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Le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu s'adresse aux médias à la sous-préfecture de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, le 29 novembre 2021
Le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu s'adresse aux médias à la sous-préfecture de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, le 29 novembre 2021
©CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Autonomie

Outre-mer, Corse : l’autonomie sous pression

Le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, a évoqué la piste d'une autonomie des Antilles. Plus que jamais, la France doit donner des réponses aux revendications qui s’expriment démocratiquement et fixer une philosophie comme cadre à son action.

Corine de Bernardi

Corine de Bernardi

Corine de Bernardi est avocat, docteur en Droit public.

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Le Gouvernement, par la voix du Ministre des outre-mer Sébastien Lecornu, vient d’ouvrir la porte à l’autonomie en réponse à la violence sociale qui sévit en Guadeloupe et en Martinique.

En Corse, 30 ans de violence politique n’auront pas suffit…

L’expression démocratique n’a pas non plus permis de mettre en marche un dialogue à la hauteur des enjeux.

Les principales îles et archipels européens disposent déjà d’une large autonomie.

Plus que jamais, la France doit donner des réponses aux revendications qui s’expriment démocratiquement et fixer une philosophie comme cadre à son action.

L’approche strictement constitutionaliste et la vison internationaliste du droit des peuples à disposer d’eux même ne peut faire l’économie d’une approche philosophique contemporaine, renouvelée mais aussi pragmatique et politique.

La question de la spécificité, de l’identité et toutes les aspirations qui en découlent à commencer par la reconnaissance de la langue, la soif de liberté, de justice économique, sociale, écologique, la protection des terres, de ses richesses, de son patrimoine, l’ouverture et le progrès, sont autant de dimensions inhérentes au débat.

L’autonomie s’invite ainsi aujourd’hui dans la campagne présidentielle, sur fond de crise sociale aux Antilles, de bras de fer entre l’Etat et la Collectivité de Corse et de polémique autour du referendum d’auto détermination en Nouvelle Calédonie, au terme d’un log porcessus…

Mais à quand le changement de paradigmes pour l’appréhender dans un dialogue démocratique qui vienne ensemencer l’avenir de ces territoires insulaires avec une idée plus moderne du pacte de confiance qui pourrait s’instaurer entre l’Etat central et ce qui reste, ses « dépendances » ?

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La France incapable d’éviter le chaos aux Antilles, qui lui coûtent pourtant 20 milliards par an

Les questions géostratégiques, tant en Méditerranée que dans le Pacifique ou dans l’océan Indien et celles de la participation de ces territoires français aux avants- postes de la présence française dans les zones ne peuvent plus être éludées.

La Polynésie a ouvert la voie avec son statut d’autonomie plein et entière, qui lui confère entre autres des compétences en matière négociation et de représentation internationales dans son environnement géographique (article 15 Loi organique du 27 février 2004 modifiée le 25 juillet 2019).  Il est une source d’inspiration qui vient conforter l’idée que l’évolution institutionnelle peut reposer sur un véritable partenariat entre l'État central et les peuples. Gravé dans le marbre de la Constitution, son statut  garanti aux Polynésiens la solidarité nationale et la sécurité globale de la société et la volonté de mettre en valeur leurs ressources propres. L’article 1er de la loi organique, qui est hautement symbolique, précise par ailleurs que l’État rendra compte chaque année à l’assemblée de la Polynésie française des politiques conduites dans ce domaine. La Polynésie se gouverne et non en s’administre.

Et a connu un développement économique, social et culturel sans précédent.

Les questions de défense, de sécurité, d’immigration, mais aussi d’environnement, de ressources, de biodiversité posent cette question de la construction d’un avenir commun, dans une vision et une ambition partagées entre l’Etat et les îles.

Vision partagée et ambition commune aussi en termes de développement économique et de de responsabilités, y compris fiscales.

Chaque territoire doit trouver sa place et pouvoir mettre en valeur ses ressources propres, en toute responsabilité.

Des Humanités qui se complètent librement, démocratiquement, dans un dialogue franc et tourné vers l’avenir plutôt que vers le passé, les commémorations et les rancœurs de toutes parts.

A l’heure de l’internationalisation des consciences, de la culture woke, des lanceurs d’alerte, des grands défis climatiques et éthiques, l’instauration d’un dialogue apaisé pour trouver des solutions adaptées non par la soumission ou l’assistanat mais dans le respect des aspirations, de l’histoire et de la liberté et de la solidarité.

Un idéalisme renouvelé, une modernité à incarner plus que jamais comme a su le faire Pompidou.

Au-delà des sémantiques constitutionnelles et de droit, c’est bien la philosophie, l’humanisme qui sont la clef de voute du débat ; le courage politique aussi.

Quel sera le candidat à l’élection présidentiel qui saisira le sujet à bras le corps plutôt que de le mettre sous le tapis au nom de l’indivisibilité de la République ? Quel candidat qui pourra évoquer l’idée Commonwealth à la française ?

Les regards vont se tourner le moins prochain vers la Nouvelle-Calédonie : le referendum maintenu permettra-t-il une issue à la hauteur de l’enjeu ?

Les Antilles resteront elles demain dans une situation de dépendance telle que les crises continueront de se succéder ?

La Corse restera-t-elle le problème français ?

Corine de Bernardi

Avocat, Docteur en Droit public

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