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Le Premier ministre ne s’est pas exprimé au soir du premier tour des élections.
Le Premier ministre ne s’est pas exprimé au soir du premier tour des élections.
©Reuters

L'Edito de Jean-Marc Sylvestre

Pourquoi François Hollande a-t-il empêché Manuel Valls de s’exprimer le soir du premier tour des régionales ?

C’est la première fois que le Premier ministre ne s’exprime pas au soir du premier tour des élections, alors même qu’il conduit la campagne sans ménagement.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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François Hollande a défini personnellement la communication des cadres du Parti socialiste, de toutes les têtes de liste et des deux membres du gouvernement autorisés à venir sur les plateaux de télévision, ou à s’exprimer en duplex de leur bureau, Stéphane le Foll et Bernard Cazeneuve.

Tous les éléments de langages, toutes les stratégies de second tour ont donc été définis à l’Elysée. Et pour couronner le tout,  fait sans précèdent, le Premier ministre Manuel Valls, qui s’était pourtant activé comme un beau diable, n’a pas été autorisé à prendre la parole dans la soirée électorale. Du coup, la spéculation allait bon train toute la nuit dans les états-majors des partis politiques, dans les grandes entreprises, y compris au Medef, qui était très préoccupé par le tremblement de terre annoncé dans les régions.

Pourquoi ce silence imposé à celui qui n’a jamais hésité à affronter la réalité et ses adversaires politiques ? A priori, deux hypothèses circulaient dans le monde politique hier soir. Ou bien, le président de la République a voulu protéger son Premier ministre en lui évitant de se retrouver au cœur de la bagarre alors que l’échec est patent et que l’avenir n’est pas écrit. Ou bien, le Président a voulu empêcher son Premier ministre, dans lequel il a assez peu confiance, de prendre date et de se défendre dans le cas où il servirait de fusible.

Ceux qui connaissent bien le président de la République, notamment parmi les chefs d’entreprise qui le visitent périodiquement à sa demande,  ont une autre version beaucoup plus cynique.

Ils rappellent que François Hollande ne réagît jamais à chaud aux évènements politiques, il attend qu’ils  germent pour donner une situation qu'il récupèrera après coup. La vague d’attentats l’a obligé à prendre des décisions, mais le rôle était facile à tenir. Il n’avait pas le choix.

La guerre contre Daech, c’est une partie d’échec. La vie politique intérieure, relève plus du jeu de go. C’est très diffèrent. Et à ce jeu, il y a des lignes de force. Avec une stratégie, à l’Elysée, on en a repérer quatre.

La première, c’est de reconnaitre en privé que la majorité présidentielle a échoué gravement.Le Parti socialiste a reculé partout, mais les alliés du PS, le Front de gauche et les écologistes ont pratiquement disparu. Pour le président de la République, ça n’est pas forcément une mauvaise nouvelle. Les frondeurs n’ont pas d’assise électorale.

La deuxième évidence, c’est que le Front national avance à grands pas. Parce que la droite ne répond pas à la demande politique qui s’exprime, parce que la situation générale est extrêmement dangereuse et que les Français ont peur du terrorisme, de l’immigration, de l’euro, de l’Europe et surtout du chômage et de la misère. On est convaincu à l’Elysée que la majorité de gauche a perdu faute de résultats. 

La troisième ligne de force est là encore une évidence. Il n y a pas d’offre politique alternative. La droite n’a rien de très cohérent en stock à offrir à l’opinion comme programme de redressement économique. Quant au programme du Front national, il serait très difficilement applicable. Les mesures qui reviennent à tourner le dos à la mondialisation, à l’Europe, à l’euro, à la compétitivité, porterait un tel bouleversement qu'elles seraient refusées ou refoulées par tous les acteurs du monde économique, par les chefs d’entreprise comme par les salariés.

La quatrième ligne de force, dessinée de concert par le Président et ses visiteurs du soir, passe par une politique de compétitivité que la gouvernance a essayé de mettre en œuvre depuis deux petites années mais n’a jamais réussi à l’accomplir complètement. On ne peut pas dire que Manuel Valls ait eu les coudées franches au sein de la majorité présidentielle. On ne peut pas dire qu’Emmanuel Macron a réussi à faire appliquer ce qu’il a annoncé. Une fois les élections régionales passées, on peut penser que le Président n’aura plus rien à perdre.

L’état d’urgence, avec la mise en place d’une panoplie de moyens très sécuritaires, lui a plutôt bien réussi. Il pourrait pour 2016, déclarer un état d’urgence sur le front de la guerre économique et de l’emploi. Politiquement, ceux qui à gauche pourraient l’en empêcher, ont disparu.

Dans ce cas-là, il a besoin de deux hommes clés : Manuel Valls, le Premier ministre, et Emmanuel Macron, le ministre de l'Economie, pour débloquer le système économique français un peu comme l’avait fait Mario Monti en Italie au cours des six premiers mois de son mandat. Mario Monti est resté le chef du gouvernement entre novembre 2013 et avril 2014 et il n’a pas été élu. Mais les deux  présidents du Conseil qui lui ont succédé, Enrico Lettra et aujourd'hui Mateo Renzi  ont repris son programme de réforme.

Ces plans de réformes portent sur la dérégulation de l’économie, la mise en concurrence des secteurs protégés, les privatisations, ou plutôt le désengagement de l’Etat, la baisse des dépenses publiques et le recul de la pression fiscale.

La France est aujourd'hui le pays de la zone euro où le chômage est le plus important et où l'activité économique est la plus molle, avec une croissance qui s’avère être la plus faible de toutes la zone euro. Et des déficits de fonctionnement qui sont les plus lourds. La France vit à crédit grâce aux taux d’intérêt très bas de la BCE et grâce aux hypothèques que lui apporte l’Allemagne en contrepartie d’un parapluie militaire.

Pour faire la guerre économique, le président de la République a besoin d’avoir de managers. Manuel Valls et Emmanuel Macron seront normalement mobilisés.

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