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Pourquoi vous ne devriez peut-être pas boire 25 tasses de café par jour comme cette étude vous l'autorise
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Pourquoi vous ne devriez peut-être pas boire 25 tasses de café par jour comme cette étude vous l'autorise

Une récente étude menée par des chercheurs de l'Université Queen Mary de Londres affirme que le café, même à un rythme de 25 tasses par jour, n'est pas mauvais pour la santé.

Astrid Nehlig

Astrid Nehlig

Astrid Nehlig est directeur de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), à Strasbourg.

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Cette étude n'est pas révolutionnaire. En 2013, une large méta-analyse a montré sur un million trois-cents mille sujets sur divers cas d'accidents cardiaques, que le café était protecteur et que l'effet maximum était atteint entre trois et cinq cafés (selon une répartition d'une courbe en u). Les docteurs avaient montré que jusqu'à huit tasses, le café était protecteur au niveau du système cardio-vasculaire, en particulier sur un infarctus et l'accident cardio-vasculaire. L'étude en question a beaucoup de presse n'est pas si novatrice que cela.

Le titre de l'étude est très accrocheur : il dit que le café n'est pas mauvais, même à un rythme de vingt-cinq tasses par jour. En réalité, le problème c'est que l'on n'a pas beaucoup d'information sur cette étude. Cette dernière est tirée d'un congrès : on n'a pas l'étude, et on ne peut donc pas contrôler comment les chercheurs ont stratifié comme groupes, quels groupes-contrôles ils ont, quels groupes de grands consommateurs. Sur huit mille sujets, les chercheurs ont un nombre très faible de personnes qui boivent vingt-cinq tasses de café par jour, ce qui est déconseillé par l'agence européenne de santé et n'est pas supportable pour la plus grande partie des gens sans avoir des problèmes. Ces gens-là ont un génome très spécifique et doivent métaboliser la caféine très vite et doivent avoir un environnement génétique favorable. Cinq tasses de café par jour ne sont par jour ne sont pas dangereuses : cela n'est pas nouveau. Cette étude ne repose que sur le titre accrocheur.

En général, dans la plupart des études, on regarde uniquement ce qui a été consommé sur la journée : on ne regarde pas l'heure à laquelle il a été consommé. On sait qu'il y a un rythme dans la consommation de cafés : une ou deux tasses au petit-déjeuner, une ou deux dans la matinée parce qu'on a besoin d'être productif au travail et d'être concentré, et souvent un après le déjeuner. Après, il y a une dissociation dans la population : les gens qui sont sensibles aux effets de la caféine sur le sommeil arrêtent après le déjeuner ou vers seize heures. L'autre groupe, insensible – c'est déterminé génétiquement -, peut encore boire du café comme il veut.

Tout dépend de l'organisme des personnes. Certaines personnes ne métabolisent pas la caféine rapidement et celle-ci s'accumule jusqu'à un moment où, pour la plupart des gens, une limite est atteinte. La consommation de café est caractérisée par le fait que les gens dépassent rarement leur seuil de tolérance parce qu'ils cherchent à avoir un équilibre entre les effets positifs de la consommation de caféine et éviter les effets désagréables (des tremblements, des énervements, des insomnies etc.) Qui plus est, elle dépend beaucoup des habitudes et de l’environnement de chacun.

Le café a des effets immédiats sur l'attention et la concentration : dans les quelques minutes qui suivent l'ingestion de café, on sent bel et bien une stimulation. Tout dépend ensuite de la vitesse à laquelle on élimine la caféine. En moyenne, on considère que la demi-vie (le temps qu'il faut pour éliminer la moitié de la quantité ingérée) va de deux heures trente à quatre heures trente. Chez les individus qui sont des métaboliseurs rapides vont mettre deux heures trente à éliminer la moitié d'une tasse, les autres quatre heures et demi. En regardant chez les sportifs, on a remarqué que pour une même dose on a trouvé des concentrations qui variaient d'un facteur de un à seize, ce qui montre bien que les personnes métabolisent très différemment la caféine. Après cela, il y a aussi des effets potentiels sur le sommeil, lesquels sont gérés par une autre variabilité génétique qui est une variabilité au niveau de la cible cérébrale de la caféine. Quand la caféine pénètre dans l'organisme, elle se lie à une cible cérébrale et la génétique fait que les gens qui ont une forme X du gène seront sensibles aux effets de la caféine sur le sommeil et ceux qui ont un forme Y seront insensibles. Ce n'est donc pas la personne qui consommera la caféine lentement qui subira des effets sur son sommeil. Néanmoins, le sommeil dépend du moment auquel vous boirez votre café.

Pour l'instant, on n'a donc pas tout à fait assez de données pour bien comprendre cette étude. On peut peut-être vingt-cinq cafés par jour, ce qui est fortement déconseillé – l'Agence Européenne de Sante conseille de ne pas dépasser cinq par jour et deux chez la femme enceinte. Ce n'est possible que pour certaines personnes. Cette étude est donc intéressante mais, même si elle a huit mille sujet, on ne sait pas combien ils ont de sujets par groupe. De plus, elle a été réalisé en Grande-Bretagne. Donc jusqu'à preuve du contraire, les conclusions sont valides pour les Anglais et pas les autres nationalités : les génomes varient. Le café n'est donc pas mauvais jusqu'à cinq ou six tasses par jour.

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