Primaire : le PS abandonne les « valeurs de la gauche » | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
France
Primaire : le PS abandonne 
les « valeurs de la gauche »
©

Zone franche

Primaire : le PS abandonne les « valeurs de la gauche »

Le parti socialiste renonce à élaborer la « charte des valeurs de la gauche », dont la signature devait donner droit à participer à sa primaire.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

Voir la bio »

C’est officiel : à l’exception d’une poignée d’irréductibles racistes, d'adversaires de la République et de réfractaires à la solidarité, tout le monde est de gauche ! Enfin, disons que tout le monde est désormais en mesure de voter à la primaire socialiste, le PS ayant décidé de ne pas publier la fameuse « charte des valeurs de la gauche » censée faire office de filtre à manipulateurs droitiers.

A la place, un texte insipide et passe-partout révélé mercredi par Le Parisien, acceptable par quelque 95% de la population française ou, au minimum, par les 82% d’électeurs de Jacques Chirac au second tour de la présidentielle de 2002.

Jugez plutôt :

« Je me reconnais dans les valeurs de la gauche et de la République en défendant le projet d'une société de liberté, d'égalité et de progrès solidaire, dont tous les membres jouissent des mêmes droits »

Gonflé non ? Une société de liberté et d’égalité ? Sans blague ! Une société solidaire ? Allons donc ! Une société de progrès ? Wow ! Une société dont tous les membres jouissent des mêmes droits ? Dingue ! A ce niveau de consensus démocratique, même Sarkozy pourrait se pointer au bureau de vote sans être refoulé (mais pas Fillon, qui pense que les Franco-norvégiens ont des obligations spécifiques).

« On n'allait pas faire un document de quinze pages.... »

C’est que pas mal d’eau a coulé sous les ponts depuis l’invention de ce concept, les huiles de la rue de Solferino ayant réalisé qu’elles n’auraient sans doute pas très envie de signer une charte recueillant les suffrages d’un Mélenchon ou d’un Besancenot. Bon, au secrétariat chargé de l’organisation de la primaire, on ne dit pas exactement les choses comme ça, mais c'est tout de même un peu l'esprit : « Il n’y pas de charte parce qu’il aurait été absurde de sortir un document de quinze pages énumérant toutes les valeurs les unes après les autres.. On a fait simple… »

― Ah pour faire simple, vous avez fait simple. Mais qu’est-ce que vous auriez mis dedans, si vous aviez eu la place ?
― Ben, le mariage homosexuel, par exemple…
― Hum, c’est pas particulièrement de gauche. Il y a un tas de gens de droite qui sont pour et pas mal de gens de gauche qui sont contre…
― On aurait aussi rappelé que nous sommes hostiles à la baisse des dépenses publiques…
― Comment ça ? Il y justement une interview de Mélenchon dans Libéqui dénonce le programme du PS comme une « super politique d’austérité »  et affirme que les primaires ne sont qu’une « machine à niveler » les idées quasi-identiques de Hollande et Aubry…
― Oh, bien sûr, Mélenchon…

Au service de presse du parti, on est plus direct : « L’idée était surtout de faire en sorte que tout citoyen français puisse voter, d’élargir le plus possible.... Nous ne sommes pas là pour édicter ce qu’est la gauche et je mets au défi n’importe qui d’établir ces valeurs de manière formelle… »

― C’était pourtant l’idée de départ. Et peut-être ne faites vous finalement que distinguer entre progressistes et réactionnaires, que l’on trouve également répartis à gauche et à droite…
― C’est vous qui le dites…
― Ben oui, je n’arrête pas de le répéter en fait

Bon, de toute manière, on se voit en octobre pour la primaire... Ah, il faut encore que je trouve un euro mais je pense que je vais me débrouiller.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !