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En juin 2014, le taux de croissance annuelle de l'indice des prix à la consommation (IPC) a chuté à 0,5 %.
En juin 2014, le taux de croissance annuelle de l'indice des prix à la consommation (IPC) a chuté à 0,5 %.
©Reuters

Pour le dire crûment

Pourquoi la France sera en déflation fin juillet (et ce que ça signifie concrètement pour nous)

Le taux de croissance annuelle de l'indice des prix flirte avec la barre des 0 %, et la production industrielle a chuté de 3,7 % entre mai 2013 et mai 2014. La France est au bord de la déflation et la dynamique actuelle pousse à craindre le pire.

Charles Gave

Charles Gave

Charles Gave est président de l'Institut des Libertés, un think tank libéral. Il est économiste et financier. Son ouvrage L’Etat est mort, vive l’état  (éditions François Bourin, 2009) prévoyait la chute de la Grèce et de l’Espagne. Il est le fondateur et président de Gavekal Research et de Gavekal Securities, et membre du conseil d’administration de Scor.

 

 

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Atlantico : En juin 2014, le taux de croissance annuelle de l'indice des prix à la consommation (IPC) a chuté à 0,5 %. En baisse constante, il semble se rapprocher un peu plus du seuil de 0 % synonyme de début de déflation. La France va-t-elle connaître une période de déflation cet été ?

Charles Gave : Pour un économiste, déflation ne veut pas dire baisse des prix, mais baisse de la masse monétaire. Il y a deux entités dans le système qui peuvent créer de la monnaie, la banque centrale (le secteur public) et les banques commerciales (le secteur privé), en octroyant des prêts. Un certain nombre de ces prêts peuvent ne pas être remboursés et donc les banques commerciales doivent avoir un capital qui garantit aux déposants que leurs dépôts (les comptes courants des lecteurs) ne sont pas en danger. Il est d’usage que les banques prêtent au maximum 12 fois leurs fonds propres, c'est-à-dire leur capital.

Ce qui se passe aujourd’hui est assez simple. Bien des banques ont fait des grosses bêtises dans les années 2000 et ont prêté jusqu'à 30 fois leurs fonds propres et se retrouvent donc dans une situation périlleuse, et ce d’autant plus que les autorités de contrôle ont terriblement durci leur politique.

Ce qui veut dire en termes simples que ces banques ne peuvent plus accorder de nouveaux prêts et sont obligées de rappeler toute une série de prêts anciens. Les banques doivent réduire la taille de leurs bilans.

De ce fait, l’offre de crédit s’effondre et avec cet effondrement, la masse monétaire baisse.

Une baisse de la masse monétaire est pour ainsi dire toujours suivie d’une baisse des prix, ce que l’on appelle en langage courant, et faussement, une déflation. La France est en déflation (baisse de la masse monétaire depuis un certain temps déjà) et une baisse des prix est donc inévitable.

Déjà, le prix des produits industriels est en baisse en Allemagne, en France, en Italie et bientôt les prix de détail vont suivre.   

      

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Si la France devait entrer en déflation, quelles seraient concrètement les conséquences à court, et à plus long terme si cette situation devenait durable ?

En déflation, les taux d’intérêt nominaux sont très bas (0 %), et donc "servir" sa dette n’est pas difficile. Par contre, rembourser le principal est presque impossible puisque la valeur de ce capital monte a due concurrence de la baisse des prix.

Si les prix baissent de 50%, la valeur de mon capital à rembourser va doubler en termes de pouvoir d’achat. Si entre temps, mon salaire a baissé de moitié, je ne pourrai pas rembourser le capital, ce qui mettra la banque qui m’a prêté l’argent dans une situation très difficile.      

Quels seraient les secteurs les plus touchés par une situation de déflation ? Existe-t-il ainsi des agents économiques (entreprises ou salariés) plus vulnérables à ce phénomène ?

Dans les périodes de baisse des prix, toutes les sociétés qui vendent des produits "inélastiques par rapport aux prix" souffrent mille morts. Je m’explique.

Si le prix du pain baisse, personne n’achète  deux ficelles a la place d’une. La demande de pain est donc inélastique par rapport aux prix. Par contre si le prix d’un "Ipad" baisse de 50 %, la demande va quadrupler. L’Ipad est très élastique par rapport aux prix.

Le boulanger va donc se retrouver avec un chiffre d’affaires en baisse alors même que les salaires, les impôts, l’électricité etc. ne vont pas baisser ou vont baisser avec beaucoup de retard. Sa marge va donc s’effondrer et la probabilité qu’il fasse faillite va augmenter considérablement.

En ce qui concerne les salariés , les fonctionnaires qui ne peuvent être licenciés sont les grands gagnants, puisque leur pouvoir d’achat monte, les perdants étant les employés de mon boulanger

Mais la vraie victime en cas de déflation est la banque. Tous ceux qui peuvent rembourser leurs prêts le font, ce qui laisse la banque avec tous les mauvais emprunteurs. Les banques deviennent donc les camions poubelles où s’entassent tous les mauvais payeurs, ce qui les empêche de prêter a ceux qui pourraient les rembourser et donc entretient la déflation, ce qui nourrit la baisse des prix.

De même, la valeur de la dette étatique monte, ce qui rend son financement de moins en moins rentable et de plus en plus en plus difficile, une partie de plus en plus importante des impôts devant être consacrée au service et au remboursement de la dette. Si cette dette est détenue par des nationaux, cela correspond a un transfert de richesse des emprunteurs vers les détenteurs d’obligation. Si elle est détenue a l’étranger, alors le niveau de vie doit s’effondrer. 95% de la dette japonaise est détenue par les Japonais. Par contre 65% de la dette française est détenue par des étrangers. Le niveau de vie du Français moyen va donc s’effondrer en cas de déflation, comme on l’a vu en Grèce ou en Espagne. La seule porte de sortie serait de quitter l’euro puisque la dette française est libellée dans la monnaie de l’Etat souverain français, aujourd’hui l’euro, demain le Franc à nouveau ?

La chute de l'inflation continue malgré un taux directeur de la BCE très bas. Qu'est-ce qui est responsable de ce rapprochement constant du seuil d'alerte que rien ne semble arrêter ?

Ce qui entretient la baisse des prix, c’est l’effondrement du crédit, c'est-à-dire la baisse de la monnaie créée par le secteur privé. Si les prix baissent de 3%, des taux d’intérêt a zéro sont en fait à 3% en termes réels et donc sont très supérieurs au taux de croissance des chiffres d’affaires des sociétés du secteur privé. Il faut être idiot pour emprunter a zéro et investir a -3 %

La grande leçon des périodes déflationnistes a été exprimée il ya bien longtemps par la sagesse populaire : "qui paye ses dettes s'enrichit". 

Si les taux directeurs de la banque centrale ne parviennent pas à inverser la tendance, qu'est-ce qui pourrait rapidement inverser la tendance désinflationniste et le risque de déflation à court terme ?

Nationaliser les banques, mettre leurs dirigeants en prison, sortir de l’euro. revenir a des prix de marché pour les taux d’intérêt et les taux de change, couper les dépenses publiques de 40%, privatiser les secteurs ou l’Etat n’a rien à faire, baisser le taux marginal d’imposition. C’est ce qu’ont fait la Suède en 1992 et le Canada en 1994. C’est ce que va proposer monsieur Montebourg sans aucun doute...

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