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Pour un « plan Marshall » des territoires d’industrialisation ancienne de la France Périphérique
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Plan Marshall

Pour un « plan Marshall » des territoires d’industrialisation ancienne de la France Périphérique

L'analyse comparée des géographies des votes pour le candidat Donald Trump, des suffrages favorables au Brexit et des voix pour le Front National aux dernières élections présidentielles en France, montre que les territoires, qui sont les plus sensibles aux sirènes populistes dans les pays développés, se situent, en règle générale, en-dehors des grandes métropoles.

Ce constat a été popularisé en France par la large diffusion du concept de « France Périphérique », inventé par le géographe Christophe Guilluy. Au sein de ces territoires, par définition, hétérogènes, puisqu’ils sont définis a contrario d’un autre espace, il est néanmoins possible d’individualiser deux grands ensembles : le monde rural et les territoires d’industrialisation ancienne non métropolisés, dont les principales villes sont de taille petite ou moyenne. Ces derniers apparaissent comme les plus touchés par les changements dans la division internationale du travail, en faisant incontestablement les grands perdants de la mondialisation.  

Or, depuis les années 1980, ils ont complètement disparu du radar d’une politique d’aménagement du territoire français, aux moyens financiers et humains de plus en plus réduits, alors qu’ils s’enfonçaient dans la crise et le chômage de masse, du fait d’une absence de diversification de leur tissu économique et d’une certaine « sinistrose » des élites locales, peu propice au redémarrage de l’économie. Nos dirigeants politiques ont consécutivement continué de gérer la France en oubliant ce qui se passait dans une partie du pays car ce sont, dans leur grande majorité, des territoires qu’eux et leurs conseillers n’ont guère fréquenté dans leur vie, qu’ils ne connaissent donc pas, d’autant plus que s’exerce un certain mépris de classe pour cette France industrielle des ouvriers et anciens ouvriers, qui a, pourtant, grandement contribué à la prospérité nationale tout au long du XIX° siècle et jusqu’aux années 1970.

Or, face à la situation socio-économique catastrophique de cette France des invisibles, il est désormais nécessaire de rattraper le temps perdu en engageant un plan national de redéveloppement concernant les territoires de tradition industrielle non métropolisés, dont la situation sociale est la plus préoccupante. Dans ce cadre, pour éviter le saupoudrage de l’argent public, qui mène inévitablement à l’absence de résultats à la hauteur des espérances suscitées, il convient d’effectuer une sélection de moins d’une dizaine de territoires à aider de manière conséquente, correspondant à un véritable « plan Marshall » de la France oubliée. 

En utilisant une combinaison de critères, dont l’évolution de l’emploi et de la population, deux éléments fortement corrélés à l’échelle locale, ce plan devrait s’appliquer prioritairement à six territoires, qui ne suivent pas des périmètres administratifs. Il s’agit de retenir un vaste ensemble de communes de tradition textile et métallurgique du sud-est du département du Nord (Avesnois et Cambrésis) et de la partie septentrionale de l’Aisne (au nord d’une ligne allant de Chauny-Tergnier à Hirson), le nord du département des Ardennes sur l’axe de la métallurgie de Givet à Carignan, la vallée de la Marne entre Saint-Dizier et Chaumont en Haute-Marne, elle aussi spécialisée dans la métallurgie, les anciennes vallées textiles de la Moselle et de la Meurthe dans les Vosges, le triangle berrichon Châteauroux-Vierzon-Bourges d’ancienne tradition métallurgique et textile dans le Cher et l’Indre, la Nièvre urbanisée autour de Nevers, de Fourchambault à La Machine. En-dehors de ces territoires, des aides plus localisées pourraient éventuellement être apportées à des villes présentant le même profil dans d’autres régions du pays : Abbeville dans la Somme, Saint-Jean-de-Maurienne en Savoie, Roanne dans la Loire, Mazamet et Carmaux dans le Tarn, Flers dans l’Orne, Montluçon dans l’Allier, La Grand-Combe dans le Gard, Decazeville dans l’Aveyron ou encore l’ensemble urbain Joigny-Migennes dans l’Yonne.

Ce « plan Marshall » devrait combiner à la fois un volet économique, conduisant à permettre d’enclencher une diversification des activités présentes sur ces territoires, un volet « social » ne reposant plus sur l’assistanat, avec pour objectif de réinsérer les populations locales dans la société (formation, action culturelle, autonomisation), et un volet environnemental, qui est loin d’être négligeable, car l’attractivité retrouvée passe par une considérable amélioration du paysage urbain. En effet, certains d’entre eux se localisent dans des régions naturelles potentiellement favorables au développement touristique, la vallée de la Meuse dans le nord des Ardennes en étant l’exemple le plus marquant (la ville de Revin, 25 % de chômeurs au recensement de 2013, est dominée par le mont Malgré-Tout, cher à George Sand). Pour que ces actions débouchent sur des résultats tangibles, il faudrait qu’elles s’inscrivent au minimum sur le moyen-terme, c’est-à-dire qu’elles ne devraient pas correspondre à la durée d’un mandat présidentiel de seulement cinq ans, mais être pensées sur au moins une quinzaine d’années, voire plus. 

Si le nouveau Président de la République, au-delà des discours, ne fait rien concrètement pour les territoires d’industrialisation ancienne non métropolisés, l’extrême-droite finira par y prendre définitivement le pouvoir, s’emparant au fur-et-à-mesure du temps des municipalités, des postes de conseillers généraux, puis de la députation. Ce sera le début d’une conquête du pouvoir par le bas, qui s’étendra ensuite progressivement au reste du pays, à l’exception des métropoles, sous réserve que les tensions ethniques n’y deviennent pas intenables.

 
 
 

 

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