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Poupées ou petites voitures, acquis ou inné ? Voilà ce que la science sait -ou pas- sur les choix de jouets par les petites filles et les petits garçons
©REUTERS/Radovan Stoklasa

Genre

Poupées ou petites voitures, acquis ou inné ? Voilà ce que la science sait -ou pas- sur les choix de jouets par les petites filles et les petits garçons

Selon une étude menée en Grande-Bretagne, le plupart des enfants, dès leur plus jeune âge, choisissent des jouets identifiés avec leur genre. Pour autant, difficile de dire qu'il s'agit là de quelque chose d'inné.

Pascal Neveu

Pascal Neveu

Pascal Neveu est directeur de l'Institut Français de la Psychanalyse Active (IFPA) et secrétaire général du Conseil Supérieur de la Psychanalyse Active (CSDPA). Il est responsable national de la cellule de soutien psychologique au sein de l’Œuvre des Pupilles Orphelins des Sapeurs-Pompiers de France (ODP).

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Atlantico :  Selon une étude systématique réalisée en Grande-Bretagne (sur la base de 1788 articles et de 16 études) il apparaît que dès le plus jeune âge, la plupart des enfants choisissent de jouer avec les jouets identifiés avec leur genre. En raison d'une différence importante entre ces choix, selon l'âge, les moments choisis, les pays et les conditions des études, le résultat indique un impact inné sur le comportement, mais également un renforcement de ce comportement lorsque les enfants grandissent. Dans un sujet sans doute trop marqué par l'idéologie, que sait-on réellement de la part des choses entre ce qu'il se passe dans la vie d'un enfant après son premier anniversaire et ce qui pourrait relever de l'inné ? 

Pascal Neveu : D’entrée de jeu, et je m’amuse avec ce terme jeu, je citerai Lacan lorsqu’il évoque justement le moment de la reconnaissance de soi, à travers le stade du miroir, vers 7-9 mois, où l’enfant se reconnaît enfin. Il précise « Je suis pensé, nommé et dit avant que d’être. Il me restera mon ineffable existence afin d’affirmer qui je suis. »

Autrement dit, avant ce stade l’être sexuel n’existe pas, et encore davantage à cet âge.

La notion de garçon, fille n’existe pas dans leur psychisme.

Avant ce stade, l’enfant n’a aucune conscience de qui il est.

Quand la maman de l’immense comédien Guillaume Gallienne l’habille en fille au point où il dira lui-même qu’une thérapie et des cours de phoniatrie lui permettront de retrouver son timbre de baryton, alors qu’il usait d’un timbre de soprano lorsqu’il parlait à sa mère… Il l’évoque lui-même à travers le remarquable film « Les Garçons et Guillaume à table ! ». Guillaume Gallienne est marié et est père.

Quand un pays européen préfère utiliser un dénominatif neutre (comme le Das allemand au lieu du Der masculin et le Die féminin… avec des confusions de genre car la lune se dit Der) cela me semble à la fois une erreur mais aussi une grosse interrogation.

Car qu’est-ce qui détermine du masculin et du féminin ? La question est centrale et me semble élever le débat plutôt qu’un simple clivage stérile. Car il est question d’identité. Un garçon ou une fille sont-ils déterminés en fonction de :

-       les couleurs portées ? (rose/fille, bleu/garçon)

-       la morphologie ? (corps mec/corps nana)

-       les doses d’hormones ? (progestérone/testostérone)

-       la génétique (XX/XY mais quid de XXY par exemple ?)

-       la dysmorphie psychique (je ne me sens pas garçon, je ne me sens pas fille)

-       le développement « culturel » et les modèles identificatoires.

-       …

Bien évidemment, toutes ces questions ne se posent pas. Quoique depuis plus de 10 ans, combien de futurs parents ne souhaitent pas annoncer le sexe de l’enfant, si ce n’est connaître s’il est fille ou garçon. Car en plus les débats féministes sont omni présents, et il n’est aucunement à travers ces lignes de discuter de ce sujet… mais de penser de l’inné et de l’acquis, et donc d’un conditionnement garçon/fille… créant ainsi une sorte d’opposition, de guerre, de reconnaissance, de désir de… quoi ???... J’y reviendrai.

L’étude anglaise porte sur des enfants âgées de 1 à 8 ans. Nous sommes déjà au-delà du fameux stade du miroir. Car bien évidemment l’enfant est pensé… déjà dans son désir de conception… quand les futurs parents se disent, au coin d’un oreiller « tu préfèrerais un garçon ? une fille ? » Et bien évidemment en lien avec notre propre histoire… afin de tenter d’éviter la répéter… Mais Dame Nature fait bien les choses…

Passons l’annonce... la concurrence des grands-mères… je le fais exprès il n’est jamais question du combat des grands-pères ! N’évitons pas les rêves des femmes enceintes (et des papas) qui projettent déjà tant sur le bébé… Sans oublier la préparation de la chambre de bébé… Et déjà dans le psychisme avec « perfusion », « transmission » intra-utérine de ce qu’on imagine fantasme de l’être en devenir… De projections de rêves réalisés, ou au contraire à accomplir… Déjà à travers les rêves, tout est projeté et donc en partie organisé. L’inné ?

A part le désir d’enfant… Tous les sociologues, anthropologues, psys… ont parfaitement décrit la façon dont on accueille un nouveau-né, on l’aide à se développer en fonction de sa culture. De 1 à 8 ans, l’enfant (garçon, fille) va déjà affirmer son identité, va tenter s’y opposer, n’aura pas le choix face à un cadre familial, éducatif, sociétal… On lui dictera des codes de couleur, des comportements, des attitudes, et déjà une forme de hiérarchisation. Le garçon est… La fille est… L’enfant surtout, non ?

