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Pourquoi les participations de l'Etat dans le CAC 40 ont-elles perdu les 2/3 de leur valeur de 2007 ?
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La bourse ou la vie

Pourquoi les participations de l'Etat dans le CAC 40 ont-elles perdu les 2/3 de leur valeur de 2007 ?

Derrière les difficultés de l'Etat à gérer ses actifs se cachent des mauvais choix stratégiques des politiques industrielle et économique française. Le futur président de la République devra faire en sorte de redresser la barre lors du prochain quinquennat.

L'agence des participations de l'Etat publie régulièrement la valeur boursière des participations qui lui sont confiées (EDF, Renault, Areva, EADS...). Fin-février 2012, la valeur patrimoniale des participations de l'Etat a baissé d'environ 150MD€, soit des 2/3 de sa valeur mi 2007. Cette baisse est attribuée à plusieurs facteurs. La baisse des marchés financiers fait partie de ces facteurs explicatifs. L'incapacité de l'Etat à gérer dynamiquement ses actifs (à travers des cessions tactiques) constitue un autre facteur explicatif. Enfin les participations de l'Etat ne peuvent être analysées à la seule aune de la valeur boursière puisque celle-ci ne tient pas compte de la durée de détention de ces investissements.

Cependant, si la baisse de la valeur patrimoniale ne doit pas être l'unique juge de la gestion des entreprises semi-publiques, celle-ci contribue néanmoins à s'interroger sur la capacité de l'Etat à accompagner la croissance des entreprises et à créer les conditions futures de leur prospérité. 

Comment l'Etat s'est acharné pour maintenir des secteurs financiers sinistrés

La sidérurgie est emblématique de l'incapacité de l'Etat actionnaire à accompagner des ruptures séculaires. Dès les années 80, Usinor et Sacilor (deux fleurons de l'industrie française) commençaient à subir la concurrence mondiale. Au lieu de s'interroger sur les besoins d'adaptation du secteur de la sidérurgie à la nouvelle donne mondiale, l'Etat s'est acharné à maintenir sous "respiration artificielle" ces deux sociétés. Mais l'action de l'Etat n'a pas empêché la fusion de ces deux sociétés jusqu'à leur acquisition par Mittal et la constitution de la société Arcelor-Mittal. Les difficultés ressenties par les ouvriers de Florenge ne datent pas d'aujourd'hui. Elles ne datent pas non plus de la crise récente.

Ces problèmes sont les conséquences de mauvais choix stratégiques et d'une quasi inexistante politique industrielle et économique à long terme. Au lieu de s'acharner, par l'injection d'aides et de subventions, sur le maintien, à l'identique, des procédés industriels, l'Etat aurait pu accompagner les évolutions du secteur en dotant ces entreprises de moyens dans la recherche, le développement et l'innovation qui aurait permis, à ces entreprises, de justifier le maintien d'emplois en France à des conditions salariales plus importantes que celles pratiquées dans d'autres pays émergents.

Autre exemple des mauvais choix stratégiques, Bull constitue un cas d'école de l'échec de l'Etat actionnaire dans la mise en œuvre d'une adaptation rapide. D'ailleurs après un parcours chaotique, ce fleuron de l'industrie informatique des années 80 connaît aujourd'hui une renaissance grâce à sa concentration sur le service haut de gamme (où des coûts salariaux élevés peuvent être justifiés).

Quid du futur des participations de l'Etat ?

Nous pouvons voir dans ces deux exemples le sinistre avenir que pourrait connaître Areva et EDF si les projections des experts (qui prévoient la fin de l'énergie nucléaire d'ici une à deux décennies) s'avéraient vraies. Ces projections ont fait d'ailleurs la une de l'hebdomadaire économique "The Economist" il y a trois semaines. La baisse de la valorisation boursières de ces deux entreprises publiques représente un signe avant coureur de ces perspectives. Face à cette évolution économique l'Etat (actionnaire et régulateur) répond par plus de subventions et plus de "whishfull thinking" au lieu de s'adapter en participant à la montée des énergies renouvelables (domaine dans lequel la Chine, le Taïwan et les États-Unis se livrent d'ores et déjà une concurrence acharnée pour créer les nouveaux champions des sources d'énergie du futur).

La Présidentielle constitue aussi un enjeux stratégique pour ces entreprises publiques

Pendant que les candidats à l'élection présidentielle se livrent une concurrence féroce, une autre compétition occulte se joue entre ceux qui seront les nouveaux "patrons" des grandes entreprises publiques. Mais à l'image de l'élection présidentielle qui passe à côté des vrais sujets d'avenir des citoyens français (notamment pour faire face aux exigences de réductions des déficits budgétaires et de la dette du pays), la compétition pour l'accession aux postes clés dans les entreprises publiques passe à côté des enjeux des 10-20 prochaines années. Au lieu de présenter des stratégies et des vues économiques, les prétendants cherchent d'abord à séduire leur champion politique.

Nous risquons de connaître au lendemain du second tour un double choc. Le premier consiste à mettre en œuvre des programmes d'ajustement des finances publiques sans débat préalable qui aurait donné un mandat clair pour la conduite des efforts budgétaires (puisque la majorité des candidats ont des hypothèses de croissance irréalistes pour réduire le déficit de l'Etat et ne décrivent pas les plans d'austérité qu'ils adopteront dans les mois qui suivront les élections). Le second réside dans la conduite d'entreprises publiques face à la nécessité de créer une nouvelle dynamique de croissance qui viendrait, à court terme, compenser les effets négatifs induits par l'austérité et à plus long terme créer des champions industriels.

La pensée libertaire considère que l'interventionnisme ne peut contrer les dynamiques des marchés. Force est de constater que l'évolution économique des dernières décennies lui a donné raison. Cependant, l'interventionnisme étatique peut créer des conditions d'investissement pour accompagner l'émergence de nouveaux marchés. Pour ce faire, il est nécessaire de créer  une plus grande transparence sur les aides, les subventions et les choix stratégiques des entreprises publiques. Par cette transparence, nous pourrions espérer éviter que les employés des entreprises publiques se retrouvent dans 10 à 20 ans dans la situation des ouvriers de Florenge qui resteront l'emblème de la mauvaise gestion de l'état par la "dictature de certains technocrates".

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