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Primaire PS / Sarkozy à la TV : 
un "deux poids, deux mesures" 
médiatique
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Journalisme français

Primaire PS / Sarkozy à la TV : un "deux poids, deux mesures" médiatique

Si l'intervention présidentielle a été suivie d'un débat contradictoire, ce ne fut pas le cas lors des débats de la primaire PS diffusés sur France TV. Un exemple parmi d'autres de l'orientation politique des journalistes français ?

Eric Brunet

Eric Brunet

Eric Brunet est l'auteur de l'Obsession gaulliste aux éditions Albin Michel (2017). Il présente Radio Brunet tous les jours sur RMC de 13 heures à 15 heures

Il a par ailleurs publié Etre de droite, un tabou français (Albin Michel, 2006) et Dans la tête d’un réac (Nil, 2010).

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Atlantico : La prestation de Nicolas Sarkozy à la télévision ce jeudi soir a été suivie, selon Médiamétrie, par environ 12 millions de téléspectateurs. Le débat Martine Aubry / François Hollande de la primaire PS avait réuni 6 millions de téléspectateurs...

Eric Brunet : Oui, c’est un peu comme en 1944 : 40 millions de Français qui acclamaient Pétain, puis 15 jours plus tard, le même nombre qui ovationnait le Général de Gaulle ! Ces succès d’audience montrent qu’il existe un enthousiasme pour la séquence politique à venir qui devrait être effectivement exaltante. Même moi qui n’ai jamais voté de ma vie, je viens d’aller m’inscrire sur les listes électorales !

Il faut toutefois distinguer ces deux événements. D’un côté, nous avons une interview de Nicolas Sarkozy assez dense qui en 1h15 approximativement explique plusieurs semaines de négociations complexes entre partenaires européens. De l’autre, une succession de professions de foi des candidats socialistes. Ce qui est frappant, selon moi, c’est le "deux poids, deux mesures" entre ces deux événements.

Côté socialiste : 9 heures de succession de professions de foi socialistes, dont deux émissions majeures sur France 2, en "prime time", avec 13 caméras pour la première, tout ça financé par le service public dont je ne suis pas certain que cela soit sa mission. S’il y avait eu des primaires au Front de gauche, chez les écologistes ou au FN – qui représente tout de même actuellement 18 à 20% d’intentions de vote – je ne pense pas que de tels programmes auraient été organisés.

Mais surtout, ce qui m’a choqué, c’est qu’il n’y ait pas eu de débat contradictoire après chacune des prestations télévisées des socialistes. Pas de journaliste, ni de membre de l’opposition pour revenir sur les propos tenus. Au final,  nous avions des journalistes qui n’étaient soucieux que d’une chose : organiser le temps de parole. Aucune véritable question, alors que sur le fond des choses stupéfiantes ont été dites. A contrario, quand Nicolas Sarkozy s’exprime, on convoque Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon.

Comment vous expliquer cette différence de traitement médiatique entre les primaires socialistes et l’intervention de ce jeudi soir de Nicolas Sarkozy ?

J’ai toujours accusé les 37 000 journalistes de France, à quelques exceptions près, de courir après les socialistes. Cela dure depuis 30 à 40 ans. Je pense d’ailleurs que cette différence de traitement n'est pas consciente. Cela relève de l’inconscient. Les journalistes ont senti que c’était le grand soir : enfin un vent de liberté allait souffler après le quinquennat censément autocratique de Nicolas Sarkozy !

Cela vous choque-t-il que l'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy de ce jeudi soir ait été produite par une entreprise privée avec des journalistes choisis par le Président de la République ?

Écoutez, malgré tout ce que racontent les médias, Nicolas Sarkozy n’a pas la presse à sa botte ! Il a choisi les journalistes qui lui ont fait face ? Si cela pose un problème à TF1 et France 2, il fallait absolument qu’ils montent véritablement au créneau et qu'ils proposent d’autres journalistes.

Le plus choquant reste que l’essentiel des 37 000 journalistes français discrédite quotidiennement, sans mesure, le bilan du quinquennat du Président de la République. Les journalistes français sont des suivistes : il suffit que l’un d’entre eux disent que le débat sur l’identité nationale a pour unique but de récupérer les voix du Front national pour que l’ensemble de la profession embraye telle une cohorte moutonnière et suive cette opinion. Or il était possible de présenter ce débat autrement.

Puisque vous évoquez les orientations politiques des journalistes français, Claude Sérillon a confirmé la semaine passée faire partie de l'équipe de communication de François Hollande : est-ce problématique ?

Claude Sérillon, qui est un excellent journaliste et pour lequel j’ai la plus grande estime, a toujours eu le cœur à gauche. Donc cela ne m’étonne pas. Cela ne me dérange pas non plus que l’on baisse le masque de l’objectivité non partisane.

Il y a deux sortes de journalistes : les éditorialistes comme Claude Sérillon qui donnent leur opinion et les journalistes qui racontent les faits. Ceux-là sont tenus à une honnêteté objective.

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