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Matthieu Pigasse, avec Éloge de la normalité, était l'un des soutiens de François Hollande en 2007
Matthieu Pigasse, avec Éloge de la normalité, était l'un des soutiens de François Hollande en 2007
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Petit point sur les diagnostics et propositions actuelles des économistes qui avaient soutenu François Hollande

La révolte des économistes face aux politiques menées par François Hollande. Hier, ils le soutenaient, aujourd'hui, ils dressent une feuille de route qui n'a rien à envier à un programme libéral. Un programme séduisant mais incomplet.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Au cours des derniers jours, nous avons pu assister à une sorte de rentrée littéraire dédiée au Hollande-Bashing. Mais c’est une rentrée particulière car concoctée par les « amis » de François Hollande, c’est-à-dire par plusieurs économistes qui avaient soutenu la campagne du futur Président. Deux ouvrages, Eloge de l’anormalité de Matthieu Pigasse,  et Changer de Modèle des économistes Philippe Aghion, Gilbert Cette, et Elie Cohen.

Ces ouvrages émettent tout d’abord une critique basée sur l’inefficacité des réformes mises en place par le Président depuis son entrée en fonction. Il semblerait que la réalité de la politique menée se soit avérée très différente des annonces faites durant la campagne. Cette situation provoque ce sentiment de rejet. Comme l’indique Matthieu Pigasse : « Pour que la normalité devienne une excuse à l’immobilisme, il suffit de la mettre en scène ». « C’est le triomphe de la France des ronds-points, celle qui tourne en rond et qui se replie sur elle-même ». Le constat n’est pas glorieux. « La normalité est devenue le déguisement de la passivité. Quand on est normal, on ne fait pas grand-chose parce qu’on ne peut pas grand-chose. On ne va pas déplacer des montagnes, ni soulever des océans, ni remuer ciel et terre. Impossible, on est normal ! Alors on bricole. »

Même chose du côté de Aghion, Cette et Cohen qui livrent dans leur introduction un message dont l’identité du destinataire ne fait pas mystère : « la méthode des petites réformes a échoué…(…)…ils reflètent l’impuissance des politiques qui ont renoncé à l’action réformatrice alors que dans d’autres pays celle-ci a été couronnée de succès. »

Les critiques laissent la place aux propositions de réformes qui marquent un profond changement des clivages « droite-gauche » en politique économique. Après le « virage de l’offre » de François Hollande en janvier dernier, force est de constater que les économistes réputés « de gauche » proposent des politiques dites « de droite ». Ce que Aghion, Cette et Cohen savent parfaitement « Nos idées seront critiquées, le plus souvent pour des raisons contradictoires, ce qui est légitime. Certains diront qu’elles sont conventionnelles et déjà mises en œuvre par les pouvoirs publics, certes avec la lenteur qui sied à tout gouvernement démocratique. D’autres diront que nos idées sont empruntées à la boîte à outil néolibérale et par conséquent les rejetteront sous une étiquette infamante. C’est malheureusement trop souvent la règle du jeu dans le débat français ». 

Mais alors, quelles idées pour la France ? Réformes de l’Etat pour baisser les dépenses, lutter contre le chômage des jeunes en exonérant un travail à temps partiel cumulé avec la poursuite d’études, libéralisation du droit du travail, incitation fiscale au contrat à durée indéterminée, gel du Smic, réforme de la formation professionnelle, réformes des taxis, des opticiens, des pharmaciens….Mais encore, baisse de l’impôt sur les sociétés, baisse des charges pesant sur le travail, allongement de la durée de cotisations pour les retraites etc. etc. Autant de mesures qui pourraient faire passer Alain Madelin pour un dangereux collectiviste. Le choc n’est pas négligeable, le socialisme est en pleine révolution libérale. L'ouvrage des économistes mérite le détour, les propositions sont nombreuses et ambitieuses.

