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Les Chinois semblent dépassés par les événements.
Les Chinois semblent dépassés par les événements.
©Reuters

Gestion de crise

Pékin dépassé par les événements : ça y est, l'économie chinoise doit vraiment nous inquiéter

Alors que l'économie chinoise révèle ses failles au fil des cours des baisses à la bourse de Shanghai, c'est au tour des indicateurs macroéconomiques de confirmer l'ampleur de la situation. Récemment, le cabinet Markit a ainsi mis en évidence la "détérioration" des "conditions d'exploitation" des "fabricants chinois".

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Après le lundi noir de la bourse chinoise, le 24 août dernier, les données relatives aux conditions macroéconomiques du pays sont venues confirmer l’avertissement donné par le marché. Ainsi, selon le cabinet Markit, "en août, les fabricants chinois ont été témoins de la plus rapide détérioration de leurs conditions d’exploitation depuis 6 ans". En s’affichant à un niveau de 47.3 points, l’indice des directeurs d’achat confirme ici une contraction de l’activité amorcée il y a déjà 6 mois. Autre signe de l’essoufflement économique du pays, la Corée du sud, partenaire privilégié, voit ses exportations chuter de 14.7% au mois d’août, comparativement à l’année passée, en lieu et place d’une chiffre attendu à -5.9%. L’ensemble de la région est entrainée dans la spirale. Et pour le moment, les réactions des autorités chinoises se sont avérées bien trop modestes pour permettre d’absorber un choc pourtant prévisible.

L’économie chinoise repose une particularité, l’évolution de la monnaie du pays est liée, subordonnée, aux variations du dollar. En effet, le pays fonctionne avec un système de parité fixe, dont la principale composante est le dollar américain. Ainsi, lorsque la valeur de la monnaie américaine progresse, ou se contracte, les autorités monétaires chinoises suivent le mouvement. Les deux monnaies avancent main dans la main.

Et c’est ici que l’actuelle crise chinoise trouve ses origines. Car depuis une année, la bonne tenue de l’économie américaine, qui vient de publier un taux de croissance de 3.7% pour le second trimestre 2015, provoque un mouvement de hausse de la valeur du dollar. De plus, cette hausse se trouve être confortée par l’attitude la Banque centrale américaine, la Fed, qui planifie un durcissement des conditions monétaires au cours des prochains mois, ce qui a également pour effet de renforcer le USD. En conséquence, la monnaie chinoise suit le mouvement. Entre septembre 2014 et avril 2015, le Renminbi voyait sa valeur s’envoler comparativement à la plupart des monnaies mondiales, notamment par rapport à l’euro (+23% au courant de cette période par rapport à la monnaie unique). Ce qui permet de mesurer l’idée selon laquelle le Renminbi serait une monnaie sous-évaluée. Et les dernières actions menées par les autorités chinoises, c’est-à-dire les dévaluations du mois d’août, n’ont pu compenser qu’une portion du choc déjà subit depuis un an.

Renminbi contre Euro. Septembre 2014 à septembre 2015. Source Bloomberg

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Cette sévère appréciation de la monnaie chinoise a plusieurs conséquences sur l’économie du pays. En premier lieu, sur les exportations. Entre juillet 2014 et juillet 2015, les exportations du pays ont baissé de 8.3%. Une baisse de 2.5% à destination de l’Europe ou de 10.5% vers le Japon, des chiffres qui ne sont contrebalancés que par une hausse de 9.3% des exportations à destination des Etats Unis. Ce qui se justifie notamment par le lien de stabilité qui unit les deux monnaies, et la vitalité de l’économie américaine.

