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Covid-19 coronavirus covid long patients malades symptômes

Symptômes persistants

Près de la moitié des patients atteints de Covid long disent ne pas avoir pu reprendre de vie professionnelle normale 6 mois après avoir contracté la maladie

Alors que les premiers cas de Covid-19 sont apparus il y a près d'un an en France, certains patients conservent encore à ce jour des séquelles. La connaissance de certaines autres maladies permet-elle d’avoir des réponses face à ces formes de Covid long ?

Benjamin Davido

Benjamin Davido

Benjamin Davido est Infectiologue et directeur de la médecine de crise pour l’épidémie de covid-19 à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches.

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Atlantico.fr : Les premiers cas de Covid-19 sont apparus il y a bientôt neuf mois en France, selon une étude auto-administrée par des patients au Royaume-Uni, environ 50 % des malades témoignent du fait qu’ils conservent encore à ce jour des séquelles, de quel ordre sont-elles ? 

Benjamin Davido : Aujourd’hui, depuis le testing massif, le Covid long représente moins de 5% des malades. Il est mal connu, peu décrit. Comme on ne parle que des morts, on ne parle pas de ceux qui ont eu des séquelles d’hospitalisation et ceux aux symptômes au long cours. 

De façon très étrange, nous n’avons quasiment pas vu de patients présentant des gènes de Covid long durant la deuxième vague. Il y a probablement un lien entre un confinement fort et des patients présentant des symptômes longs. Si on établi un patient type, nous pourrions dire qu’il s’agit principalement de jeunes femmes sportives autour de 40 ans, le « sex ratio » était de 4 pour 1. 

Ces patients étaient sans antécédents, voir sportif et avec le confinement, ils ont eu une désadaptation à l’effort. Elle peut s’exprimer par un florilège de symptômes comme la sensation d’essoufflement au moindre effort, une gêne, une palpitation. C’est l’équivalent d’un désentraînement et il faut une réadaptation du système nerveux autonome. 

L’un des symptômes prépondérants est un coeur qui bat la chamade, qui s’accèlère. Les patients ont des problèmes au niveau de la respiration et des malaises avec des grandes chutes de tensions. Les symptômes qu’expriment ces personnes nous amènent à poser une hypothèse à ce propos : l’ensemble des problème du système nerveux autonome et ceux qui en découlent sont dus à une dysautonomie. L’anosmie et l’agueusie se font aussi dans le cerveau. Cela provoque aussi des malaises à répétition, des troubles de la respiration, des troubles du sommeil. 

Y-a-t-il eu autant de Covid long pendant la première et la deuxième vague ? 

Pendant la deuxième vague, il ne faut pas oublier qu’il y a eu des tests massifs ce qui n’a pas été le cas pendant la première. Les patients sont restés dans l’inconnu avec la peur de la mort, image associée au Covid. Lors de l’analyse des symptômes, on peut dire qu’ils ressemblent étrangement au syndrome de fatigue chronique. Tous les malades atteints de Covid long ont des prises de sang strictement normales, aucun critère de maladie active. Le processus n’a pas de rapport avec une infection, si c’est quelque chose, c’est de rapport post-infectieux. 

Y a t il des patients qui souffrent de séquelles qui compliquent leur réinsertion professionnelle et leur retour au travail ? 

Au mois de juin, je voyais des patients atteints du Covid long quasiment tous les jours alors qu’au mois d’octobre je n’ai pu voir que cinq malades depuis la deuxième vague. Le dernier en date lui venait du BTP avec un travail d’effort. Il s’épuisait facilement et a du être mis au mi-temps thérapeutique. Mais il faut le souligner, après six mois de symptômes, les patients sont guéris et dans la plupart du temps, ils ont pu reprendre leur activité. Pourtant, il va y avoir un noyau dur qui aura un ressenti avec des lésions sévères mais cela est très dur. Il y a la nécessité d’un accompagnement pallier par pallier pour reprendre une activité avec une authentification de la désynchronisation. Ce qui est le plus efficace est donc une rééducation physique, on peut même parfois « tricher » avec des médicaments régulant la fréquence cardiaque du coeur. 

Si on avait un traitement à proposer aux patients, cela faciliterait la tâche. Pour le moment, aucun traitement n’existe pour le Covid-19, il faut le rappeler. 

La connaissance de certaines autres maladies, dont on sait qu’elles peuvent développer des formes chroniques, comme la maladie de Lyme, nous permet-elle d’avoir une idée de ce que pourra être le futur quotidien de travail des patients atteints de Covid long ? 

La maladie de Lyme est une maladie polémique car on n’a pas toujours de bons outils de diagnostics pour justifier sa présence. On peut néanmoins rapprocher cela de la première vague lorsque l’on avait peu de tests. En revanche, il y a d’autres maladies virales qui donnent une forme longue de maladie, on sait que le chikungunya à la Réunion pouvait provoquer des formes longues avec des séquelles qui provoquent des symptômes douloureux chroniques que l’on règle avec des antalgiques. 

Il y a aussi les symptômes de l’épidémie de SARS-CoV-1 à Hong-Kong mais comme c’était une maladie qui tuait énormément, elle a touché peu d’individus. Mais certains ont eu des formes longues qui pourraient nous permettre d’imaginer la suite.

Le modèle le plus proche est le syndrome de fatigue chronique provoqué par un déclencheur environnemental. Les experts disent que les malades guérissent automatiquement avec 30% de guérison en un an et 60% de guérison au bout de quatre ans. C’est quelque chose qui est connu avec des modèles qui nous rassurent car c’est l’expression d’une population avec une fragilité. Les individus atteints de Covid long voudraient tous être pareils mais ils ont des symptômes différents et des évolutions différentes. La priorité est donc d’avoir un diagnostic rapide pour être éligible à une réadaptation et une rééducation, ce que les autres malades n’ont pas pu avoir avec d’autres maladies. 

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