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Le Vatican a tweeté un graffiti représentant le pape en Superman.
Le Vatican a tweeté un graffiti représentant le pape en Superman.
©Reuters

Pope star

François superstar : pourquoi l’Église catholique ne gagne pas autant que ce qu'y voient les médias à avoir un pape rock star

L'image du pape François, qui fait cette semaine la une du magazine américain "Rolling Stone", détonne par rapport à son prédécesseur.

Atlantico : La une de Rolling Stone, le Vatican qui tweete un graffiti représentant le pape en Superman… Qu'est-ce qu'avoir un pape rock star change concrètement pour l'Église catholique ?

Bernard Lecomte : Ce n'est d'abord pas le premier à pouvoir être comparé à un "pope star". Jean-Paul II fut sans doute le premier à correspondra à cette image-là, notamment lors de ses déplacements aux États-Unis d'où sont parties les premières foules l'adorant. De plus, le pape lui-même est habitué aux chiffres à plusieurs zéros. Il est à la tête d'une communauté de plusieurs milliards. Il est donc normal que son image soit en phase avec des grandes masses.

Le monde lui-même évolue dans le sens de la peoplisation. Voilà trois raisons qui aboutissent à ce que le pape François soit vu comme une rock star. Mais ce n'est pas lui qui le cherche. Comme quand il était archevêque de Buenos Aires, c'est un homme foncièrement modeste. Il ne cherche pas du tout le contact avec les médias ou la foule autre que des contacts d'ordre pastoraux. Mais peut-il faire autrement ? Trois millions de jeunes ont déferlé sur la plage de Copa Cabanna pour l'écouter ! On est dans l'inflation, la démesure et il est normal que cela se retrouve en une des journaux.

Pour l'Église catholique, cela entraîne essentiellement une variation de tons par rapport à Benoit XVI, qui n'aimait pas la foule. Il a assumé ce rôle public, ce rôle de rock star dans un sens aussi, d'une certaine manière mais son personnage à lui était beaucoup intellectuel et intériorisé, un théologien. François renoue donc avec la tradition de Jean-Paul II, un pape pasteur qui n'a pas peur de la haute mer et qui s'adresse au monde entier.

Judikael Hirel : Il ne faut pas bouder son plaisir : c'est formidable de voir le Pape à la une de tous les grands médias, comme le Time, et arriver en tête des personnalités les plus recherchées sur le Net, selon l'étude réalisée pour Aleteia au bout d'à peine un an de pontificat. Avoir un pape 2.0, qui vit ce qu'il dit, un guide avec qui vous avez en quelque sorte une ligne directe via Internet et les réseaux sociaux, cela donne une visibilité inédite au message de l'Eglise.

Après, je serais tenté de vous répondre, en tant que journaliste et en tant que pratiquant, cela change rien et tout à la fois. Rien, car ce qu'a dit le Christ n'a pas changé en deux millénaires. Ce qui a changé, c'est le regard que l'on porte sur le fait d'être croyant, en tout cas aujourd'hui, en France. L'espérance, le pardon, la charité, la solidarité, le respect de la vie, tout ce que prêche le pape François, ce n'est pas nouveau, et heureusement !

En même temps, alors que les nouvelles technologies, à commencer par Internet et les réseaux sociaux, permettent aujourd'hui de diffuser une idée, un mot en une seconde sur la terre entière, la perception très positive qu'ont non seulement les gens, mais aussi et surtout les médias qui transportent, transmettent voire transforment l'information, est utile quand il s'agit de partager un message qui va parfois à contre-courant d'une société de consommation, où le bonheur ne se mesure plus qu'à l'aune des vitrines des magasins.

Est-ce vraiment productif en termes de vocation ou d'attrait pour le catholicisme ? Les églises ne se sont jamais autant vidées qu'après Vatican II et les églises qui attirent aujourd'hui ne sont pas les plus progressistes…

Bernard Lecomte : L'Eglise catholique n'est pas un parti politique : son but n'est pas de grimper dans les sondages ou de faire des électeurs mais de faire passer un message qui a 2.000 ans. C'est un message théologique, Jésus est venu pour sauver les hommes, et moral, aimez-vous les uns les autres. Ce message est immuable et les papes sont là pour le faire passer. C'est un message exigeant, parfois déconcertant qui n'est pas là pour faire des voix.

Cependant, dans sa forme l'Église doit tenir compte du monde dans lequel elle est. La tentation d'une Église qui a 2.000 ans, c'est de ne surtout pas bouger. Vatican II avait été un formidable moment qui montrait que l'Église pouvait s'adapter. Le pape François est dans cet esprit-là. Et cela fait du bien à l'Église, une institution parfois archaïque qui a parfois besoin d'être secouée, rénovée.

Judikael Hirel : On ne doit pas avoir fréquenté les mêmes églises ! Cette question est aussi subjective que riche en préjugés. Je n'étais pas né du temps de Vatican II, et je n'ai pas connu l'église "d'avant". Celle que je vis, que je vois aujourd'hui, c'est une église où je croise de plus en plus de jeunes parents, trentenaires et quarantenaires, issus de la génération JMJ.

