Non, le rêve américain n'est pas mort (mais ce n'est pas grâce à Kim Kardashian et Kanye West) | Atlantico.fr
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Aux Etats-Unis, les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres ne cessent de se creuser.
Aux Etats-Unis, les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres ne cessent de se creuser.
©Reuters

Le déclin de l'empire ?

Non, le rêve américain n'est pas mort (mais ce n'est pas grâce à Kim Kardashian et Kanye West)

Barack Obama a déclaré dans une récente interview que l'exposition médiatique de certaines célébrités avait contribué à changer la culture américaine et les marqueurs de succès. Le rêve américain se résume-t-il désormais au bling-bling ?

François Durpaire

François Durpaire

François Durpaire est historien et écrivain, spécialisé dans les questions relatives à la diversité culturelle aux Etats-Unis et en France. Il est également maître de conférences à l'université de Cergy-Pontoise.

Il est président du mouvement pluricitoyen : "Nous sommes la France" et s'occupe du blog Durpaire.com

Il est également l'auteur de Nous sommes tous la France : essai sur la nouvelle identité française (Editions Philippe Rey, 2012) et de Les Etats-Unis pour les nuls aux côtés de Thomas Snégaroff (First, 2012)

 


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Atlantico : Alors que les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres ne cessent de se creuser outre-Atlantique, au mois de juillet, un article du New York Times estimait que la ville de Détroit était une synecdoque des États-Unis (lire ici). Selon cet article, Détroit représenterait la ville dans laquelle une économie égalitaire était née. Économie désormais morte et enterrée. En est-il de même pour le rêve américain ?

François Durpaire : Le rêve américain n’est pas forcément une réalité et il ne l’a jamais été. Le rêve américain est une projection vers un avenir meilleur. Il est détaché d’une analyse objective de la réalité. Le rêve américain existe depuis la création des États-Unis. Dans le musée de l'immigration d’Ellis Island à New York, on peut lire une citation d’un migrant qui disait rêver d'un pays aux rues pavées d'or. Bien souvent, elles n'étaient pas pavées du tout et c'est aux migrants que l'on demandait de le faire. Cela nous montre que l’on parle bien d'un "rêve" et qu'il n’a jamais été question d’une réalité objective.

Les États-Unis traversent actuellement une crise économique, il n’empêche que les demandes de visas continuent d’augmenter. Cet indicateur témoigne du fait que ce pays continue de faire rêver les citoyens du monde.Cela ne signifie pas que l’on rêve de la société américaine en tant que telle mais plutôt de notre possibilité de réussir dans cette société.

28% des jeunes diplômés français choisissent de s’installer à l’étranger en raison des obstacles qu’ils peuvent rencontrer en France. Nombreux sont ceux qui s’expatrient outre-Atlantique. Cela ne signifie pas qu’ils idéalisent la société américaine. Simplement, ils estiment qu’il leur sera plus facile de réussir là-bas.

Dans une récente interview relayée par le site d’information Business Insider (lire ici), Barack Obama a déclaré que le rêve américain était auparavant plus accessible. "Les enfants n’étaient pas quotidiennement informés des tenues vestimentaires de Kim Kardashian ou de la destination des vacances de Kanye West. Les enfants pensent qu’il s’agit désormais d’un marqueur de succès". Les signes extérieurs de réussite ont-ils changé ?

Ces déclarations d’Obama s’inscrivent dans un parcours long. On constate chez lui un côté "père la morale". On se rappelle notamment des déclarations qu’il a faites le jour de la fête des père appelant les pères américains à être plus présents.

Les déclarations auxquelles vous faites référence sont des propos que le président américain tenait déjà lorsqu’il était professeur de droit à l’université de Chicago dans les années 1990. Il répétait à ses étudiants que la réussite ne se résumait pas au fait d’avoir un salaire élevé, que seuls comptent réellement les idéaux.  Pour lui l'essentiel est "d’orienter sa vie autour d’une vraie ambition". Ambition qui ne peut se résumer à la réussite matérielle. Cette conception s’inscrit en fait dans la tradition du rêve américain. Le rêve américain ne revêt pas uniquement un aspect matériel mais bel et bien un aspect plus spirituel qui peut être décrit comme une "recherche du bonheur". En effet, dans la Déclaration d'indépendance, Thomas Jefferson, grand admirateur de John Locke, choisit néanmoins de remplacer le "droit à la propriété" du philosophe britannique par celui de la "recherche du bonheur". Et ce qu’a rappelé Obama dans cette interview, c’est que le rêve américain ne peut se résumer à un concept matérialiste.

Quelle est notre conception, nous Européens, de ce rêve américain ?

L’Europe et les Etats-Unis sont en quelque sorte des sœurs jumelles et rivales. Et à chaque fois que l’on parle des Etats-Unis, avant d'en évoquer les aspects positifs, il est presque nécessaire d'en énumérer les dysfonctionnements. Sinon, il nous est difficile en tant qu'Européens, d'en reconnaître les avantages et les bienfaits.

Je prends d’ailleurs le pari que les Internautes d’atlantico, dans leurs commentaires, ne manqueront pas d’épingler mes propos, m’invitant à regarder les problèmes qui traversent la société américaine !

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