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Plan migrants : ces exemples japonais ou australiens que nous devrions méditer si nous allions au bout de la logique politique du contrôle des flux migratoires
©CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Plan migrants

Plan migrants : ces exemples japonais ou australiens que nous devrions méditer si nous allions au bout de la logique politique du contrôle des flux migratoires

Tous les sondages d’opinion montrent qu’une large majorité de français considère qu’il y a trop d’immigrés en France et qu’il convient donc de limiter les flux d’immigration. Certaines politiques migratoires sont à mediter.

Atlantico : Quel est l'état de l'opinion sur la question de la gestion migratoire ? Au-delà de l'interprétation qu'en font les politiques, que disent les sondages d'opinion ? Constate-t-on une crispation sur le sujet ?

Laurent Chalard : L’opinion française a beaucoup évolué au cours des dernières décennies concernant la question de la gestion des flux migratoires et plus particulièrement des demandeurs d’asile. En effet, du fait de l’héritage des idéaux issus de la Révolution, nos concitoyens ont pendant longtemps été attachés au rôle de la France comme terre d’accueil pour toutes les populations persécutées dans le monde. Par exemple, le drame des boat people du Vietnam dans les années 1970 avait largement bénéficié de la compassion de nos compatriotes. La France avait consécutivement accueilli un quota officiel de réfugiés, qui se sont d’ailleurs très bien assimilés dans la société française depuis. Cependant, aujourd’hui, la situation a complètement changé, suite à la crise du modèle assimilationniste français et à la forte progression du nombre de personnes d’origine extra-européenne vivant sur notre territoire, qui rend désormais la majorité de nos concitoyens méfiante vis-à-vis de l’immigration sous toutes ses formes.

En effet, tous les sondages d’opinion montrent qu’une large majorité de français considère qu’il y a trop d’immigrés en France et qu’il convient donc de limiter les flux d’immigration. Par exemple, selon un sondage réalisé par Ipsos Sopra-Steria pour la Fondation Jean-Jaurès et Sciences-Po, publié le 3 juillet 2017, 65 % des français trouvent qu’il y a trop d’étrangers en France, dont 77 % chez les ouvriers.

Il y a donc bien un phénomène de crispation de nos concitoyens sur le sujet, qui adoptent de plus en plus des positions extrémistes de refus de toute immigration et non une position modérée, qui accepterait l’immigration pour certains types de migrants, comme les réfugiés politiques par exemple. Les attentats réguliers à caractère islamiste que connaît la France depuis janvier 2015 n’ont fait que renforcer ce positionnement, qui, il convient de le rappeler, n’est pas spécifique à la France, puisque la tendance est la même dans les autres pays d’Europe occidentale accueillant des populations immigrées.

Quelle politique migratoire correspondrait à cet état d'esprit ? La France peut-elle aller aussi loin ? 

La politique migratoire correspondant à cet état d’esprit serait la pure et simple fermeture de la frontière, conduisant à une réduction drastique du nombre d’entrées légales (et illégales) sur notre territoire, soit grosso modo ce que propose le Front National, d’où son succès de plus en plus important auprès de l’électorat. Il s’agirait donc pour ses promoteurs de limiter de manière drastique le regroupement familial (voire de le supprimer) et de refuser les demandeurs d’asile, en expulsant toute personne entrée illégalement sur notre territoire. Cependant, cela ne serait possible que dans un contexte de sortie de la France de l’Union Européenne, puisque notre pays ne respecterait plus les règles de base de la coopération européenne et certains droits européens comme le regroupement familial, donc autant dire que c’est un scénario strictement impossible à l’heure actuelle.

Nos gouvernants ne peuvent donc aller aussi loin, à moins de remettre en cause totalement toute la politique étrangère de la France depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale uniquement pour la question migratoire, ce qui conduirait à une déstabilisation du continent, chose qui n’est guère souhaitable. En l’état actuel des choses, c’est à l’échelle européenne que la question migratoire doit être traitée.

L'Australie et le Japon ont adopté une attitude vis-à-vis de l'immigration tellement restrictive, autant en termes de politique migratoire que d'attitude sociale (discriminations assumées), qu'elle en est devenue dissuasive sur les candidats à l'immigration. La France pourrait-elle être tentée d'évoluer dans ce sens ?

Comme d’autres pays européens, dont le Royaume-Uni de David Cameron, la France va probablement être tentée de faire de même en essayant de dissuader au maximum les candidats souhaitant potentiellement la rejoindre, mais il y a une différence notable avec ces deux pays, qui est leur situation géographique. En effet, le Japon et l’Australie sont des îles, ce qui facilite grandement le contrôle des flux entrants sur leur territoire. Or, ce n’est pas le cas de la France, qui a de nombreuses frontières avec des pays voisins, dont en particulier l’Italie, qui ne contrôle pas de manière sérieuse l’immigration arrivant sur son territoire, d’autant plus que les mafias locales sont impliquées  dans les trafics de clandestins. 

Est-ce que le plan migrants est adapté à l'opinion qu'ont les Français de l'immigration ?

L’objectif du « plan migrants » étant d’accélérer les procédures administratives de traitement des demandes du droit d’asile dans l’optique de statuer plus rapidement sur leur recevabilité ou non, pour pouvoir ensuite expulser de manière systématique les demandeurs d’asile déboutés, va effectivement plutôt dans le sens de l’opinion de la majorité des français sur la question. En effet, l’objectif affiché par le gouvernement est bien de pouvoir accélérer les expulsions des déboutés du droit d’asile, sur le modèle allemand, pour éviter que des milliers de clandestins ne s’éternisent sur le territoire national, mais aussi dissuader les potentiels candidats à l’immigration en France de venir. La pression de l’opinion publique semble contraindre les dirigeants français à afficher plus de fermeté sur la question migratoire, d’autant que le nouveau gouvernement veut se démarquer de la présidence de François Hollande, qui s’est caractérisée par une certaine inaction sur le sujet, à l’origine de la situation actuelle d’un Etat français qui paraît totalement débordé par l’afflux des demandes d’asile, pourtant prévisible. En effet, la France subit le contrecoup du durcissement de la politique migratoire allemand, qui fait que les migrants se tournent vers d’autres pays d’accueil, d’autant que l’immigration clandestine de ces derniers mois provient plutôt du continent africain que d’Asie. Or, les populations africaines ont un tropisme beaucoup plus fort vers la France que cela ne pouvait être le cas pour les syriens par exemple.
 

 

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