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Politique étrangère : le renouveau, c’est maintenant… ou pas ?
©Reuters/Charles Platiau

Diplomatie

Politique étrangère : le renouveau, c’est maintenant… ou pas ?

La politique étrangère de la France sous le quinquennat d'Emmanuel Macron sera sujet au renouvellement. Principalement dans l'ordre d'importance des dossiers avec comme priorité le développement d'une relation solide avec l'Allemagne d'Angela Merkel.

Pierre Conesa

Pierre Conesa

Pierre Conesa est agrégé d’Histoire, énarque. Il a longtemps été haut fonctionnaire au ministère de la Défense. Il est l’auteur de nombreux articles dans le Monde diplomatique et de livres.

Parmi ses ouvrages publiés récemment, La Fabrication de l’ennemi : ou comment tuer avec sa conscience pour soi (Ed Robert Laffont, septembre 2011). 


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Atlantico : Est-ce qu'il y a un renouveau à attendre selon vous en matière de politique extérieur sous le quinquennat Macron ou est-ce que l'on risque plus de se diriger vers la continuité de la politique de François Hollande en la matière considérant que Jean-Yves Le Drian occupe le poste de ministre des Affaires étrangères ? 

Pierre Conesa : Je crois que tous les observateurs constatent que le bilan de la politique étrangère des deux quinquennats précédents est assez piètre. Un ancien ministre, très respecté, a même estimé dans les colonnes d’un grand quotidien du soir que la ligne diplomatique suivie par Mr Fabius était aussi catastrophique que l’avait été l’opération sur la canal de Suez en 1956.

Deuxième remarque : la politique étrangère a été la grande absente des débats de la campagne présidentielle et même le candidat socialiste, Mr Hamon, n’a pas défendu le bilan de la présidence Hollande.

Il faut enfin noter qu’un certain nombre d’experts de questions internationales proches de l’ancien gouvernement et du parti socialiste ont très tôt tenté de rallier les équipes d’En Marche, sentant la défaite électorale pointer. Repenser une ligne diplomatique nouvelle avec les mêmes hommes risque d’être difficile.

Mr Macron, pendant la campagne, a pris des avis et beaucoup consulté un mélange d’experts de la radicalisation, des questions touchant à l’Islam, des questions militaires, étant lui-même économiste.

J’ai donc tendance à penser que le président a mis sur le haut de la pile la question européenne et la relation avec l’Allemagne. Ceci veut dire que la priorité ira aux rétablissements des comptes plutôt qu’aux aventures militaires extérieures, auxquelles ses prédécesseurs ont beaucoup cédé sans aucun doute avec des objectifs électoralistes : la posture de chef de guerre plait.

J’interprète la translation de Mr Le Drian aux Affaires étrangères autant comme une récompense à un homme politique qui l’a soutenu que comme la volonté du président de reprendre la main sur les questions de défense et de nommer une femme aux « ministère des Armées », ce ministère ayant pris de plus en plus de poids dans ces aspects de politique étrangère..

Est-ce que la politique étrangère de la France  est vraiment susceptible d'évoluer aussi bien sur la forme et la méthode que sur le fond ? 

On ne peut faire de prédictions pour le moment par contre on peut constater l’ordre des rencontres présidentielles ;

Mme Merkel en priorité ce qui confirme le poids du dossier européen par la relance de la relation franco-allemande. Berlin demande à Paris depuis des années des efforts de réforme et un assainissement des finances publiques, effort qu’aucun des présidents précédents n’a fait.

Seconde visite les forces françaises au Mali, et non pas celles du moyen Orient. Le discours prononcé devant les troupes était tout à la fois une façon de marquer la prééminence de l’Afrique sahélienne dans les intérêts et la sécurité de la France plutôt que les opérations conjointes en Syrie Irak. Il n’a pas parlé publiquement du terrorisme sauf en termes de sécurité intérieure mais en tant que président il ne peut pas ne pas tenir compte des effets désastreux de notre intervention contre Daech : 240 morts et 900 blessés en Métropole dans des attentats et aucun soldat tué là bas. Manchester est la dernière preuve de cette corrélation entre intervention extérieure dans le monde arabo-musulman (Libye Irak Syrie) et les attentats sur le territoire contre les populations civiles.

Troisième rencontre avec le président américain tout en annonçant sa décision de rencontrer Mr Poutine. Cela fait beaucoup d’inflexions en peu de temps.

SI la méthode doit changer, cela devrait consister à précisément analyser les conditions politiques et militaires d’une crise, voir quels sont nos intérêts en jeu. Rappelons-nous que le président Hollande avait affirmé que nous avions des responsabilités en Syrie-Irak pour justifier notre participation aux opérations onusiennes. Etrange façon de rappeler les Accords Sykes Picott dont il n’y a pas lieu de se vanter.

Donc bien revoir le logiciel de participation et surtout bien mesurer les moyens car la sur-militarisation de la politique étrangère depuis une quinzaine d’années explique en grande partie l’épuisement de nos armées. Ce n’est pas participation à toutes les opérations onusiennes qui fait la justesse de la ligne diplomatique. La prise en compte de nos intérêts réels doit être le premier critère. L’usure des moyens militaires pèsera dans ce sens durant la présidence de Mr Macron.

Tout ceci encore une fois en conservant à l’esprit la nécessité de rétablir avant tout les grands équilibres économiques.

La diplomatie française va-t-elle continuer de  s'enfermer dans une vision morale du monde, presque manichéenne du bon contre le méchant qui la coupe d'une efficacité réelle ? 

La diplomatie française plus que d’autres surutilise la vision morale du monde avec un strabisme étonnant. En effet, avoir les meilleures relations du monde avec l’Arabie saoudite, pays parmi les plus arriérés de la planète sur la question des droits de l’homme (non parlons même pas de ceux de la femme) à qui JAMAIS la moindre critique n’a été adressée par une autorité publique française, et en même temps, marquer une totale intransigeance avec la Russie de Poutine, ne manquerait pas d’étonner un observateur ne comprenant pas les finesses diplomatiques. Plutôt que d’abandonner la politique des droits de l’homme il vaudrait mieux l’utiliser avec plus de parcimonie. Encore une fois le réalisme doit prévaloir sur le déclaratoire.

Pour ce qui concerne les méthodes et les outils, il est évident aujourd’hui que la diplomatie religieuse est devenue une composante parfois très déstabilisatrice des relations internationales. La diplomatie doit s’équiper pour prendre en compte cet aspect : Mr Fabius avait supprimé un bureau chargé de suivre les affaires religieuses au MAE crée par Mr Kouchner. J’ai moi-même proposé que la France demande un siège de plein exercice à l’Organisation de la Conférence islamique puisqu’elle compte une population musulmane supérieure au tiers des pays participants. Un ambassadeur français de confession musulmane pourrait expliquer ce qu’est réellement de pratiquer sa religion au lieu de subir les discours étonnants tenus sur notre pays. Cela nous sortirait ainsi du discours de l’islamophobie et de la victimisation dont s’inspirent les salafistes pour recruter. Il y a donc à inventer des méthodes qui répondent aux réels défis que notre pays a à affronter plutôt que de viser à

entretenir un réseau planétaire de postes diplomatiques dans des régions où la France n’a plus du tout la même importance ni les mêmes intérêts qu’autrefois.

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