Certes, pourquoi pas… mais quid des exceptions ??? Qui ne sont pas légions !!! Dans mon activité clinique, j’ai reçu combien d’hommes ayant joué à la poupée (combiens de petits garçons demandent à Noël une poupée ? même s’ils l’abandonnent par la suite), et encore ce jour une patiente me racontant combien elle s’amusait avec son garage et ses voitures, alors que sa féminité se révèle totalement « équilibrée ». (car dorénavant il faudrait prendre des protections juridiques, alors qu’il s’agit d’enfants qu’on accompagne, développe, éduque…)  L’inné et l’acquis… je ne pense pas que l’enfant nouveau-né se pense comme un Homo Sapiens à 100% décidant que la femme doit faire le ménage dans la grotte et l’homme chasser le Mammouth.

Quels sont les risques de vouloir revenir sur ce qui a pu influencer le comportement d'un enfant ? 

 Vous abordez là un sujet éminemment complexe. Je n’aborderai pas le cas des enfants hermaphrodites pour lesquels il faut que les parents décident rapidement, et quasiment sous contrainte « psychologique », d’âme et de conscience, d’un sexe. Avec des conséquences très importantes dans le futur, en lien avec ces quelques catégories de qu’est-ce que l’identité à la fois sexuelle, sexuée et de genre. Ce que vous évoquez me fait penser à une balançoire. Plus on tire d’un coté, plus le risque d’aller en opposition et y rester bloqué est fort. C’est ce qu’il faut éviter. Mais nous sommes là sur une question fondamentale : l’identité.

C’est ce que Freud écrivait à travers sa formule : « Wo Es war, soll Ich werden » « Là où était le ça, le Moi doit advenir ». A travers ces propos il rappelle que rien n’est définitivement construit, acquis et figé.

Au contraire, la vie, ses événements, ses épreuves font tout. Le comportement conditionné d’un enfant peut évoluer dès lors qu’en analyse il va prendre conscience qu’il a opéré une fixation.

Une fois libéré des raisons et des émotions liées à cette fixation, et en lien avec le contour analytique, l’analysant va évoluer. Par exemple, le père de famille qui ne jouait pas avec ses enfants, ou se refusait à certains jeux, parfois même très physiques… va reprendre plaisir… non pas dans une activité régressive… mais n’y sentant plus aucun enjeu, et en plus y apportant le regard d’un père envers ses enfants. Dès lors la systémique familiale évolue. Tout comme une mère qui n’investissait pas le registre de la cuisine, des lectures de contes de fées… Je donne sans cesse l’image, dans une systémique, de la molécule.

Une molécule est un ensemble d’atomes. L’atome est le sujet. Dès que le sujet change, la molécule évolue… Elle ne fait pas que changer… elle se transforme. Il n’y a donc aucun risque à revenir… je dirai plutôt faire découvrir d’autres « modèles », d’autres « représentations » s’ouvrir au monde. Il faut dédiaboliser le sujet/conflit du garçon et de la fille. Tout se passe très bien dans 99% des cas.

Cela nous renvoie à la question de l’inné. L’inné c’est quoi ? C’est biologiquement ce qui s’applique à un organisme en naissant, c’est congénital. Sauf que les philosophes tels Descartes, Bossuet, Malebranche… précisent que ce sont les idées qui « sont nées avec moi ». Et même Descartes d’ajouter « C’est une disposition, une aptitude, une préformation, qui détermine notre âme et qui fait qu’elles peuvent en être tirées ». Autrement dit, nous pouvons bien évidemment revenir sur un conditionnement formel en travaillant sur le fond de l’existentiel : le sujet.

Que sait-on de l'influence de l'environnement sur le comportement d'un enfant de moins d'un an, et qu'est ce qui relève encore de l'hypothèse ? 

C’est justement l’environnement qui fait tout. En effet, si un être ne s’adapte pas, il meurt. Mais un être vivant, qui est dans la découverte du monde, la redéfinition de ce qui n’est pas lui… a tout gagné.

Aussi, j’ai bien précisé l’influence dès la première année, qui est une confusion, cohésion, hallucination de l’enfant avec son nouvel environnement extra-utérin. Et c’est finalement la raison pour laquelle un tel sujet est posé.

Inné contre acquis ? « Les deux mon capitaine ! » diraient certains.

On en revient à l’étude et comment sur un plan neurologique se conditionnent les choses. Passons le fait que la société « dicte » le Rose pour les filles, le Bleu pour les garçons. Je pense que Michel Pastoureau, éminent spécialiste de la symbolique des couleurs pourra nous éclairer sur le sujet rose, puisqu’il a déjà écrit sur le bleu. 

Bien évidemment qu’un enfant sous « influence », dirons-nous, est « dirigé » vers les objets conformes. Mais ne sommes-nous pas dans une telle société à dicter des dogmes ?

Bien évidemment l’égalité garçon/fille est une illusion à faire devenir réalité.  En revanche la parité garçon/fille est à gagner. Et surtout la question de l’hypothèse est intéressante. Elle renvoie au champ des possibles. Je ne citerai aucun philosophe cité, car il me semble que cette position est avant tout personnelle. Bien évidemment que le désir et le fantasme d’un « petit » garçon ou d’une « petite » fille l’emportent avant tout, hélas… Avec tous les attributs…Sans voir ce reste… essentiel. Cet essentiel qui est… Quand je serai capable de dire JE.

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