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Les utilisateurs de Facebook sont-ils tous "addicts" au réseau social ?
Les utilisateurs de Facebook sont-ils tous "addicts" au réseau social ?
©Reuters

Stop ou encore

Peut-on encore vivre sans Facebook?

Facebook a démenti avoir divulgué des conversations privées sur les profils publics de certains de ses utilisateurs. Au-delà de la polémique autour de la protection des données, cette affaire révèle l'importance prise par le réseau social dans la vie quotidienne de ses membres.

Luis de Miranda

Luis de Miranda

Luis de Miranda est écrivain, éditeur et philosophe. Diplomé d'HEC, il est l'auteur de L'être et le néon, aux éditions Max Milo, un essai sur la société de transparence.

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Atlantico : Facebook a démenti les informations selon lesquelles des messages privés auraient été publiés sur les profils publics des utilisateurs. En quoi cette nouvelle polémique révèle-t-elle l'addiction des individus à Facebook ?

Luis de Miranda : Cela fait déjà plus d'un an que j'ai l'impression d'une fin d'aventure pour Facebook, et c'est pourquoi j'ai quelque scrupule à le critiquer aujourd'hui, ce qui revient à tirer sur une ambulance. Car ce site, au départ ouvert sur la vie, à travers des événements qui renvoyaient vers la rue, des rencontres collectives, suscitant parfois un débat politique, a peu à peu revu ses fonctionnalités pour maintenir l'internaute derrière son écran, et limiter son activité à des publications plus légères, très liées à l'image, au domaine du visible.

Le réseau a perdu son rôle de relais, de lien social, en s'orientant vers la rentabilité publicitaire. Le site s'est peu à peu refermé sur lui-même, et sa dialectique avec des événements réels s'est appauvrie. Comme je l'ai dit ailleurs et à l'époque, Facebook est mort en 2010.

Le refus d'être présent sur un réseau social peut-il compromettre la vie sociale réelle d'un individu ?

Cette peur joue bien entendu un rôle dans le succès des réseaux sociaux, mais aujourd'hui, de manière assez symptomatique, c'est par exemple Linkedin qui est en train de remplacer Facebook, en misant sur une autre peur, qui grandit en Europe, celle de la précarité et de la perte d'emploi.

Malgré les paramètres de vie privée, les réseaux sociaux laissent-ils place inéluctablement à la transparence des vies privées ?

Comme je le montre plus en détail dans mon essai, L'être et le néon, l'identité d'un individu au XXe siècle s'est construite sur le modèle de l'image de marque, de la fixité, comme si on enfermait un gaz néon dans un tube de cristal pour produire toujours le même message. Cela produit un présent dominé par la tyrannie du visible, qui tourne en vase clos sur lui-même. Il y a un échec de Facebook ou d'autres réseaux à préserver la pluralité des personnalités, la richesse des réseaux, le lien avec la rue et les idées.

L'aspiration à la transparence héritée du siècle des Lumières s'est ici faite au détriment de l'intégrité en acte, au profit des apparences. Les actes et la cohérence des positions dans le temps (compatible avec une identité humaine manifestée de façon plurielle et non figée sur le modèle de la marque marchande) comptent moins que la visibilité et la communication. Mais même cette visibilité publicitaire de l'individu n'est plus garantie par Facebook, et c'est la grande erreur de Marc Zuckerberg et ses "stratèges" d'avoir coupé les internautes du monde réel, en voulant le maintenir à tout pris derrière le miroir de son profil formaté. Sans doute voulaient-ils vendre aux annonceurs des heures de présence sur le site.

Transparence, succès des réseaux sociaux... Que révèlent ces transformations sur les mutations des sociétés occidentales ?

Il ne faut pas verser dans une critique facile et systématique des réseaux sociaux, ni de Facebook. Le site a joué un rôle important dans les années 2008-2009, lorsqu'il fonctionnait comme une sorte d' hyper-agenda ouvert sur les événements réels. Mais les réseaux virtuels qui ne permettront pas un certain créalisme des internautes, une co-création sur le modèle des logiciels libres, avec une réelle liberté ouverte sur la rue au sens large, sur le réel, ne correspondent pas à l'esprit du temps.

Facebook, comme tous les systèmes dominants, est mort de son trop grand intégrisme, de son manque d'ouverture aux propositions des utilisateurs. C'est devenu un néon géant, sans plus beaucoup de gaz à l'intérieur pour produire de la lumière. Nous sommes dans une société de la transparence de profil : il est temps de passer à une société de la transparence de face...

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