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Historiquement parlant, les Vikings n'ont pas une réputation flatteuse, et pourtant...
Historiquement parlant, les Vikings n'ont pas une réputation flatteuse, et pourtant...
©REUTERS/Miguel Vidal

Bad boys

Pilleurs et sanguinaires : l’énorme injustice faite par l’histoire aux Vikings

Peuples du nord assoiffés de pillage et de meurtre – avec une préférence marquée pour les monastères – les Vikings n'ont pas une réputation flatteuse. Pourtant, la violence – réelle dans les faits – n'est pas la seule marque de fabrique d'un peuple multiple, qui a développé un vrai réseau commercial dans toute l'Europe.

Elisabeth Ridel

Elisabeth Ridel

Elisabeth Ridel est docteur en sciences du langage et ingénieur au CNRS, au Centre de Recherche d'Histoire Quantitative (Université de Caen). Spécialiste du vocabulaire maritime et auteur de nombreux articles sur les Vikings, elle a dirigé Les Vikings dans l'Empire franc : impact, héritage, imaginaire

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Atlantico : Les Vikings renvoient l'image d'une population aux pratiques barbares, centrées sur la violence et le pillage. Pourquoi gardons-nous aujourd'hui cette image réductrice ne tenant pas compte des autres réalités de cette civilisation ?

Elisabeth Ridel : Les Vikings renvoient limage de barbares violant les femmes et tuant les moines ce qui a occulté la civilisation d’où venaient les Vikings. Nous avons été tributaires des récits que faisaient les moines et qui rapportaient les attaques effectivement violentes perpétrées par les Vikings. Cela explique donc leur image négative. Mais elle a été révisée depuis, même si on est sans doute ainsi allé trop loin : dans les années 90 s’est développé l’idée que les Vikings devaient être réhabilités, au point d’en oublier les dévastations. On est aujourd’hui plus nuancé. Il ne faut pas oublier non plus que les moines qui rapportent ces récits étaient également dans une vision souvent apocalyptique qui sont réinterprétés par notre point de vue du XXe siècle. On ne nie pas ces attaques violentes, mais le Moyen-Age est une période violente par nature. Ce qui n’empêche pas les Vikings de venir d’un monde civilisé, ayant développé des arts et une vraie science de la navigation.

Dans certains ouvrages de vulgarisation vont vous expliquer, sur une même carte, toutes les attaques dans l’histoire, donnant l’image d’un empire franc agressé de toute part. Mais quand vous regardez le détail année après année, il peut se passer vingt ans sans attaque. Il faut donc imaginer les Viking comme un phénomène d’une grande ampleur géographique, mais aussi chronologique. ,

Quelle a été l'ampleur de leur réseau commercial ?

Durant le VIIIe siècle ils déferlent sur l’Europe à la recherche de butin. Ce qui explique que les monastères étaient visés. Puis, ils vont s’étendre d’est en ouest, développant un réseau immense. Ils vont ensuite partir à la découverte de l’Islande, puis de l’Amérique. Ils vont commercer l’ivoire de morse, et d’autres produits typiquement nordiques. Vers l’est, ils atteignent la Russie, au sud en méditerranée, générant ainsi une vaste zone commerciale, établissant des comptoirs commerciaux ou des villes, dans un réseau allant jusqu’en Orient.

Dans quelle mesure l’Europe en a profité suite à la chute du prospère empire romain ?

Le terme "profité" est peut-être anachronique… Mais ils ont contribué à la circulation des biens en développant les voies commerciales. Ils ont fait aussi le lien entre plusieurs populations. Il n’y a pas de notion de nation chez les Vikings – ils ne forment pas un ensemble soudé – et ils ont donc réussi un véritable processus d’adaptation en vue de commercer et de s’enrichir. Ils se sont ainsi pleinement intégrés à l’identité celte ou normande.

Le grand chef carolingien Charlemagne était lui aussi très violent contre les populations saxonnes. Pourquoi sa violence par exemple n'est-elle pas mise en avant comme celle des Vikings ? 

A l’époque, d’un point de vue religieux, il n’y avait pas de "non-croyants", le monde se divisait entre les croyants et les païens, les Vikings appartenant à cette dernière catégorie. On va même rapprocher à un moment les Vikings au terme de "sarrasins". Le païen est en fait la personne à combattre. D'ailleurs avec la formation de la Normandie qui sera cédé au chef Viking Rollon, la première condition sera de se convertir. Les attaques vont donc cesser, du fait de l’obligation de penser "religieux".

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