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Objectif 2012

L'étrange éclipse Hollande vue de l'étranger

François Hollande multiplie les déplacements de campagne, mais n'arrive toujours pas à imposer ses thématiques dans l'agenda médiatique. Il reste toutefois en tête des sondages devant Nicolas Sarkozy. Qu'en pensent nos voisins européens ? Interview croisée de journalistes anglais et espagnol, ainsi que du directeur de l'institut franco-allemand de Ludwigsburg.

Henrik  Uterwedde, Hugh Schofield,Juan Pedro Quiñonero

Henrik Uterwedde, Hugh Schofield,Juan Pedro Quiñonero

Henrik Uterwedde est directeur adjoint de l'Institut franco-allemand de Ludwigsburg. Hugh Schofield est correspondant France pour la BBC. Juan Pedro Quiñonero est correspondant France pour le journal conservateur espagnol ABC.

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Atlantico : Après une primaire réussie, François Hollande reste en tête des sondages mais n'arrive pas à imposer ses thématiques de campagne dans l'agenda médiatique. Quel regard portez-vous sur ce moment de la campagne électorale française ?

Henrik Uterwedde : La campagne n'a pas encore vraiment commencé. Je vois la période actuelle comme une phase de mise en place des équipes des candidats, qui sont désormais connues - en ce qui concerne les principaux d'entre eux. La situation dégradée, tant la situation économique que celle des finances publiques, semble imposer certains thèmes : la rigueur budgétaire et sa réalisation (justice sociale, efficacité), l'Europe et la marge de manoeuvre nationale, la désindustrialisation et la compétitivité, enfin la recherche d'une nouvelle croissance durable. La crainte en Allemagne est qu'en période électorale, la rigueur et certaines réformes structurelles puissent être mises aux calendes... grecques.


Hugh Schofield :
 Je ne sais même pas ce que sont les thématiques de campagne de François Hollande. Est-ce parce qu'il n'a pas réussi à les imposer, ou parce que lui-même et son entourage ne se sont toujours pas accordés sur le programme présidentiel ? Je l'ignore. J'avoue rester dubitatif... 


Juan Pedro Quiñonero :
 François Hollande n’arrive pas à être crédible sur toutes les questions essentielles de la crise. C’est une évidence. Le grand atout de Nicolas Sarkozy, c’est justement ce sujet. Sans doute n’a-t-il pas été à la hauteur, mais tout le monde croit qu’il est le seul apte à en faire sortir la France.

 

L'écart entre François Hollande et Nicolas Sarkozy se réduit dans les sondages. Comment l'analysez-vous ?

H.U : François Hollande semble encore chercher ses marques, et trouver le bon équilibre entre distance et proximité vis-à-vis du PS. La querelle autour de la retraite à 60 ans en témoigne.


H.S :
Je crois que s'il disposait d'un projet clair, il aurait pu communiquer sur ce dernier. Il n'est pas suffisant de répondre que la campagne officielle n'a pas encore démarré, et d'affirmer vouloir garder des "cartouches" en réserve. François Hollande doit se montrer, sinon il se décrédibilisera. Le risque pour ce dernier, c'est finalement de se laisser bercer par les sondages qui prédisent toujours sa victoire. Il se peut qu'il ait adopté la meilleure tactique en restant en retrait, lui évitant ainsi des "bourdes" qui pourraient l'exposer à une baisse des intentions de vote. Par ailleurs, il se peut également que d'ici avril, un désastre mette en péril la zone euro et toute l'Europe, et "achève" Nicolas Sarkozy. Mais à mon avis, le comportement actuel de François Hollande risque de faire fuir les électeurs, car ces derniers ne sont pas prêts à installer un "pantin" à l'Élysée. La victoire est donc loin d'être assurée pour lui. De plus, un autre phénomène doit être pris en compte, les sondés indécis qui répondent aux sondeurs, mais dont le choix de candidat peut évolué d'ici les élections. Tout le monde se rappelle de l'arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour des élections présidentielles en 2002. Cela n'occulte toutefois pas l'hostilité ambiante à l'égard de Nicolas Sarkozy, qui fausse très certainement aussi les sondages. Gare aux sondages ! Nicolas Sarkozy n'est pas aimé, François Hollande est donné gagnant par tous les instituts de sondage, s'il perd l'élection présidentielle, il ne pourra sans prendre qu'à lui-même !



J.P.Q :
 L'écart se resserre sans doute parce que François Hollande. Il manque de thématique où il peut se démarquer. Il n’a pas de proposition concrète.

 

François Bayrou a imposé le "made in France" comme thématique de campagne, Eva Joly s'est illustrée sur la sortie du nucléaire. François Hollande rythme sa campagne par des déplacements nationaux et internationaux, mais en étant moins repris dans les médias. Pourquoi ont-ils, eux, connu le succès en la matière et pas lui ?

H.U : A mon avis, il est encore trop tôt pour dire cela. Attendons que la vraie campagne commence, et nous verrons qui sera à même d'"imposer" des thématiques, ou mieux de répondre aux attentes des électeurs !


