l’Irak de Saddam Hussein que soutenaient, alors, les Etats-Unis. On a voulu y voir une manœuvre d’intimidation à l’égard de l’Iran pour amener l’ayatollah Khomeini à accepter un cessez-le-feu. Rien ne permet d’accréditer cette spéculation.

Le cas de crash aérien le plus marquant est celui du 11 septembre 2001, car il implique quatre avions, un nombre de victimes sans précédent, et des conséquences géopolitiques considérables. Peut-on rappeler schématiquement l’enchaînement d’événements auquel cette journée a donné lieu ?

L’usage d’avions civils comme armes contre des cibles civiles constitue une innovation absolue. C’est pourquoi outre les dommages causés, elle a impressionné si fortement.

Les Etats-Unis se trouvaient forcés de riposter massivement. Ils ont écarté l’option nucléaire d’autant plus qu’Al Qaida n’était pas un Etat et n’offrait pas de cible pour une attaque massive. Les Etats-Unis attaquèrent donc l’Afghanistan des talibans accusés à juste titre d’héberger Ben Laden. Mais l’administration Bush crut pouvoir profiter de l’occasion pour éliminer Saddam Hussein en Irak en 2003. Ce qui fut fait dans des conditions telles que nous en constatons les résultats aujourd’hui dix ans plus tard.

Outre le crash de la Malaisian Airline en Ukraine, des événements similaires ont-il eu lieu depuis le début des années 2000 ? Les transports de troupes, notamment, ont-ils souvent été touchés, et est-ce conforme aux règles de la guerre ?

En temps de guerre tout est bon à abattre, particulièrement les transports de troupe. On tue l’ennemi. Il n’existe pas de règles en ce domaine.

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