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Une marionnette de Pinocchio.
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Decod'Eco

Pourquoi le marché du pétrole ne croit pas à une intervention en Syrie

Les multiples foyers de tension au Moyen-Orient ne semblent pas enflammer les cours de l'or noir. Et pour cause... les Etats-Unis regardent ailleurs. Décryptage.

Florent Detroy

Florent Detroy

"Florent Detroy est journaliste économique, spécialisé notamment sur les questions énergétiques, environnementales et industrielles. Voir son site."
 
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Le secteur du pétrole est rentré en ébullition depuis quelques semaines, alors que les Etats-Unis sont en pleins préparatifs pour intervenir en Syrie. Il est difficile aujourd’hui de ne pas trouver un analyste financier qui ne ce soit pas reconverti dans l’analyse géopolitique, prédisant si ce n’est le chaos au Moyen-Orient, tout du moins une dégradation sévère de la situation... et une envolée du pétrole. Porte-avions, Tomahawk, alliances... les marchés étaient tous disposés à "acheter au son du canon".

Pourtant le West Texas intermediate (WTI, brut de référence américain), le pétrole coté à New York, affiche un maigre +5,5% depuis un mois, et le Brent +6,7%. L’explication est simple, Barack Obama a douché les spéculateurs. La décision d’intervenir est encore suspendue à la réunion du Congrès, et peut-être à une nouvelle réunion au niveau onusien. L’incertitude est le pire ennemi du financier.

L’empressement de Barack Obama à ne pas intervenir s’explique de diverses façons. Il faut d’abord compter avec la prudence, sa marque de fabrique. Le manque d’assurance sur l’issue politique en cas d’intervention est une deuxième explication. Enfin la désaffection de son principal allié, l’Angleterre, a fini de complexifier une affaire déjà mal engagée.

J’ajouterais une dernière raison, les Etats-Unis ont moins besoin d’intervenir en Syrie. Il est rare de voir les Etats-Unis se préparer à intervenir au Moyen-Orient sans qu’on leur reproche de vouloir sécuriser leurs approvisionnements en pétrole. Bien entendu, la Syrie ne produit plus de pétrole, mais les combats impliquent tous les pays pétroliers de la région, de l’Arabie Saoudite à l’Iran en passant par l’Irak.

Mon opinion est que le Moyen-Orient n’est plus une priorité parce ce que le pétrole arabe n’en est plus une.

Le pétrole made in America

Les Américains consomment de moins en moins de pétrole arabe. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les importations de pétrole devraient tomber à 35% de la consommation globale en 2018, contre 51% aujourd’hui. Sur cette période, le Moyen-Orient et l’Amérique latine réduiront ainsi leurs exportations vers les Etats-Unis de 2,1 millions de baril par jour (Mb/j), alors qu’elles augmenteront de 3 Mb/j vers l’Asie.

On commence à connaître l’histoire, le boom des shale oil permet aux Etats-Unis d’augmenter leur production locale. D’ici 2018, Washington produira 12 millions de barils par jour, soit l’équivalent de la capacité actuelle de l’Arabie Saoudite.

Toutefois, une autre tendance vient expliquer que le pétrole arabe est moins important : les Etats-Unis font actuellement le choix du gaz naturel.

Le virage gazier de Barack Obama

Vous vous souvenez de la première élection de Barack Obama en 2008 ? Au-delà du symbole pour les minorités américaines qu’avait représenté son élection, il avait également porté un élan autour d’un nouveau mix énergétique. Elu en pleine tempête financière, il avait porté les énergies renouvelables au pinacle. Elles étaient les nouveaux relais de croissance, et la clef pour lutter contre le changement climatique.

Quatre ans après, Barack Obama ne jure que par le gaz de schiste. Lors de sa deuxième élection, le président américain s’était transformé en VRP de ces gaz. Et on comprend les raisons de ce renversement en faveur d’une énergie fossile. Comme je le disais dans un précédent article, le gaz de schiste aurait permis la création de "de 400 000 à 650 000 emplois selon les estimations", et le président a parlé de 600 000 nouveaux emplois créés d’ici 2020 grâce au gaz de schiste. Les retombées pour les ménages en termes de pouvoir d’achat sont également très importantes.

Le gaz va-t-il entrer en concurrence avec le pétrole ?

Pour l’instant, c’est le charbon qui est laminé par le gaz de schiste. La concurrence faite au charbon est soutenue par l’Etat, puisque l’EPA, l’agence de l’environnement américaine, a imposé des limites d’émissions de CO2 aux centrales thermiques. Les nouvelles centrales au charbon sont fortement pénalisées face aux centrales au gaz.

Toutefois, il n’est pas impossible de voir le gaz concurrencer le pétrole, du moins dans des marchés de niche comme les flottes de véhicules. Si la révolution du pétrole de schiste va augmenter les réserves américaines en pétrole, la baisse des prix de l’essence va être moindre que celle sur le marché du gaz, car le gaz s’échange sur un marché régional.

Comme l’a expliqué récemment le Wall Street Journal, la politique énergétique d’Obama pourrait encore évoluer dans les prochains mois. Si la conversion au gaz de schiste d’Obama a été le fruit en partie d’un calcul politique, il est possible de voir le président américain soutenir à nouveau les énergies renouvelables une fois éloignées les prochaines échéances électorales.

[Pour suivre cette affaire -- mais aussi toutes les actualités du secteur des matières premières -- retrouvez Florent Detroy au quotidien dans L'Edito Matières Premières : tout est là...]

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