H.S :
Les "autres" candidats, François Bayrou, Éva Joly... Rien de plus facile pour eux que de chercher à "faire du bruit", puisqu'ils ne sont pas de vrais concurrents... Chaque élection présidentielle a son lot de challenger hors course, qui ne cherchent qu'à faire parler d'eux ! Qui est le troisième homme/femme ? Qui sera le faiseur de roi ? Soit dit en passant, François Bayrou a manqué le "coche" à la dernière élection présidentielle. Désormais, il a perdu toute crédibilité, même s'il reste une valeur "refuge"pour certains électeurs. Reste à savoir si sa montée dans les sondages est liée à une baisse de François Hollande ou de Nicolas Sarkozy. Il ne faut toutefois pas totalement négliger François Bayrou. Les déçus du "hollandisme" risquent de se tourner vers le centre en premier lieu, et non vers la droite. Pour Nicolas Sarkozy, le risque tient principalement à se retrouver battu dès le premier tour par Marine Le Pen.



J.P.Q :
Les idées défendues par François Bayrou ou Eva Joly ne sont pas forcément de bonnes idées. Il y a une France positive qui rêve de devenir un grand acteur dans la situation internationale. Le « produire et consommer français » revient à un archaïsme nationaliste absolu. De même, la sortie du nucléaire est une façon archaïque et passéiste de voir le monde.

 

En tant que Président, Nicolas Sarkozy apparaît inévitable sur les questions liées à la crise. François Hollande souffre-t-il de cet état de fait structurel ?

H.U : Bien sûr, la recherche des Européens pour répondre à la crise de la zone euro met le Président actuel en première ligne, et il peut en profiter pour marquer des points face à un candidat qui n'a que peu d'expérience gouvernementale ou internationale.


H.S : L’actualité joue forcément en faveur de Nicolas Sarkozy, qui marque régulièrement des points via son rôle de gestionnaire de la crise. Il renforce ainsi son image d'Homme d’État "capable" auprès des électeurs. Le contraste entre Nicolas Sarkozy et François Hollande est assez saisissant. Le candidat socialiste n'a même pas assisté à une seule réunion de cabinet gouvernemental. Mais en même temps, Nicolas Sarkozy s'expose aussi aux critiques de ceux qui estiment qu'il a trop cédé à l'Allemagne... A mon avis, François Hollande a surtout intérêt à trouver de bonnes réponses au double défi d'une rigueur devenue impérative (quoi qu'on dise), en faisant des propositions alternatives qui combineraient justice sociale et efficacité. Ce n'est pas chose facile, ni pour lui ni pour Nicolas Sarkozy !


J.P.Q : François Hollande souffre surtout de son manque de propositions. Il sera bien plus visible lorsqu’il fera des propositions éclatantes et crédibles pour sortir de la crise. Mais en critiquant le projet du Président avec un casque d’ouvrier, il n’ira pas très loin.

 

La surexposition médiatique de la primaire a-t-elle fini par jouer en sa défaveur, après le moment de retrait qu'il a décidé de suivre ?

H.U : Après le "hype" des primaires socialistes, on pouvait s'attendre à un resserrement des écarts entre François Hollande et Nicolas Sarkozy. Cela n'a rien de surprenant. Il a tout intérêt à ne pas partir trop tôt. Mieux vaut attendre tranquillement la phase "chaude" de la campagne, et à bien se préparer avant.


H.S :
C’était inéluctable. D'ailleurs, l'euphorie des primaires était exagérée. Les socialistes ont présenté leur primaire comme la résolution à tous les maux de la démocratie. Il est en fait étonnant que François Hollande reste si haut dans les sondages, au regard de son absence dans les grands débats des deux mois passés. D'après moi, il doit s'engager sur le "champs de bataille" aussi vite que possible. Sans quoi, le doute risque de s'installer.


J.P.Q : Il était très visible quand il a gagné la primaire, parce qu’il était le plus crédible des socialistes. Il devenait du coup très intéressant. Il devenait un vrai projet d’alternative. Depuis on attend toujours des nouvelles : des projets concrets, des solutions réalistes à la hauteur de la crise. Mais on n’en voit pas. Mais je crois qu’il est déjà trop tard pour faire ces propositions. Les Français n’attendaient que ça. C’est d’ailleurs pour cette raison que Nicolas Sarkozy a le plus de poids médiatique. Il est toujours là, au centre de l’action.

 

Le déroulement de cette campagne électorale est-il propre à la France ?

H.U : Oui, définitivement. On ne connaît pas en Allemagne ce coté très (parfois trop) centré sur les personnalités. C'est peut-être aussi ce qui fait le charme des élections présidentielles françaises.


H.S :
Les élections présidentielles en France ne connaissent pas d'équivalent... Je les adore, même si j'émets certains doutes sur certains de ses aspects. L'idée d'une présidentielle en deux tours est louable, mais les risques encourus sont grands, et les conséquences néfastes (cf. le "21 avril"). En 2002, ce n'est pas tant la force de Jean-Marie Le Pen qui a pesé, mais davantage la faiblesse accrue de Lionel Jospin. Et ce, du fait de l'éparpillement des voix dites de "gauche", avec la multiplication des petits partis politiques. Se peut-il que Nicolas Sarkozy en soit victime à son tour ? Tout est possible, en particulier si l'actualité européenne cesse de lui "rendre service" d'ici avril.


J.P.Q : Oui, la France et l'Espagne sont deux modèles politiques très différents, on ne peut en rien les comparer. 


Propos recueillis par Franck Michel et Romain de Lacoste

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