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Face à la volonté de François Hollande de réviser le pacte budgétaire européen afin d’y inscrire des objectifs de croissance, le SPD est un élément clé pour faire bouger les lignes en Europe.
Face à la volonté de François Hollande de réviser le pacte budgétaire européen afin d’y inscrire des objectifs de croissance, le SPD est un élément clé pour faire bouger les lignes en Europe.
©Reuters

Position difficile

Pacte budgétaire européen : quel jeu joue réellement la gauche allemande ?

Face à la volonté de François Hollande de réviser le pacte budgétaire européen afin d’y inscrire des objectifs de croissance, le SPD est un élément clé pour faire bouger les lignes en Europe, mais il ne peut pas se permettre de donner le sentiment à l’opinion allemande qu’il se solidarise avec le nouveau Président français contre la chancelière.

Thomas Klau

Thomas Klau

Thomas Klau est Directeur du bureau de Paris et Senior Policy Fellow au European Council on Foreign Relations, qu’il a rejoint dès sa création en Juillet 2007.

Son champ d’expertise couvre l’intégration européenne, la zone euro, la politique française et allemande ainsi que les relations franco-allemandes.

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Atlantico : Face à la volonté de François Hollande de réviser le pacte budgétaire européen afin d’y inscrire des objectifs de croissance, quels sont les alliances ou les clivages de la vie politique allemande ? 

Thomas Klau : Il n’est pas sûr que François Hollande demande une modification du pacte en lui-même. Il est possible qu’il accepte des accords supplémentaires qui viendraient s’ajouter au traité fiscal sans modifier le texte lui même.

Sur le plan politique intérieur, il n’y a pas de front commun entre la CDU et le SPD contre les propositions de François Hollande. Il faut cependant reconnaître que ces dernières créent une difficulté pour le parti social-démocrate puisque le parti est, certes, critique de la politique d’austérité tel que prônée par le gouvernement allemand en Europe, mais il est aussi sensible à l’opinion largement répandue dans l’électorat allemand - y compris dans son propre électorat - qui ne voit pas d’un bon œil une stimulation de la croissance par la dette. Une grande partie de l’opinion allemande estime en effet qu’il n’y a pas lieu d’éviter aux pays européens fortement endettés l’adoption de réformes que les Allemands ont eux même accepté depuis dix ans (stagnation ou baisse des salaires, relèvement de l’âge de la retraite...).

Le SPD n’est pas en phase avec cette philosophie dans son ensemble, même s’il a initié ces réformes à l’époque du gouvernement Schroeder. Le parti et ses chefs actuels ont pris leurs distances mais doivent composer avec l’électorat allemand, y compris social-démocrate, qui est plus largement propice à ces mesures que les dirigeants du parti eux-mêmes. Par exemple, l’Allemagne augmente actuellement l’âge de la retraite à 67 ans comme le font d’autres pays européens. Il y a donc une faible ligne de compréhension avec le débat français qui porte sur un âge de départ à 60 ou 62 ans.

Angela Merkel est-elle en train de tenter d'entamer des négociations avec le SPD, dont elle a besoin pour faire adopter le pacte budgétaire européen au parlement allemand, afin de couper court aux discussions entre le SPD allemand et le PS français ?

Il y a un jeu de manœuvre qui met le SPD dans une position à la fois de force, car il est courtisé, et d’inconfort car ne doit pas donner à l’opinion allemande le sentiment qu’il se solidarise avec François Hollande contre la chancelière, chose qui serait très mal vécue par une partie de son électorat. D’ailleurs, plusieurs articles parus dans la presse conservatrice ont ainsi accusé de « trahison » des personnalités politiques soutenant les positions de Hollande.

Le SPD ne peut pas se permettre, surtout avant les élections, de faire bloc sous forme d’ « axe franco-allemand », une grande partie de l’électorat allemand restant convaincue qu’une politique d’austérité en Europe reste la meilleure solution.

Quelles sont les divergences sur la croissance au sein du SPD ? Et entre le SPD et le PS ?

Il y a effectivement une différence idéologique mais qui n’est pas radicale et qui ne porte pas sur tous les points. Le soutien aux eurobonds ou encore une politique de croissance plus volontariste en Europe créent des convergences.

Les différences quant à elles s’expliquent par des débats politiques différents en Allemagne et en France. L’exemple le plus frappant étant celui qui existe au parti socialiste français sur la révision du mandat de la BCE afin d’y intègrer un soutien à la croissance en plus de la stabilité des prix et de la monnaie. Même si Hollande ne l’a pas repris dans ses dernières déclarations, le débat n’est pas du tout le même au sein du SPD. Autre exemple, la réduction des déficits et de la dette comme priorité absolue est une idée fortement ancrée au sein du SPD.

Propos recueillis par Olivier Harmant

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