Des enfants de Jean-Paul II qui ont entendu son "levez-vous n'ayez pas peur" et qui assument de vivre leur foi à chaque instant de leur quotidien. Et je vois aussi poindre une nouvelle génération, celle de la Manif pour tous, piquée au vif par le mépris, voire la haine de ceux qui s'estiment propriétaires de la notion de progrès, tout en piétinant allègrement la liberté d'expression, de conscience, et on le verra encore bientôt de manifestation. Enfin, il faut aussi sortir de France, aller voir ce qui se vit en Amérique du sud, en Espagne, en Italie, en Asie, dans les pays de l'ex Urss…

Comment les fidèles accueillent-ils le comportement du pape ?

Bernard Lecomte : Certains fidèles sont réservés sur ce comportement. C'était vrai pour Jean-Paul II, c'est vrai pour François. C'est la raison pour laquelle il faut faire attention à ce que l'emprise d'un homme, quel qu'il soit, ne déborde pas sur une adoration. Certains prédicateurs pratiquent cette fascination et jouent sur l'émotion d'une foule pour faire passer le message. C'est incontestablement un risque. Il faut faire confiance à François pour être conscient de cela. Jean-Paul II était très conscient de ce danger et faisait très attention à ce que son discours soit celui exigeant des évangiles. Qu'il soit Jean-Paul II ou François à Rio, le discours explique aux jeunes tout ce qu'ils doivent faire et non pas qui les flattent dans leurs droits. C'est essentiel. C'est comme cela que l'on évite les phénomènes de gourous. Voilà pourquoi d'une manière générale François est plutôt bien considéré par les fidèles.

Judikael Hirel : Comme lui : avec joie ! Voir le sourire de cet homme qui est devenu Pape, constater au quotidien qu'il vit ce qu'il dit, qu'il ne s'agit pas d'un discours aux mots creux dont l'angle change avec le sens des sondages, comme les girouettes, c'est à la fois émouvant et rassurant. Rassurant car il remplit un rôle de guide pour tout un chacun qui manque cruellement, alors que le désamour avec la classe politique n'a jamais été aussi grand. Et émouvant, car il place la barre très haut, au point d'interroger chacun au fond soi : et moi, au quotidien, je fais quoi pour les autres ?

A qui parle réellement le pape ?

Bernard Lecomte : Il est pasteur universel, il s'adresse au peuple chrétien. Or, ce peuple est très majoritairement le Tiers-Monde, en Amérique Latine, en  Afrique ou aux Philippines. Cela ne veut pas dire qu'il délaisse l'Europe qui restera pour toujours le berceau du christianisme.

Ce qui est nouveau, c'est que le pape lui-même vient de là-bas. Il est le premier pape à venir de l'hémisphère sud. Il sait déjà ce qu'est le Tiers Monde, cette immense masse de chrétiens qui n'a pas 2.000 ans d'histoire. C'est là qu'il y a une nouveauté. Le discours, en revanche, n'est absolument pas nouveau.

Judikael Hirel : A tout le monde ! Via Internet, où son compte Twitter a dépassé la barre des 11 millions de followers, mais aussi via son parcours de vie. Son message porte et parle à n'importe qui. Ajoutez à cela un ton plus "normal", François oblige, son refus du luxe et de l'isolement au sein même du Vatican, et c'est jusqu'à la communication du Saint Siège qui se prend à être "cool", comme on a pu le voir avec cette photo d'un graph représentant le Pape François façon Superman diffusée via Twitter et qui a fait le tour du monde.

Par ailleurs, ce nouveau pape venu du bout du monde, par rapport à l'Italie, contribue à changer le centre de gravité de l'église. La preuve : dans les résultats de l'enquête menée par Aleteia, sa notoriété n'est pas limitée à un pays, tel Barack Obama dont la moitié des occurrences ramènent aux USA, mais est également répartie sur la terre entière.

Est-il réellement une rock star comme le prétendent les médias ?

Bernard Lecomte : L'expression rock star est trop réduite. Il y a eu des papes populaires avant le rock. François est populaire. Comme à Buenos Aires, il a le sens des gens, de la simplicité de son propos. Tout cela n'en fait pas une rock star. La meilleure preuve est qu'en France, où l'on est pourtant très critique à l'égard du pape, quel qu'il soit, il est actuellement à 80% d'opinions favorables. Il faut constater cela même s'il faut se méfier de la popularité dans nos sociétés versatiles. Tant mieux pour le pape François s'il est populaire mais ce n'est pas là l'essentiel. Il a son style et il fait bouger  les lignes sur le plan de l'image et de la méthode de l'Église mais sur le plan de la doctrine et sur le plan du dogme, il ne variera pas de ses prédécesseurs. 

Judikael Hirel : Le regard des médias sur le Pape m'amuse. Ils ont une telle propension à voir ce qu'il veulent voir, à chercher le "bon client", à se créer leur propre pape idéal, en quelque sorte. Il est comme il est, et il n'y aucune différence entre ce qu'il dit et ce qu'il fait. Or il se trouve qu'il est simple et vrai. On est bien loin de la définition d'une rock star ! Ce qui ne l'empêche pas de figurer aujourd'hui en Une du magazine Américain Rolling Stone, où le portrait qui lui est consacré est, je trouve, un parfait exemple de journalisme partisan, primaire et paresseux, riche en poncifs, où la conclusion est écrite avant même d'avoir commencé à enquêter.

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