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L’économie numérique n’a pas attendu Emmanuel Macron pour créer des emplois.
L’économie numérique n’a pas attendu Emmanuel Macron pour créer des emplois.
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Loi ou pas loi #Noé

Pourquoi l’économie numérique n’a pas attendu Emmanuel Macron pour créer des emplois sans respecter les conditions de diplômes requis (et pourquoi il faut l’encourager)

Emmanuel Macron a annoncé lundi 9 novembre la présentation du projet de loi Noé. Pour le ministre de l'Economie, le numérique doit constituer une opportunité pour ceux qui sont exclus du marché du travail. Ses conseillers regrettent que "des dizaines, voire des centaines d’activités (soient) soumises à qualification obligatoire sans que l’on puisse comprendre pourquoi".

Gilles Saint-Paul

Gilles Saint-Paul

Gilles Saint-Paul est économiste et professeur à l'université Toulouse I.

Il est l'auteur du rapport du Conseil d'analyse économique (CAE) intitulé Immigration, qualifications et marché du travail sur l'impact économique de l'immigration en 2009.

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Atlantico : Emmanuel Macron a annoncé lundi 9 novembre la présentation du projet de loi Noé (nouvelles opportunités économiques). Pour le ministre de l'économie, le numérique doit constituer une opportunité pour ceux qui sont exclus du marché du travail. Ses conseillers regrettent que "des dizaines, voire des centaines d’activités (soient) soumises à qualification obligatoire sans que l’on puisse comprendre pourquoi" ; "La France, qui se distingue par sa difficulté à créer des emplois peu qualifiés, peut profiter de cette dynamique en levant les barrières à l’accès à ces activités". Comment expliquer que des qualifications puissent constituer une entrave à la création d'emplois ? Quels exemples permettraient d'illustrer cette mécanique ?

Gilles Saint-Paul : Il s'agit d'un débat assez ancien et les mesures prônées par Emmanuel Macron sont dans la lignée du rapport Attali. L'idée est que l'accès à certaines professions, taxis, patron de salon de coiffure, vétérinaire, pharmacien, etc, est artificiellement restreint, soit par des numerus clausus, soit par des limites géographiques, soit par des conditions de diplôme qui ne correspondent pas aux qualifications réelles requises pour ces professions. Cela constitue une entrave à la création d'emploi pour deux raisons. D'une part, les travailleurs qui ne satisfont pas à ces conditions ne peuvent pas postuler à ces emplois. D'autres part, les travailleurs en milieu de carrière qui désireraient se recycler dans une autre activité ne peuvent pas non plus le faire et risquent de se retrouver chômeur à la place. Comme exemple, on peut citer les autocars, récemment libéralisés par Emmanuel Macron. Avant cette réforme, il était illégal d'ouvrir une ligne d'autocar sur un trajet desservi par la SNCF. Pour être à la tête d'un salon de coiffure, il faut un CAP, diplôme qui comprend nombre d'épreuves sans lien avec l'activité de coiffeur.

D'ailleurs, quels sont les types de métiers concernés ? 

Il s'agit de secteurs très variés, étant soumis à toutes sortes de réglementation: numérus clausus pour médecins et vétérinaires, surface et heures d'ouvertures pour le commerce de détail, diplômes pour les salons de coiffure, etc. Un secteur réglementé est un secteur où les "insiders" ont réussi à imposer un système de guilde leur permettant de se protéger de la concurrence des outsiders. Ces réglementations reflètent donc la capacité de lobbying des secteurs concernés plus que leurs caractéristiques économiques ou techniques.

En quoi la vague numérique pourrait-elle permettre aux non-qualifiés de trouver du travail, si l'on devait suivre la logique du ministre de l'Economie ?

La vague numérique permet aux non qualifiés d'accroître leurs revenus en effectuant des tâches simples, ou en utilisant le capital dont ils disposent (automobile, outils, logement, cuisine, etc...). Grâce au numérique, le coût fixe pour effectuer ces activités est considérablement réduit. On peut ainsi, grâce à uber, faire le taxi quelques heures par semaine, compléter cela par une activité hôtelière avec Air BnB, tout en étant également plombier, mécanicien, etc. Cela permet aux moins qualifiés de s'adapter aux fluctuations de la demande en échappant aux douloureux problèmes de reconversion inhérents à l'ancienne économie caractérisée par une spécialisation extrême et des rendements croissants.

Mais avec la vague numérique, ce problème ne tend-il pas à se résoudre de lui même ?

La fréquentation des plateformes de mise en relation entre particulier augmente beaucoup... Réponse -- La vague numérique va rendre obsolète nombre des réglementations qui constituent des barrières à l'entrée pour certaines activités. On en a eu un avant-goût avec le psychodrame Uber. De plus en plus, du fait de la modularisation de l'activité économique, l'offre et la demande se rencontrent sans passer par une entreprise. Or, la réglementation et la fiscalité passent par le contrôle de ces entreprises. Il est plus facile de s'assurer qu'un salon de coiffure ayant pignon sur rue est effectivement dirigé par quelqu'un qui possède un CAP, que d'imposer la même contrainte à un coiffeur occasionnel exerçant chez lui. L'ubérisation de l'économie rend donc les contraintes réglementaires beaucoup plus difficiles et imposera une révision douloureuse de la culture française fondée sur des entraves étatiques à la concurrence et un état-providence hypertrophié.

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