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Les prédictions sur le pic pétrolier se sont systématiquement révélées fausses depuis 40 ans.
Les prédictions sur le pic pétrolier se sont systématiquement révélées fausses depuis 40 ans.
©Reuters

Caramba, encore raté !

Pourquoi les prédictions sur le pic pétrolier se sont systématiquement révélées fausses depuis 40 ans

Alors qu'en quatre mois le prix du baril de pétrole a baissé de 25%, d'aucuns sont promptes à affirmer que le "pic pétrolier" a été atteint, et que le déclin de la production a commencé. Loin s'en faut.

Florent Detroy

Florent Detroy

"Florent Detroy est journaliste économique, spécialisé notamment sur les questions énergétiques, environnementales et industrielles. Voir son site."
 
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Pourquoi les prédictions sur le pic pétrolier se sont révélées fausses

Il faut d’abord reconnaître qu’il n’y a jamais eu une unanimité dans la communauté scientifique autour du pic pétrolier, cette phase où la production de pétrole cesse d’augmenter. Plusieurs chercheurs ont toutefois affirmé que nous aurions atteint ce pic vers 2005, avec une production de pétrole plafonnant autour de 75 millions de barils. Le problème c’est qu’il n’y a pas non plus d’unanimité autour de la définition du mot "pétrole". Le terme "pétrole" recouvre aussi bien le pétrole des champs saoudiens que du pétrole des sables de l’Alberta, au Canada, que du delta de l’Orénoque du Venezuela. Or ces deux derniers sont considérés comme du pétrole "non conventionnel". La différence dépend notamment du réservoir dans lequel il se trouve. Si la production de pétrole conventionnel a effectivement stagné depuis cette date, celle de pétrole non-conventionnel a continué de progresser. Au total la production mondiale a continué à progresser, et a atteint 86 millions de barils en 2013 selon BP.

Le terme de pic pétrolier est pourtant revenu sur le devant de la scène cette année car la production globale de pétrole, pétrole de schiste mis à part, aurait baissé de 1.5%. L’ancien géologue de chez BP, Richard Miller, a une nouvelle fois affirmé que nous étions dans une phase du pic pétrolier. Là encore nous sommes peut être dans le pic pétrolier en ce qui concerne le pétrole conventionnel, mais l’augmentation à venir de la production de pétrole de schiste va permettre de répondre à une demande qui continue de croître. A n’en pas douter le débat va revenir sur le tapis à l’avenir, alors que le ministère de l’énergie américain (DoE) a annoncé cette année que la production de pétrole de schiste pourrait décliner à partir de 2020. Afin d’éviter de s’affoler tous les ans autour de ce peak oil, il faut changer notre regard sur le pétrole.

La variable de la technologie

Le problème vient de ce que l’on pense le pétrole comme un stock. Nous nous imaginons que la seconde révolution industrielle a été bâtie sur un stock fini de pétrole. Ce n’est pas du tout le cas. Quelques années après la construction des premiers puits dans le nord-est des Etats-Unis, à la fin du 19ème siècle, on commençait déjà à parler d’un épuisement des ressources pétrolières. Les compagnies ont finalement découvert d’autres ressources, en l’occurrence au Texas et en Californie. Le même phénomène s’est produit dans les années 1970 avec le déclin de la production américaine et l’émergence du terme "pic pétrolier", créé par le géophysicien King Hubbert. Le pic était réel aux Etats-Unis, mais la production mondiale a continué de progresser lorsque les pétroliers ont utilisé des technologies de forage en mer pour exploiter des gisements en offshore, notamment en Mer du Nord. Les craintes autour du pic pétrolier mondial ont alors disparu.

Aujourd’hui nous assistons à un phénomène similaire. L’utilisation des technologies de forage horizontal et de fracturation hydraulique a permis la production de gaz et de pétrole de schiste. La production américaine, en déclin dans les années 2000, est ainsi passée de 5 millions de baril/jour à plus de 8,5 en juillet dernier. Bien entendu les prévisions de DoE sont inquiétantes. Certains pensent que le pétrole de schiste ne permettrait que de ralentir le déclin de la production de pétrole mondiale. L’exploitation du pétrole de schiste pourrait même aggraver les conséquences du pic pétrolier sur l’économie, car la production de ces puits baisse bien plus rapidement que celle des puits normaux. Le monde risque de subir de manière brutale une baisse de la production après 2020. Pourtant on sait que les pétroles de schiste vont se développer ailleurs. En Russie ou en Chine, cette production va à son tour permettre de compenser, voire d’augmenter, la production de pétrole conventionnel.

Les limites d’une économie nourrie à l’énergie fossile

Il existe au final deux limites à la poursuite de l’exploitation du pétrole principalement, et aucune des deux ne concerne l’état des ressources. Selon le consultant en technologie pour Apach Corp, un des leader dans le pétrole de schiste US, George King : "nous affrontons des limites techniques et économiques avant tout". A propos des technologies, les professionnels sont plutôt confiants. Elles ne vont pas cesser d’évoluer et de progresser alors que le baril, malgré la baisse des prix actuelle, devrait se maintenir près des 100$. Aujourd’hui par exemple, une des avancées très attendues concerne l’augmentation du taux de récupération du pétrole de schiste avec l’utilisation de la nanochimie.

Mais c’est sur le plan de l’économie qu’à mon avis l’obstacle est le plus sérieux. Actuellement, aussi importantes soient-elles, les innovations technologiques comme la fracturation hydraulique n’ont pas permis au marché de revenir à la situation antérieure au "troisième choc pétrolier" décrit par l’IFPEN, c’est à dire lorsque les prix se sont maintenus en 2010-2011 autour de 110$ le baril. Aujourd’hui, si les prix sont effectivement sur le déclin, ils restent autour des 100$, ce qui affecte la rentabilité de n’importe quelle entreprise.

Au final le pétrole de schiste et plus généralement les pétroles non-conventionnels permettent d’atténuer le déclin de la production de pétrole conventionnel. Il n’en reste pas moins que le pic pétrolier est une réalité. Il suffit de demander aux Majors pétrolières, qui ont de plus en plus de mal à renouveler leur réserve de pétrole.

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