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Pour le monde des affaires, si la réélection de Macron est assurée, sa capacité à gouverner pendant son deuxième mandat sera bloquée
©LUDOVIC MARIN / AFP

Atlantico Business

Pour le monde des affaires, si la réélection de Macron est assurée, sa capacité à gouverner pendant son deuxième mandat sera bloquée

Le monde des affaires s’inquiète de savoir comment Emmanuel Macron, dont il souhaite la réélection, pourra gouverner après. Parce qu‘il aura du mal à retrouver une majorité législative.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Le monde des affaires est convaincu, aujourd’hui, que la réélection d’Emmanuel Macron est assurée mais qu’il aura du mal à réunir une majorité lors des élections législatives qui suivront la présidentielle. La situation peut paraître paradoxale, mais il ne sera sans doute pas en mesure de reproduire le petit miracle dont il a bénéficié au début de son premier mandat, parce que la "Macronie" ne s’est pas enracinée dans la France profonde et que la représentation législative a failli dans son rôle de relais entre le pouvoir et le peuple. 

Lors dun deuxième mandat, les partis traditionnels (et notamment LR), qui ont renforcé leurs bases, peuvent imposer une sorte de cohabitation. Mais que peut donner une cohabitation si le clivage entre les courants nest précisément pas idéologique mais fondé le plus souvent sur les conflits de pouvoir?

Ce diagnostic est formulé de façon encore assez confuse par ce qu’on appelle, en France, le monde des affaires. Un monde mal défini certes, mais dont la pertinence et l’importance se sont imposées depuis une dizaine d’années. 

Le monde des affaires n’a pas d’existence juridique ou institutionnelle. Ne le cherchez pas dans l’annuaire des VIP. C’est un (petit) monde qui dispose d’une influence importante parce qu‘il tient la situation économique et financière dans ses mains. On y trouve, bien sûr, la plupart des dirigeants des grands entreprises internationales du CAC 40, les banquiers, les responsables d’organisation professionnelles, mais aussi beaucoup de dirigeants d’ETI - entreprises de taille intermédiaire, bref des CSP +++ dont la légitimité du pouvoir dépend de leur surface économique et financière. Ils ont suscité la création de nombreux Think tank et ils ont aujourd’hui plus de pouvoir que le groupe assez informel des Gracques qui a tenu le haut du pavé pendant si longtemps. 

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Ce groupe des Gracques est un groupe de très hauts fonctionnaires qui a dominé les structures dirigeantes françaises pendant près de trente ans. Au départ, c’était seulement « un groupe de réflexion et de pression » qui souhaitait une rénovation de la gauche française autour de valeurs sociales et libérales. Il se réunissait presque secrètement en marge des congrès du Parti socialiste, mais peu à peu, il s’est constitué en un réseau de pouvoir incontournable car ses membres tenaient les manettes de la haute administration et des entreprises publiques.   

En fait, directement issus des grandes écoles, de l’ENA et des grands corps, les Gracques, ont façonné la France des « bobos ». Mais ce groupe a perdu de son influence avec la mondialisation, la construction européenne et la montée en puissance des systèmes digitaux au profit des responsables qui sont en prise directe avec la réalité des marchés mondiaux. 

Paradoxalement, Emmanuel Macron, qui a été façonné dans le bain de la culture Gracque, sen est échappé très vite pour rejoindre ce monde des affaires privées et internationales, dont il a très bien compris les logiciels de fonctionnement. 

Un logiciel fondé sur l’optimisation des résultats financiers, la maitrise des marchés mondiaux et l’innovation technologique comme moteur du progrès.  

Emmanuel Macron fait partie de ces dirigeants qui, en France, ont compris très tôt que le 21e siècle serait le siècle de l’économie doffre, donc le siècle des entrepreneurs, aventuriers et conquérants. 

Fini le 20e siècle très Keynésien, très social avant d’être économiquement efficace, où le client était roi et donnait au Marketing l’essentiel du pouvoir.  Et comme le client était aussi électeur, ça a marché près de trente ans : les Trente glorieuses.  

