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Portrait-type du musulman britannique
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Melting pot

Portrait-type du musulman britannique

Terre d'immigration, l'Angleterre accueille une communauté musulmane très diverse, plus sensible aux professions libérales, et qui rencontre parfois des difficultés face aux systèmes éducatif et sanitaire britanniques.

Moustafa  Traoré

Moustafa Traoré

Moustafa Traoré est diplômé d'un doctorat en études anglophones de la Sorbonne. Il est spécialiste du système d'intégration en Grande-Bretagne et de ses limites.

 

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Scolarité

Dans le domaine scolaire, on relève de moins bons résultats, dus sans doute au clivage culturel. En 2001/2002 on notait que « seulement les gens provenant des groupes noirs des Caraïbes, des autres noirs, des Pakistanais et Bangladeshis étaient moins susceptibles que les Britanniques blancs d'obtenir une licence (ou l'équivalent) » (source) , tandis que les Chinois, les Indiens et les Africains noirs sont plus diplômés que leurs compatriotes blancs. Parmi les différentes communautés mentionnées dans les statistiques officielles britanniques de 2001/2002, la femme originaire des principaux pays musulmans (Bangladesh, Pakistan) est de loin celle pour qui les qualifications font le plus défaut.

- L'emploi

Le niveau d'éducation a naturellement des conséquences sur l'emploi de la population musulmane en général. Le faible taux de réussite dans les études supérieures offre à cette population musulmane originaire du continent sud asiatique peu de postes en tant que cadres. En 2001 « Les Britanniques blancs avaient un taux relativement bas de personnes exerçant une profession libérale (11 pour cent en tout). Les seuls groupes ethniques avec un taux de professions libérales encore plus bas étaient les noirs des Caraïbes, les Bangladeshis, les Pakistanais... » (source)

- Taux d'inactivité

De plus, si le nombre de musulmans en âge d' activité professionnelle excède celui du reste de la population britannique, le taux d 'inactivité économique relevé chez les groupes ethniques majoritairement musulmans, apparaît nettement supérieur à celui du reste de la population britannique. Avec un taux de chômage d 'environ vingt pour cent, les populations musulmanes originaires du Pakistan et du Bangladesh sont les plus touchées, tandis que les Indiens affichent un taux de chômage presque égal à celui des blancs, soit quatre fois inférieur à celui des populations musulmanes. La différence est encore plus surprenante en ce qui concerne l' intégration économique des femmes. Environ 23% des femmes britanniques blanches sont inactives, tandis que l 'on relève un taux de 75% pour les femmes sud asiatiques de religion musulmane : « Les femmes bangladeshi et pakistanaises avaient le taux d 'inactivité économique le plus bas (78 pour cent et 72 pour cent exactement). La majorité de ces femmes prenaient soin de leur famille ou de leur maison » (source). Si les femmes semblent relativement moins touchées par le chômage que les hommes en général, le cas de la femme musulmane originaire du Bangladesh et du Pakistan affiche le contraire. Pour des raisons culturelles, il existe une disparité nettement plus évidente entre le taux de chômage chez les musulmans et les musulmanes. La femme est plus susceptible d 'être femme au foyer que chez les autres groupes ethniques britanniques :

Le tableau des femmes était identique à celui des hommes, bien que les niveaux de chômage fussent généralement inférieurs. Avec 24 pour cent, les femmes bangladeshi avaient le taux de chômage le plus élevé, soit six fois supérieure à celui des Britanniques blanches ou encore à celui des Irlandaises blanches. (4 pour cent chacun). (source).

Chez les jeunes, les chiffres concernant le chômage et l 'inactivité économique sont les plus significatifs : « Plus de 40 pour cent des jeunes hommes Bangladeshi étaient au chômage » (source). Le taux de chômage est de deux à quatre fois plus important chez les populations originaires de pays à majorité musulmane que chez les Britanniques blancs.

- Le choix professionnel

En ce qui concerne l' autonomie professionnelle, les statistiques de 2001/2002 montrent, en revanche, un taux plus élevé de professions libérales chez les populations originaires des pays principalement musulmans. Plus de vingt pour cent, de la communauté pakistanaise exerçaient en 2001/2002 une profession libérale, contre un peu plus de dix pour cent pour les autres Britanniques. Le choix pour les professions libérales est de nature culturelle. Les professions libérales permettent effectivement le plus souvent une plus grande liberté dans la pratique religieuse et culturelle. Les études indiquent une concentration particulière de musulmans dans certains secteurs d' activité. Il existe une nette préférence de la population musulmane originaire du continent sud asiatique pour des secteurs tels que les services, l 'hôtellerie et la restauration. Un grand nombre de ces musulmans travaillent effectivement en tant que chauffeurs de bus ou de taxis. Les derniers chiffres relevés ont démontré que les : …

hommes pakistanais étaient le groupe le plus susceptible de travailler dans l 'industrie du transport et de la communication, 25 pour cent d 'entre eux travaillaient dans ce secteur comparé à 10 pour cent pour l' ensemble des hommes en général. (source)

