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Une danseuse dans le spectacle "Crise" au Crazy Horse de Paris.
Une danseuse dans le spectacle "Crise" au Crazy Horse de Paris.
©Reuters

Trop fort, trop vite ?

Pourquoi l'attrait soudain des investisseurs pour la dette du secteur privé européen n’est pas une si bonne nouvelle que ça

29 milliards de dollars auraient été levés sur le marché obligataire européen en l'espace de deux semaines selon le Financial Times.

Andrea Tuéni

Andrea Tuéni

Diplômé du Master en Finance de marché de Sup de Co Reims, Andrea Tuéni rejoint Saxo Banque en tant que Sales Trader il y a 2 ans.

Ce spécialiste des devises et matières premières est rapidement devenu un analyste reconnu par les médias financiers de référence (BFM, Reuters, Le Figaro,…) et participe au rayonnement de l’activité du département de Sales Trading de Saxo Banque France.

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Atlantico : "Le marché des obligations de sociétés européennes a levé un total de près de 29 milliards de dollars au cours des deux dernières semaines", selon le Financial Times. Comment expliquer qu'il y ait un véritable engouement pour les obligations européennes dans le secteur privé ? Doit-on s'en réjouir ?

Andréa Tuéni Après un été très calme, le marché des obligations privées reprend des couleurs. Il semble que les entreprises cherchent à profiter de la situation des taux en attendant le resserrement anticipé de la politique monétaire de la Fed. En effet, l’hypothèse de voir la Fed réduire son QE3 (quantitative easing, la planche à billets qui consiste à acheter de la dette publique, ndlr) dès le mois de septembre et petit à petit changer le cap de sa politique accommodante incite les entreprises à profiter de la situation avantageuse des taux. La prochaine réunion de politique monétaire de la Fed les 17 et 18 septembre prochain pourrait donner de nouveaux éléments.

On peut aussi estimer que les récentes données macroéconomiques notamment la sortie de récession en Europe observée cet été a joué un rôle. En effet, la confiance fait petit à petit son retour sur les marchés. Les investisseurs ont été rassurés par les dernières statistiques. Cependant, il ne s’agit là que de prémisses et la route est encore longue avant de parler de reprise. Plusieurs obstacles restent à franchir en cette rentrée très chargée parmi lesquels figurent les élections allemandes à la fin du mois de septembre.

Enfin, rappelons que les banques, en pleine restructuration de leurs bilans sont de plus en plus réticentes à prêter aux entreprises. Ainsi, les levées de fonds sur le marché obligataire représentent un levier non négligeable, voire essentiel pour certaines entreprises.

Pour conclure, la bonne tenue du marché des obligations de sociétés est une bonne nouvelle notamment la présence d’émissions obligataires d’entreprises italiennes et portugaises. Cependant, la prudence doit rester de mise. La prochaine réunion du FOMC (qui s'occupe des achat et vente de titres publics au sein de la Fed, ndlr) est une première échéance à risque au même titre que les élections allemandes du 22 septembre. La hausse des taux d’emprunt d’Etats à 10 ans est un point à surveiller : les coûts d'emprunt des entreprises européennes sur les marchés pourraient suivre la même direction en fonction de l’évolution de la situation outre-Atlantique. De plus, même si l’actualité macroéconomique est rassurante, il faudra une confirmation dans les mois à venir pour réellement parler d’embellie, voire de reprise.

Cette ruée vers les obligations des entreprises privées s'exerce-t-elle au détriment des Etats qui ont profité d'une fuite vers la qualité (comprendre les emprunts d'Etats) qui leur a permis de s'endetter à faible coût ?

Les obligations d’Etats sont un peu mises en difficulté alors que la Fed s’apprête à ralentir le rythme des achats d’obligations. Depuis le mois de mai et les premiers signes d’une volonté de changement de cap de la Fed, le marché se montre nerveux. Derniers éléments en date : les émissions obligataires françaises et allemandes où les taux sont ressortis en nette hausse (Berlin a placé de la dette sur les marchés au taux le plus élevé depuis décembre 2011, tandis que Paris a émis des obligations à 10 ans au taux le plus haut depuis l'élection de François Hollande) mais aussi le taux à 10 ans américain qui est brièvement repassé au-dessus des 3% la semaine dernière.

Les entreprises sont quant à elles dans une logique d’opportunités. Même si les conditions d’emprunts obligataires risquent de se détériorer dans les mois à venir, la situation est toujours propice et les entreprises cherchent à profiter de cet environnement encore favorable en anticipation d’une détérioration à venir. C’est donc en grande partie le risque de voir une fenêtre de tir se refermer sur le marché qui pousse les entreprises à se ruer sur le marché.

Les entreprises européennes profitent-elles ainsi d'une nouvelle source de financement ? Ou s'agit-il essentiellement d'obligations sur le marché secondaire (c'est-à-dire d'obligations déjà émises) ? Est-ce une source viable de financement de la croissance  ?

Dans un contexte où les établissements bancaires rééquilibrent leur bilan, la levée de fonds via le marché obligataire est une source de financement non négligeable pour les entreprises. Les conditions d’emprunt encore favorables mais qui devraient se détériorer en anticipation d’un resserrement monétaire de la Fed, incitent les entreprises à boucler rapidement leurs émissions obligataires.

Ainsi, plusieurs entreprises en ont déjà profité. On pense ici à Orange qui a levé 1,5 milliards d’euros ou encore à Nestlé qui a lancé deux emprunts obligataires pour une valeur de 500 millions d’euros et 500 millions de dollars. D’autres entreprises se préparent à faire appel au marché et notamment Verizon qui prépare une émission obligataire de grande envergure (on parle de 25 milliards de dollars) afin de refinancer le rachat de Vodafone.

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