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Un nouveau dispositif de voitures privées équipes de radars sera bientôt généralisé sur les routes de France.
©PASCAL PAVANI / AFP

Proposition de loi

Pierre Cordier : « Voilà pourquoi nous nous opposons à la mise en circulation de voitures radar privées »

Des voitures banalisées, conduites par des chauffeurs privés et équipées de radars, sont en cours de déploiement sur les routes de France. Elles seront plus de 200 d’ici à la fin de l’année à circuler dans huit régions. Avant de se généraliser partout en France, avec 450 voitures d’ici 2023. Le député Pierre Cordier a l'intention de déposer une proposition de loi pour encadrer l'utilisation de ces véhicules.

Pierre Cordier

Pierre Cordier

Pierre Cordier est député et conseiller départemental des Ardennes.

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Atlantico : Les voitures privées équipées de radars discrets devraient être de plus en plus nombreuses sur les routes de France. Selon les informations du Parisien, elles devraient passer de 83 à 226 d'ici la fin de l'année, pour arriver à 450 en 2023. Les dispositifs de dissuasion déjà en place ne seraient donc pas suffisants ?

Pierre Cordier : Le développement de ces voitures privées qui vont parcourir les routes presque 365 jours par an pour générer des recettes m'inquiète fortement. Auparavant le système de radars fixes permettait grâce à des panneaux de signaler aux conducteurs la présence de contrôles de vitesse. Demain, ces voitures radars flasheront en toute discrétion. On voit clairement que l'Etat change de braquet et veut en tout état de cause faire le maximum de recettes avec une méthode que je trouve particulièrement sournoise.

Depuis un certain nombre d'années, des progrès ont été faits. Nos concitoyens font davantage attention. Les radars fixes ont déjà un réel impact sur l'attitude des chauffeurs. Nos véhicules sont plus sécurisés qu'avant. Il y a moins de morts sur les routes. A un moment ou un autre, on va arriver (malheureusement) à un seuil en-dessous duquel on ne pourra pas aller. On a déjà connu la mise en place du permis à points (qui posait déjà un certain nombre de difficultés), ensuite les radars fixes et maintenant les radars embarqués que les chauffeurs ne pourront pas reconnaître. A un moment, il va falloir arrêter de considérer les chauffeurs dans ce pays comme une vache à lait. En tant que conducteur régulier, cela me fait évidemment réagir. Je vois bien qu'à Paris on est moins attaché à ces questions qui touchent surtout les zones rurales. Quand on voit aujourd’hui les statistiques sur le nombre de verbalisations par la police et la gendarmerie et qu’on imagine ce que cela sera demain avec ce système, ça fait peur.

Que reprochez-vous à ces voitures radars banalisées ?

Au-delà du fait que ces véhicules ne seront pas reconnaissables par les automobilistes, je déplore la disparition du volet échange et prévention de la Sécurité routière. Par ailleurs, avec l’intervention de la police et la gendarmerie, il y avait la possibilité d’agir immédiatement dès lors qu’on constatait un comportement dangereux. Ce ne sera plus le cas. La police et la gendarmerie vont être petit à petit retirées de ces missions de verbalisation sur les routes.

Je préfère miser sur les radars fixes qui ont fait leur preuve, ils sont maintenant très nombreux sur les routes. Je préfère miser sur la gendarmerie et la police qui restent aussi très présentes. Je pense que la peur de l'uniforme et la peur du gendarme fonctionne.

Vous allez déposer une proposition de loi pour encadrer l'utilisation de ces véhicules radars. Quel est son but ?

Cette proposition de loi vise à une modification de l'article L413-5 du code de la route. Nous voulons ajouter que les véhicules de contrôle de la vitesse feront l'objet d'une signalisation spécifique de nature à permettre à tout conducteur de les identifier à l'œil nu en toutes circonstances. Je pense que si ces sociétés privées avaient sur leur véhicule un signal visuel montrant qu'ils sont en contrôle, cela aurait le même impact que celui engendré par la présence de la police et la gendarmerie qui patrouillent sur nos routes en étant identifiables. Je ne suis pas contre le fait qu'il y ait davantage de contrôles, je suis contre le fait qu'ils ne soient pas signalés.

Cette mesure est-elle la goutte de trop pour les automobilistes français ?

Indéniablement. Je vois qu'autour de moi les gens sont particulièrement remontés contre cette mesure qui vise ceux qui sont obligés de prendre leur voiture pour conduire les enfants à l'école, aller travailler ou faire les courses.

Je pense aussi qu'il y a une lassitude de certains conducteurs qui constatent le sentiment d'impunité qui peut exister dans certaines zones très urbanisées. C’est toujours plus facile de flasher une personne âgée qui va faire ses courses au supermarché. On sait que les points qui sont retirés ou les PV qui sont dressés concernent le Français "moyen" dans sa vie de tous les jours et pas forcément les grands excès de vitesse qui font la une des journaux locaux.

Je peux comprendre que nos forces de l'ordre ont aujourd'hui autre chose à faire qu'être sur le bord des routes dans le contexte sécuritaire du moment mais je ne conçois pas qu'elles soient remplacées par des sociétés privées qui ne penseront qu'à faire de la rentabilité avec des véhicules dissimulés. A un moment donné, si on ne veut plus de morts sur les routes, on peut aussi empêcher les gens de rouler ! L’excès nuit en tout et là je pense qu'on est vraiment dans l'excès.

 

Pierre Cordier est député et conseiller départemental des Ardennes.

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