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Pourquoi l’influence de Melania Trump sur son mari dépasse de loin ce qu’on en voit
©MANDEL NGAN / AFP

Bonnes feuilles

Pourquoi l’influence de Melania Trump sur son mari dépasse de loin ce qu’on en voit

Jean-Bernard Cadier publie "Néron à la Maison Blanche" (ed. de l’Archipel). Donald Trump voit sa cote de popularité se maintenir. L’économie américaine affiche une santé insolente. Donald Trump aborde même la présidentielle de 2020 en position de force. Cette enquête tente d’élucider ce mystère en dressant un premier bilan de son action, sans parti pris ni préjugés. Extrait 2/2.

Jean-Bernard Cadier

Jean-Bernard Cadier

Jean-Bernard Cadier est correspondant de BFM TV à Washington, spécialiste de la Maison Blanche et de Donald Trump. Ancien grand reporter, ancien correspondant d'Europe 1 à Washington, Bruxelles et Londres, ancien chroniqueur à France 24, c'est un très bon connaisseur de la politique américaine.

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Melania serait en fait une des rares personnes à avoir une réelle influence sur lui. « Elle est intelligente, elle a une bonne intuition et elle le sait, raconte Christopher Ruddy, le patron de Newsmax, très proche de Donald Trump. Dans nos conversations, le président me rapporte très souvent le point de vue de Melania, sur les gens et sur les choses. » Quand Trump épouse Melania en 2005, il déclare au New York Post : « Elle a montré qu’elle pouvait être la femme dont j’ai besoin à mes côtés. Cela fait cinq ans que nous sommes ensemble et pour moi, cela a été cinq années de réussites comme jamais. Cela a forcément quelque chose à voir avec elle. » 

Il ne faut pas pour autant surestimer sa capacité à influencer son mari : elle a notamment essayé sans succès de l’empêcher de tweeter, elle le reconnaît elle-même. Mais Melania Trump est davantage qu’une jolie silhouette aux côtés du président. « Derrière la scène, c’est une tueuse », résume l’ancien conseiller Steve Bannon. Rudy Giuliani, l’avocat personnel du président, en a fait l’amère expérience quand il a eu le malheur de vouloir parler à la place de la première dame sur un sujet sensible. En juin 2018, il déclare au sujet de la liaison avec l’actrice X Stormy Daniels : « [Melania Trump] croit son mari, elle sait que tout cela n’est pas vrai. » Les services de la First Lady répondent par un communiqué cinglant : « Nous ne croyons pas que Mrs Trump ait partagé ses pensées ni quoi que ce soit avec Mr Giuliani. » L’avocat ne s’y risquera plus. Et le président reçoit le message : Melania n’est pas dupe. 

Elle a même réussi, à l’automne 2018, à avoir la tête d’une des principales collaboratrices de son mari. Mira Ricardel, qui était la numéro deux du Conseil national de sécurité. Melania a eu maille à partir avec elle à l’occasion de son voyage en Afrique. Elle n’était pas la seule à s’en plaindre. Mira Ricardel, de l’avis général, maltraitait ses collaborateurs et ses interlocuteurs. Le ministre de la Défense, Mattis, ne pouvait plus la supporter. Melania en parle alors au chef de cabinet de la Maison Blanche, à l’époque John Kelly. Rien ne se passe. Elle en parle à son mari. Toujours rien. Elle publie un communiqué au canon : « Le bureau de la première dame estime que cette personne ne mérite plus l’honneur de travailler à la Maison Blanche. » Mira Ricardel sera discrètement écartée. Épisode tout à fait inhabituel au regard de l’histoire des First Ladies. Jamais elles ne se permettent de demander publiquement un remaniement dans l’équipe de leur mari. Nancy Reagan faisait et défaisait les carrières à la Maison Blanche, mais elle poignardait dans l’ombre. Cela ne ressemble pas à la Melania que l’on croit connaître. 

« Étrangement, ce communiqué diminue son pouvoir, commente Peggy Noonan. L’essence de son pouvoir était le mystère. Personne ne sait ce qu’elle pense. Jusqu’à présent, elle n’avait pas commis l’erreur de vouloir être comprise, alors que là on voit apparaître la confirmation des histoires qui commençaient à circuler sur sa personnalité : elle est obstinée et n’écoute pas les avis qu’on lui donne. » À bon entendeur, Melania n’est pas une gentille. 

C’est d’ailleurs à cette époque que sa cote de popularité commence à vaciller. Peut-être parce qu’elle a commencé à parler. Pour se plaindre. En se présentant comme « la personne la plus maltraitée du monde ». Et en dénonçant « ces opportunistes qui utilisent mon nom et ma famille pour assurer leur promotion ». Ce ne serait donc pas tant la critique qui la dérange mais le piratage de célébrité, la concurrence déloyale entre stars. 

En octobre 2018, elle se range résolument aux côtés de son mari sur la délicate question du #Metoo. L’affaire Kavanaugh1 vient de déchirer le pays et Melania est interrogée sur les femmes harcelées qui prennent la parole : « Je les soutiens mais je soutiens aussi les hommes qui sont harcelés. Vous savez, il faut des preuves. Si vous accusez quelqu’un de quelque chose il faut apporter des preuves irréfutables. » Exactement la même ligne que son mari, qui estime que l’on vit une époque très dangereuse… pour les hommes. À la suite de cette déclaration, la cote de popularité de Melania chute de onze points, pour rejoindre celle de son mari autour de 43 %. 

Fondamentalement la First Lady n’a pas trouvé sa place. Tantôt encensée, tantôt dénigrée, elle n’est simplement pas prise au sérieux et elle le sent. En octobre 2018, pour rehausser sa stature, elle prend l’initiative de se rendre dans quatre pays d’Afrique afin de soutenir les programmes de développement. Geste potentiellement fort au moment où son mari veut réduire la coopération avec les pays les plus pauvres. Mais le voyage passe totalement inaperçu. Évitant au maximum les prises de paroles, elle attire l’attention une fois encore sur ses tenues vestimentaires, critiquée pour porter un casque colonial blanc au Kenya qui rappelle de mauvais souvenirs sur le continent.

Extrait du livre de Jean-Bernard Cadier, "Néron à la Maison Blanche, le vrai bilan", publié aux éditions de l’Archipel.

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