Puisque les exportations représentent une large part de l’économie chinoise, la situation n’est pas sans conséquence pour la croissance, celle-ci étant passée de 7.5% en 2014 à une prévision voisine de 7%, voire moins, pour cette année 2015. Si l’ampleur du ralentissement ne semble pas significative, il convient de rappeler que la croissance chinoise avait pris l’habitude de dépasser régulièrement les 10% au cours de la dernière décennie. Et pour ceux qui douteraient de la validité de ces chiffres, il suffit de se pencher, par exemple, sur les statistiques publiées par les constructeurs automobiles européens. Entre 2000 et 2011, ces constructeurs ont vu leurs ventes à destination du marché chinois progresser de 48%, et ce, sur une base annuelle.

En second lieu, l’ancrage au dollar américain commence à coûter cher. La détérioration des conditions économiques de ces derniers mois conduit les investisseurs à vendre leurs actifs libellés en Renminbi, faisant peser une pression à la baisse sur cette même monnaie. Or, puisque les autorités ont pour objectif d’obtenir la stabilité du Renminbi face au dollar, il est nécessaire d’apporter une réaction face à un tel phénomène. Et cette réaction consiste à vendre les fameuses réserves de dollars détenues par le pays. La Chine vend ses réserves de dollars pour soutenir le Renminbi et ainsi maintenir sa parité.

En conséquence, et pour la première fois depuis ces dernières années, les réserves de change chinoises sont en baisse en 2015. Ce qui entraine une dernière courroie de transmission vers le ralentissement de la croissance. En effet, en vendant ses dollars pour racheter des Renminbi, ce dernier se "raréfie", ce qui entraine une hausse du coût de l’emprunt. Les entreprises, endettées massivement à taux variables, sont ainsi moins incitées à emprunter pour investir, achevant ici la boucle récessive dans laquelle le pays est aujourd’hui entrainé. De fait, la croissance chinoise ne cesse de ralentir trimestre après trimestre :

Croissance chinoise en volume. 1er Trimestre 2010 au 2e trimestre 2015. En %

Afin de faire face à ces problématiques, chute de la croissance et baisse des réserves, qui ne sont que les conséquences du taux de change fixe, la Banque centrale de Chine a donc décidé de procéder à trois dévaluations successives par rapport au dollar. Ce qui a eu lieu ces dernières semaines. Malheureusement pour l’économie du pays, l’ampleur du mouvement a été insuffisante. Une simple baisse de 3% ne suffit pas à rétablir un cours de change conforme aux besoins du pays. La poursuite de la chute des indicateurs économiques du pays en ce mois d’aout en atteste.

Mais les autorités chinoises sont prises entre deux feux. Entre d’une part, une monnaie aujourd’hui trop forte, et d’autre part, un fort endettement des entreprises chinoises en devise étrangère. En effet, alors qu’en 2009, les entreprises non financières chinoises détenaient 200 milliards de dettes en dollars, le montant dépasse aujourd’hui les 1 000 milliards. L’endettement en dollar des entreprises locales représentait 20% du total en 2009, le ratio atteint 35% aujourd’hui. Ainsi, si la Banque centrale chinoise décidait de laisser "filer" sa monnaie, en abandonnant son ancrage monétaire, les entreprises locales seraient alors confrontées à une progression équivalente de la valeur de cette dette contractée en dollar. Une baisse de 10% de la valeur du Renminbi entrainerait une hausse de 10% de la valeur de la dette en dollars.

Mais le pays n’a pas vraiment le choix. Le coût du maintien d’un taux de change fixe, aussi longtemps que la monnaie américaine continue de progresser, est bien la cause de la problématique actuelle, et les autres évolutions n’en sont que les conséquences. En permettant une légère dévaluation, le gouvernement a ouvert la porte à d’autres mouvements du même type et c’est bien ce que le marché attend. Le saut nécessaire vers un taux de change "libre", donnant au marché la possibilité de fixer lui-même la valeur de cette monnaie, est ainsi l’étape décisive vers la transformation d’une économie fonctionnant encore comme un pays émergent, vers un degré de maturité qui serait plus en adéquation avec ce qu’est devenue la Chine. Plus le pays attendra, et luttera contre cette réalité, plus son économie s’en trouvera endommagée, entraînant avec elle un probable tassement de l’économie mondiale.

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