Pour parvenir à ces conclusions, les trois auteurs font notamment part de leurs observations concernant trois pays ayant été confrontés à des situations, non identiques, mais similaires, à celle que connait la France aujourd’hui. Le Canada, la Suède et l’Australie à des époques ciblées. En effet, les réformes de structure engagées dans ces pays ont été couronnées de succès, et peuvent être utilisées en exemple. Pourtant, un éléphant trône au milieu de la pièce, invisible…. il manque une pièce essentielle au puzzle.

Car dans un chapitre pourtant intitulé « Penser autrement » les auteurs indiquent « Depuis la création de l’euro, la dévaluation monétaire n’est plus une option pour restaurer la compétitivité  de l’économie française ; il faut donc, en cas de compétitivité insuffisante lui substituer la dévaluation fiscale ». Passons sur le fait qu’une politique monétaire expansionniste a pour but de restaurer la demande intérieure et non de retrouver quelque compétitivité. Mais il est difficile de passer sous silence le  « n’est plus une option ».  Car si la politique monétaire n’est plus une option, il est difficile de comprendre les références à la Suède, à l’Australie et au Canada, qui ont eu tous trois recours à l’arme monétaire pour permettre leurs réformes de l’offre. Les auteurs ne peuvent passer « à côté » de cette évidence, les progrès réalisés par ce pays ont eu tout à voir avec un équilibre entre offre et demande, entre la restriction budgétaire et la relance monétaire. Eh bien non, penser la monnaie en Europe n’est plus possible, ni acceptable. Il s’agit pourtant bien de politique économique, et nullement de triche ou de recours à la facilité. La politique monétaire européenne mérité bien d’être pensée.

C’est ici la plus grosse faille de l’ouvrage. Le chapitre « penser autrement » tombe à plat si on évite de penser à l’essentiel. Car la mise en place de politiques monétaires expansionnistes peut bien avoir pour objectif de permettre la réalisation de réformes de l’offre ambitieuses. Ou comment réduire la dépense publique avec efficacité. Une telle politique a vocation à apporter au secteur privé ce que le secteur public retire de l’activité économique, afin de parvenir à un équilibre et de ne pas impacter la croissance à la baisse. Agir en oubliant cette évidence, c’est agir à la mode grecque ou espagnole; un désastre. Une opération à cœur ouvert sans anesthésie.

De son côté Matthieu Pigasse évoque cette hypothèse en indiquant « Il appartient à la Banque centrale européenne de mener une stratégie active dans ce domaine, quitte à élargir les missions qui sont les siennes par une modification des traités, en mettant en œuvre une politique monétaire plus expansionniste, comme l’a fait la banque centrale du Japon en injectant plus de monnaie dans l’économie. ». En près de 200 pages, la proposition semble bien courte alors même qu’il s’agit bien d’un point crucial. L’auteur aurait également pu mettre en évidence les dégâts provoqués par une politique monétaire restrictive. Car si la France rejette l’ensemble de sa classe politique avec une progression régulière depuis le début des années 80, si les inégalités se sont accrues depuis cette même date, si les taux de croissance s’affaissent avec la régularité d’un métronome depuis lors, si le chômage de masse s’est également installé confortablement, il pourrait être intéressant de constater que la politique monétaire est entrée dans  un cercle restrictif depuis mars 1983. Aucun lien ?

En conclusion, il est significatif de noter que la politique de l’offre est véritablement devenue la nouvelle pensée unique économique. Il est par contre bien plus troublant de voir la manque d’ambition monétaire des protagonistes, qui se résume soit au déni total soit à l’expédient. Il ne s’agit peut-être que de la traduction d’une prise de conscience ; François Hollande ne parviendra pas à réformer l’Europe en ce sens. Renoncement, faiblesse politique, ou aveuglement ?

Pour lire le Hors-Série Atlantico, c'est ici : "France, encéphalogramme plat : Chronique d'une débâcle économique et politique"

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