Le  21e siècle a balayé cette obsession de satisfaire la demande, qui par ailleurs commençait à se retrouver un peu saturée dans les pays occidentaux. Du coup, le 21eme siècle a réveillé  Schumpeter, pour qui c’est l’entrepreneur-inventeur qui crée la richesse et qui dispose d’un pouvoir partagé avec les financiers qui gèrent les flux de financement de l’investissement. Les  algorithmes ont remplacé comme leviers de pouvoir ceux qui servaient la relation client.  

Ce monde des affaires na pour seule idéologie que celle du progrès, un peu comme au 19e siècle avec la révolution industrielle. Comme l’a expliqué Fernand Braudel, ce moteur de progrès ne peut fonctionner qu’au bénéfice du plus grand nombre sinon, il ne fonctionne pas. Aujourd’hui, le chef d’entreprise, quel qu’il soit et de quelque pays qu’il vienne, offre une innovation mais le progrès n’est au bout de l’effort que si cette innovation est acceptée par les clients, les salariés et les investisseurs qui sont les épargnants. Toute l’économie digitale, toute la mutation écologique est fondée sur cette équation. 

Emmanuel Macron est sans doute arrivé au pouvoir au bon moment et au bon endroit pour faciliter l’installation de ce logiciel et du coup, il a balayé les vieilles structures politiques qui n’avaient pas d’offres alternatives. Pour ménager les apparences, il a développé le concept fumeux « du en même temps ». Fumeux parce qu’il ne s’appuie sur aucune réalité idéologique ou politique. 

Emmanuel Macron a donc, avec l‘appui du monde des affaires, entrepris de restaurer la puissance économique de la France dans un monde ouvert, très concurrentiel et investi dans la modernité. Et de lancer les premières réformes pour faire sauter tout ce qui verrouillait la France. A ce moment-là, n’ayant pas de relais dans la France profonde et avec un parlement qui ne faisait pas le job, il s’est retrouvé confronté aux Gilets jaunes, qui ont quand même mis le pays sens dessus dessous pendant 18 mois. Jusqu’à l’apparition de cette pandémie qui a tout paralysé. 

Si on fait le bilan avec les lunettes du monde des affaires, il faut reconnaître que la pandémie a été plutôt bien gérée, la situation économique aussi. La catastrophe sanitaire a été évitée, la crise économique et sociale aussi, contrairement à ce que beaucoup prédisaient. Le monde des affaires ne s’inquiète pas de la suite des évènements et considère que la situation financière (mise à mal par la dette Covid et le quoi qu’il en coute) est parfaitement soutenable si la croissance est au rendez-vous et actuellement, la croissance ne fait pas défaut. 

Ce bilan globalement positif explique que Emmanuel Macron devrait être réélu sans difficulté. Tous les sondages le montrent. Ce qui est dailleurs curieux, cest que ce pays qui a refusé beaucoup de réformes structurelles a accepté les efforts et les privations liées à la lutte anti Covid. Plus important encore, ce pays a accepté très vite les mutations, notamment celle du digital, ce qui prouve bien sa résilience. 

Maintenant, si la réélection de Emmanuel Macron ne fait pas débat, l’élection d’une majorité qui le soutiendrait dans la poursuite de son effort réformateur n’est pas inscrite. Trop de querelles de pouvoir, pas d’enracinement local  etc. Les politologues connaissent cette sociologie politique.  

Sans majorité, Emmanuel Macron serait condamné à la cohabitation qui se révèlerait invivable. Le courant de droite sera évidemment très fort mais très hétérogène entre LR et les mouvements dextrême droite. Avec qui gouverner, sur quel groupe dappuyer ? 

Beaucoup de patrons férus d’histoire expliquent qu’on risque de se retrouver dans la situation du Général de Gaulle en 1958, plébiscité par l’opinion mais incapable de gouverner dans le cadre de l’ancienne constitution. Ou alors pire, on risque de se retrouver dans la situation de Napoléon 3, brillamment élu à la présidence de la  République mais paralysé par un parlement hétéroclite. 

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