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Des billets de dix et vingt euros et des billets de dix dollars.
Des billets de dix et vingt euros et des billets de dix dollars.
©Philippe HUGUEN / AFP

Economie en pleine mutation

Pourquoi il est devenu si facile de perdre le sens de nos dépenses dans une société de paiement sans cash

La pandémie de Covid-19 a accéléré la dématérialisation de l'économie. La BCE souhaiterait notamment lancer un euro numérique. Ce contexte économique a tendance à favoriser les dépenses.

Michel Ruimy

Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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Atlantico : La dématérialisation de l’économie a été accentuée par la pandémie, tant et si bien que la BCE veut lancer un euro numérique. Une économie sans monnaie fiduciaire est-elle en vue ? Où en est-on ?

Michel Ruimy : 2020 a été une année de rupture en matière de paiements, en particulier pour le paiement sans contact. La forte croissance de ce moyen de règlement a résulté, à la fois, de l’élévation du plafond de paiement (passage de 30 à 50 euros) et d’une forme de défiance pour le règlement physique du fait du contexte sanitaire. Mais, au-delà de ce constat, la digitalisation de l’économie et de nos moyens de paiement reste une tendance majeure,

Pour autant, il n’y a pas de volonté de réduire l’usage des espèces en France. La stratégie développée par la puissance publique est de garantir la liberté de choix tout en s’adaptant aux nouveaux usages. A cet égard, alors que la fin du cash est souvent évoquée, que d’autres moyens de paiement se diffusent et qu’en France, les lois favorisent la réduction de son utilisation (lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme), la production annuelle de billets par la Banque de France augmentait régulièrement avant l’épidémie.

Les motifs de la détention de liquidités les plus souvent avancés sont, outre l’aspect transactionnel, une certaine perte de confiance dans le système bancaire (thésaurisation), la liberté (anonymat du paiement en liquide) et la gratuité (pas besoin de carte bancaire, téléphone, compte bancaire… pour l’utiliser).

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Mais, si pour l’utilisateur, payer en espèces est gratuit, la gestion de la monnaie fiduciaire ne l’est pas pour les banques. Si son coût est néanmoins quasiment équilibré par les produits de la délivrance des moyens de paiement scripturaux (chèques, cartes bancaires, virements, prélèvements…), il s’agit, pour elles comme les autorités monétaires, de fournir aux Français les moyens de paiement dont ils ont besoin... quitte à les orienter un peu.

Cette dématérialisation et automatisation croissante de l’économie a-t-elle tendance à faire perdre de vue ses dépenses ? Consomme-t-on d’autant plus qu’on voit moins l’argent ?

La crise du Covid 19 aura vraisemblablement un impact durable sur les attitudes et comportements des individu. Avec la pandémie, beaucoup de personnes ont modifié leur comportement d’achat car les systèmes de paiement les ont autonomisés en leur offrant, dans de nombreux cas, des moyens pratiques pour effectuer des achats. Cependant, si l’essor des ventes sur l’internet n’est pas acquis pour les prochains mois, il y aura certainement un « effet cliquet », des freins surmontés, des habitudes prises sur le long terme.

Par ailleurs, l’engouement pour le commerce électronique n’englobe pas la totalité des achats. Il convient d’en distinguer certains types. L’« achat quotidien » et impératif est effectué régulièrement sans que le processus de choix intervienne à nouveau dès lors que le consommateur est satisfait du produit (le pain de votre boulangerie). L’« achat étendu » pour lequel le consommateur estime que l’achat est important. Il va donc y consacrer du temps et y mettre une grande dose de rationalité (achat immobilier). L’« achat limité » est irraisonné, basé exclusivement sur des motivations émotionnelles et affectives. Il est généralement réalisé rapidement (produit à la mode que votre entourage possède). Il est, en général, avec l’« achat impulsif », le plus ciblé par les commerçants qui ont, en conséquence, développé un marketing digital. Celui vise notamment à cerner le profil des clients actuels et potentiels pour comprendre leurs motivations émotionnelles (« empathy map ») et à déceler leurs finalités / freins à l’achat afin d’apporter la réponse à leurs attentes via leur offre de produits.

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Il ne faut donc pas appréhender la digitalisation de l’économie comme la cause unique du développement du commerce électronique. Elle ne fait qu’accompagner la tendance déjà existante. Le futur de la distribution sera vraisemblablement « phygital » ou « omnicanal ».

Quelles stratégies peut-on mettre en place pour redonner un sens à ses dépenses et garder un meilleur contrôle ?

Il va falloir concilier les habitudes d’achat mises en place depuis des années avec la nouvelle réalité d'aujourd’hui. Même si une récente étude relative au comportement post-Covid des consommateurs conclue à une polarisation croissante entre ceux qui pensent acheter moins et les autres, qu’environ 15% d’entre eux vont restreindre leur dépense par nécessité… et près de 25% le feront par choix, s’orientant vers un mode de consommation plus frugal, certains vivent aussi dans le flou, dépensant leur argent sans percevoir clairement le sens de leur action.

Alors que faire à leur égard ? A l’opposé de la logique des entreprises qui souhaitent que les dépenses soient faciles et rapides, il conviendrait de rendre celles-ci plus difficiles, plus lentes et plus visibles afin que ces consommateurs retrouvent un certain degré de contrôle sur leur comportement. Il conviendrait, par exemple, leur suggérer qu’au lieu d’acheter immédiatement, de manière impulsive, elles devraient noter chaque article sur une feuille de calcul, pour y revenir à la fin du mois. Elles auraient ainsi le temps de réfléchir mais aussi de prendre en compte le prix cumulé de toutes ses tentations.

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