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Comment l’accession au pouvoir des Frères Musulmans en Egypte en 2012 s’est transformée en cauchemar pour les Égyptiennes
©Handout . / Reuters

Bonnes Feuilles

Comment l’accession au pouvoir des Frères Musulmans en Egypte en 2012 s’est transformée en cauchemar pour les Égyptiennes

En juin 2012, Mohammed Morsi profite de la révolution et devient Président de la République. L'arrivée des islamistes au pouvoir entraîne la multiplication des viols et agressions contre les femmes, le tout appuyé par une propagande théologique effrayante. Extrait de "L’Islamisme et les Femmes : Meurtre de Sarah Halimi, Princesses saoudiennes séquestrées et autres scandales passés sous silence" de Lina Murr Nehmé, publié chez Salvator.

Lina Murr Nehmé

Lina Murr Nehmé

Historienne et islamologue, Lina Murr Nehmé est professeur à l’Université libanaise.

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Mohamed Morsi, chef du Parti de la Justice et de la Liberté (vitrine politique des Frères Musulmans), devint Président de la République le 30 juin 2012.

L’arrivée des islamistes au pouvoir ne diminua pas le nombre des viols, au contraire. Les attaques contre les coptes et contre les femmes « qui sortaient de chez elles » contrairement à la charia se multiplièrent, généralement secrètes ou peu médiatisées, surtout quand il s’agissait de viols. Il y avait aussi des mutilations et autres sévices.

[…]

En février 2013, les membres de la commission des droits de l’homme au Conseil de la Choura, organe législatif de l’Égypte, dédouanèrent les violeurs en accablant les victimes. Un membre de cette commission déclara : 

« Les femmes contribuent à cent pour cent à leur propre viol parce qu’elles vont dans des endroits pareils. »(1)

D’après la charia, en effet, la femme doit rester chez elle, et si elle se mêle aux hommes sans avoir avec elle son père, son frère ou son mari, elle est une prostituée. 

Le soulèvement populaire contre Morsi avait commencé le 30 juin 2013, unissant les musulmans non-islamistes avec les coptes. On recensa plus d’une centaine de viols en trois jours durant les manifestations : les 30 juin, 1er et 2 juillet 2013. C’était la partie visible de l’iceberg : les femmes égyptiennes ne se plaignent pas quand elles sont violées ; elles en ont trop honte.

Le scénario était réglé d’avance, comme une mission militaire. La femme était repérée par un groupe d’hommes qui la suivaient. Quand elle s’en apercevait, il était trop tard : ses compagnons étaient molestés et éloignés, et les hommes de la foule s’approchaient vite, formant un cercle menaçant qui se resserrait autour d’elle. Ses effets étaient arrachés. Des dizaines de mains s’abattaient sur elle, la palpaient, la frappaient. Ses habits partaient en lambeaux, et elle se retrouvait nue. Des doigts, des bâtons ou des objets contondants pénétraient dans son corps, cependant que la meute qui l’entourait grossissait : derrière le premier cercle des corps de ses persécuteurs, d’autres hommes se bousculaient pour la toucher en tendant un bras, faute de pouvoir passer entièrement. D’autres encore s’interposaient pour essayer de la protéger, mais ils étaient battus et écartés par la meute hurlante. Parfois, la victime perdait connaissance, mais cela n’arrêtait pas le viol. Tout cela pouvait durer une demi-heure, quarante minutes ou une heure avant que le rapport de force ne s’inverse en faveur de la victime. 

Certaines de ces femmes étaient « battues avec des chaînes métalliques, des bâtons et des chaises, et attaquées avec des couteaux »(2). L’une d’elles dut « subir une intervention chirurgicale après avoir été violée avec un “objet pointu(3)». 

Les Frères Musulmans furent accusés d’avoir volontairement provoqué les violences sexuelles à l’encontre des femmes qui participaient à des manifestations contre le président Morsi. Mais l’ex-députée Azza El-Garf, membre de la branche féminine des Frères Musulmans, et représentant le Parti de Justice et de la Liberté de Morsi, protesta et déclara, le 7 février 2013, à une agence de presse allemande :

« Les islamistes jettent un regard de respect sur la femme et sur son rôle dans la vie, tant en ce qui concerne son rôle professionnel que son rôle dans le foyer et dans la société. Comment les Frères pourraient-ils être ceux qui appellent à commettre ces actes répréhensibles ? »(4)

Un regard de respect sur la femme musulmane qui reste chez elle, sans doute : elle est comparée aux femmes de Mahomet. 

Mais la femme mécréante ne bénéficie pas du même respect. Et la musulmane qui sort manifester parmi les hommes est considérée comme une mécréante, même si elle porte le voile. 

Les femmes capturées par des groupes d’hommes sur la place Tahrir ne se rendaient pas compte que, dans l’esprit de leurs bourreaux, elles étaient des captives de guerre qu’ils avaient légalement le droit de violer. Car c’est en tant qu’ennemies qu’ils les attaquaient. Les hommes, on les attaque avec des armes, mais les femmes sont attaquées sexuellement.

Dans le manuel de droit chaféi, on lit cette explication, qui régente l’école sunnite chaféi, mais ne diffère pas de celle des trois autres écoles sunnites :

« Si l’imam divise le butin dans le dar-el-harb [territoire de la guerre], et qu’il a payé à un homme, pour part de butin, une jeune fille [appartenant à l’ennemi], il n’y a rien de mal à ce qu’il couche avec elle dans le dar-el-harb, car le fait de se trouver dans le pays de la guerre n’empêche pas de s’approprier les vagins épousés en même temps que les vagins possédés [les captives], car l’Apôtre d’Allah avait fait le rezzou de Morayssih avec une ou deux de ses épouses. » (5)

Tout en se cachant derrière les laïques, les Frères Musulmans avaient, depuis le début, procuré aux manifestations de la place Tahrir l’organisation, la propagande et les mots d’ordre. Aux heures de la prière, ils faisaient prier les manifestants, et le vendredi, ils leur servaient un sermon. Ils les poussaient à lire des textes parlant du djihad, et ils leur glorifiaient Mahomet, sa vie, ses biographies, ses hadiths, et le Coran — qui racontaient des histoires de djihad, de massacres de mécréants et d’asservissement de leurs femmes et enfants.

Et ils faisaient circuler sur les réseaux sociaux des vidéos qui parlaient de djihad, d’esclavage et de sexe halal avec les captives, surtout juives, et qui mettaient l’eau à la bouche des Égyptiens trop pauvres pour pouvoir se marier avant l’âge de trente ans. 

Les manifestants, sur la place Tahrir, n’avaient rien à faire et passaient leur temps à guetter les notifications, à lire des pages qu’on leur recommandait, ou à regarder des vidéos.

Les plus regardées étaient celles dont nous traduisons les discours au chapitre suivant. Ces discours permettent de comprendre l’hystérie qui a sévi chez les plus vils en Syrie et en Égypte, à partir du moment où les cheikhs qui leur vantaient l’esclavage sexuel, ont dit que c’étaient les femmes qui étaient coupables du viol et non pas eux, car en ne se voilant pas, elles étaient des mécréantes. Et qu’il était légal de violer les femmes mécréantes à titre de prisonnières de guerre et d’esclaves sexuelles.
Notes
1. Al-masryalyoum, 11/2/2013
2. www.hrw.org/fr/news/2013/07/03/egypte-epidemie-de-violence-sexuelle
3. Ibid
4. www.almasryalyoum.com/news/details/282558
5. Chaféi, Al-Oumm, Al-Azhar, Le Caire 1961, t.7, p. 352.

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