Le choix pour les services, comme l' hôtellerie et la restauration s 'explique aussi par un souci d 'indépendance et une volonté bien déterminée de pratiquer un des principes de la Sunna, favorisant toute forme de commerce licite. Ces emplois offrent la possibilité d 'un aménagement du temps de travail, ce qui facilite la pratique religieuse. La restauration offre, aussi, à de nombreuses femmes musulmanes, un emploi. Elle permet à la communauté sud asiatique musulmane, de vivre de la commercialisation d 'une partie de leur culture, en servant un approvisionnement en aliments en accord avec les principes de l 'Islam. Les Kebabs sont aujourd'hui devenus assez représentatifs de la restauration rapide britannique. Quant au riz au curry très consommé par ces populations sud asiatiques, il est aujourd'hui reconnu comme étant le plat le plus consommé dans les restaurants et dans les foyers britanniques.

- La santé

Le mode de vie du musulman originaire du continent sud asiatique peut justifier certains chiffres élevés, en ce qui concerne les soins qui lui sont administrés. « Les hommes et les femmes Pakistanais et Bangladeshi, en Angleterre et dans le Pays de Galles enregistraient le taux de ‘mauvaise santé le plus élevé en 2001 » (source).

Pour la population musulmane originaire du Bangladesh, les maladies les plus fréquentes sont d 'ordres héréditaires, cardio-vasculaires, et transmissibles. Il existe également de nombreuses maladies liées au mauvais régime alimentaire ainsi qu'au surpeuplement des maisons qui accentue le stress déjà très fréquent à cause du nombre d 'heures travaillées élevé en général dans ces familles. L' union sacrée entre membres d 'une même famille serait, d 'après des sources médicales, responsables d' un bon nombre de malformations et de pathologies de longue durée. Ces problèmes de santé semblent aussi s 'accentuer avec l' âge. En 2001 il apparaît qu' :

Après avoir pris en compte les classifications des différentes tranches d 'âge des groupes, les hommes et femmes pakistanais et les bangladeshi avaient les taux d' invalidité les plus élevés. Les taux étaient d 'environ 1,5 fois plus élevés que ceux de leurs homologues britanniques blancs. (source)

Les populations musulmanes ont également, largement recours aux soins et aux aides médicaux et sociaux. Ils sont, dans certains cas, en raison de leur pathologie, mais aussi de la barrière linguistique et de la différence culturelle, dépendants du système de sécurité sociale et de l' administration de soins appropriés :

60% sont persuadés que la langue est une barrière pour bénéficier des services de soins à Birmingham. 91% ne sont pas au fait des fondamentaux et des services concernant les régimes alimentaires, l 'hygiène de vie. Et enfin, 51% ne savent pas qu'il existe des services de soin primaire et secondaire dispensés en bengali.

De plus, il est possible de constater chez la population musulmane originaire du Bangladesh un recours important à la médecine traditionnelle inspirée par le Coran et aux vertus thérapeutiques :

Les Bangladeshi combinent la médecine traditionnelle à base d' herbes (Ayurvedi/Unani) avec la médecine orthodoxe. L 'utilisation des amulettes avec des versets spécifiques du Coran est chose courante dans le traitement de maladies chroniques et mentales.

Certaines maladies et handicaps sont également perçus comme faisant partie du destin de l' individu ou comme une malédiction résultant d un certain péché commis préalablement. Il existe de fait un tabou autour de certaines pathologies. Les aides et soins directement liés à ce type de maladies sont souvent rares, au sein des familles musulmanes qui, le plus souvent pour des raisons culturelles, sont mal informées de leurs droits et de leurs devoirs.

Le portrait-type du musulman pourrait, à ce stade donner l' image suivante : Il s 'agit le plus souvent d' une personne assez jeune, de couleur et originaire du continent sud asiatique, et plus précisément d 'une ex-colonie britannique. Il vit dans une région et une ville bien précise. Il est issu d' une famille nombreuse. Ses mauvais résultats scolaires et la volonté de liberté et d' indépendance, le portent à exercer une profession libérale. Il est également celui dont la santé physique est des plus fragiles. Cette fragilité s' explique principalement par son mode de vie. Son comportement est généralement plus traditionnel que celui du reste de la population.

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Extrait de L'intégration de la culture musulmane en Grande-Bretagne, des principes à la réalité de Moustafa Traoré (L'Harmattan)

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