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Donald Tusk, le premier ministre polonais
Donald Tusk, le premier ministre polonais
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Union européenne

Présidence polonaise : chronique d'un échec annoncé ?

La Pologne prend la présidence tournante de l'Union Européenne ce 1er juillet 2011. L'événement a été préparé de longue date par les autorités du pays qui y ont placé de grands espoirs. Leurs ambitions sur la crise grecque ou l'élargissement des partenariats de l'UE à l'Est du continent pourront-elles se concrétiser ?

Laurent  Vinatier

Laurent Vinatier

Laurent Vinatier est chercheur associé à l’institut Thomas More et consultant pour Emerging Actors Consulting. Spécialiste de la Russie et de l’ex-Union soviétique, il enseigne à Moscou, Genève et Dijon. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, notamment sur la guerre en Tchétchénie et les affaires intérieures russes.

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La Pologne est attendue à Bruxelles et elle le sait ! Pour la première fois, dans un contexte post-Lisbonne, un Etat membre, de poids et récemment intégré, qui a été un ilot de croissance économique dans un océan de récession, est susceptible de marquer positivement les politiques européennes, en leur donnant une impulsion stratégique, déjà trop retardée. Ce n’est donc pas un hasard si depuis 2008, les autorités polonaises se préparent. De mémoire de fonctionnaire à Bruxelles, on n’aura jamais vu un pays autant anticiper son passage. D’une certaine façon, la présidence polonaise s’est condamnée, elle-même, au succès. Ses partenaires l’espèrent. Hélas ! Tout le monde pourrait être déçu.

Une présidence condamnée aux dossiers techniques ?

Il existe d’abord plusieurs contraintes, à la fois structurelles et conjoncturelles qui gâtent quelque peu la fête. La Pologne, jusqu’à nouvel ordre, se situe encore en dehors de la zone Euro et n’aura donc qu’une petite influence en matière économique et financière, notamment pour le suivi des dettes et de la santé des membres Euro de l’Union. Par malchance, de surcroît, à la suite de la catastrophe aérienne en Russie de l’année dernière, les électeurs sont convoqués aux urnes législatives au milieu de la présidence. Autant dire que les ministres polonais qui remettent en jeu leur mandat se montreront sans doute moins assidus et moins passionnés par l’intérêt supérieur européen. Enfin, sur les affaires de défense, la Pologne risque de ne pas pouvoir s’extirper des profonds désaccords franco-allemands, cristallisés sur la crise libyenne.

Il est ainsi fort à parier, et d’ailleurs la future présidence polonaise ne s’en cache pas, qu’elle aura au fond à privilégier des dossiers plus techniques, plus technocratiques telle que la question fastidieuse, et néanmoins indispensable, du prochain budget pluriannuel. La Pologne ici ne sera qu’un acteur parmi d’autres au cours d’un long processus. Il n’est pas certain également qu’elle parvienne à garder une totale neutralité en ce domaine. Les représentants polonais en effet ne pourront pas décemment, au moment des élections, remettre en cause la politique agricole commune dont les Polonais bénéficient largement. Il faudra aussi finaliser l’Acte Unique qui touche certes à la vie quotidienne des Européens mais qui ne fait ni les gros titres des journaux, ni ne déchaine les foules devant la télévision, à l’inverse des grands enjeux de politique étrangère.

Des signes forts pour soutenir les efforts démocratiques ?

Alors, il reste quand même un espoir sur ce dernier point : le Partenariat Oriental. Heureusement, il ne s’agit pas de « réinventer la roue », comme le précise une analyste de talent à Varsovie, Agnieszka łada, mais simplement d’en augmenter le rayon, en s’assurant qu’en lieu et place des seconds couteaux, les plus hautes autorités des Etats membres se rendent au Sommet en septembre à Varsovie. Il est vrai que la Pologne, ici, aurait un coup à jouer, vu son expérience réussie en matière de démocratisation et de transition pacifiques. Tant qu’à faire ensuite : pourquoi ne pas étendre l’initiative et partager ce passé, au nom de l’Union européenne, avec les rives sud de la Méditerranée quelque peu secouées ces derniers temps ? Et puis, s’il reste un peu de temps avant décembre, vraisemblablement, les Biélorusses, citoyens lambda et ceux de l’opposition emprisonnée, ne seraient pas mécontents de recevoir un soutien franc et marqué face à l’incurie et à l’incompétence désastreuses du président Loukachenko.

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