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Après la taxe sur les sodas, il a été question de la taxe Nutella en France.
Après la taxe sur les sodas, il a été question de la taxe Nutella en France.
©Reuters

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Pourquoi surtaxer les sodas, Nutella et autres produits gras est contre-productif

Le syndrome de la taxation des produits "malsains" semble pénétrer de plus en plus profondément la pensée politique française. Mais au-delà de la déresponsabilisation des consommateurs que cela implique, les conséquences économiques sont réelles.

 Institut économique Molinari

Institut économique Molinari

L'institut Molinari est un Think Tank de pensée libérale basé à Bruxelles et consacré à la recherche et à l'éducation. 

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« Taxer la nourriture pour des raisons de santé est au mieux malavisé et au pire contre-productif » a averti le ministre des Finances danois.

Après la taxe sur les sodas, il a été brièvement question de la taxe Nutella en France. La taxation nutritionnelle a néanmoins réussi son entrée dans l’Hexagone et risque bel et bien de s’y implanter. Or, l’expérience danoise montre que c’est une politique dangereuse pour les producteurs, les distributeurs et les consommateurs en matière d’emplois, de compétitivité et de bien être. Un an après l’entrée en vigueur de la première taxe au monde sur les graisses saturées (fat tax), elle a été abolie. Trop d’effets pervers et un impact peu convaincant sur les modes de consommation. Le gouvernement danois vient aussi d’annoncer la suppression prochainement de leur « taxe soda » mise en place dans les années 1930.

Une baisse de la consommation sans taxation

Accusée de favoriser l’obésité et de causer des maladies, la graisse saturée a été taxée au Danemark à hauteur de 2,15 euros par kilogramme. Le recours à la contrainte fiscale y était d’autant plus surprenant que la consommation de matières grasses par habitant avait en réalité déjà considérablement baissé aux cours des dernières décennies au Danemark.

  • Beurre : -67 %
  • Margarine : -48 %
  • Graisses : -20 %
  • Viande de porc : -44 %
  • Consommation totale de matières grasses : -43 % (entre 1958 et 1999)

27 millions de pertes pour le commerce de gros et de détail

La mise en place de la fat tax s’est avérée être un casse-tête réglementaire pour les entreprises danoises qui y ont perdu en compétitivité.

Les coûts de gestion et d’informatique se sont par exemple élevés à 201 000 euros pour un fabricant de margarine et à 57 000 pour une petite boulangerie industrielle. Pour l’ensemble du commerce de gros et de détail, ils ont été estimés à 27 millions d’euros.

Perte de pouvoir d’achat avec des augmentations de prix jusqu’à 34 fois supérieurs à la moyenne européenne

Alors que le pouvoir d’achat est partout menacé, la fat tax a poussé les prix à la hausse au cours du dernier trimestre 2011. Le prix des huiles et des graisses y ont progressé de 14% (34 fois supérieur à la moyenne de l’UE). Le prix de la viande y a augmenté de 4% et ceux du lait, formage et œufs de 3%.

Gaspillages : Danemark « battu » par l’Allemagne et la Suède

Poussés à faire leurs courses à l’étranger, les Danois ont boosté le commerce allemand et suédois tandis qu’ils délaissaient leurs propres entreprises, condamnées à exporter les produits plutôt qu’à les vendre sur place. On estime à 1300 postes le coût en termes d’emploi.

Ce faisant, ils ont perdu leur temps et leur essence dans des déplacements inutiles.

Un impact négligeable de 0,4%

Les effets de la fat tax sur la consommation et la santé auraient été négligeables, voire contre productifs.

  • Entre octobre 2011 et juillet 2012, la baisse de la consommation aurait été de 0,4%, sachant que la tendance était déjà à la baisse.
  • 80 % des personnes interrogées confirment d’ailleurs ne pas avoir changé leur consommation. Le choix a aussi parfois été de substituer des produits moins chers et de moindre qualité.

« Taxer la nourriture pour des raisons de santé est au mieux malavisé et au pire contre-productif » : tel est l’avertissement du ministre des Finances danois. 

Intitulée "Fiscalité « nutritionnelle » : les coûts de la fat tax au Danemark", l’étude complète est disponible sur le site de l'Institut économique Molinari, basé à Bruxelles et Paris.


Cet article a initialement été publié sur le site www.contrepoints.org

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