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Au grand jeu de savoir qui il soutiendra, entre Emmanuel Macron ou le candidat de la droite, Nicolas Sarkozy entretient le mystère.
Au grand jeu de savoir qui il soutiendra, entre Emmanuel Macron ou le candidat de la droite, Nicolas Sarkozy entretient le mystère.
©PASCAL GUYOT / AFP

Bonnes feuilles

Nicolas Sarkozy, faiseur de roi pour l'élection présidentielle de 2022 ?

Olivier Beaumont et Nathalie Schuck publient "Chérie, j'ai rétréci la droite !, dans les secrets de la relation Macron - Sarkozy" aux éditions Robert Laffont. À l'abri de ses bureaux de la rue de Miromesnil, Nicolas Sarkozy, officiellement retiré de la vie politique, ne perd pas une miette du quinquennat d'Emmanuel Macron. Nicolas Sarkozy, d'abord séduit par son jeune et brillant successeur, a pris ses distances avec un pouvoir trop arrogant et inexpérimenté. Entre ces deux grands fauves, c'est une bataille feutrée pour savoir qui récupérera le leadership de la droite et tirera demain les ficelles du pays. Extrait 2/2.

Olivier Beaumont

Olivier Beaumont

Olivier Beaumont est grand reporter au Parisien-Aujourd'hui en France, où il couvre la droite et l'extrême droite.

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Nathalie Schuck

Nathalie Schuck

Nathalie Schuck est grand reporter et rédactrice en chef adjointe du Point. Elle a suivi les mandats de Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron. Elle est l’auteure de Madame la Présidente (Plon, 2019) avec Ava Djamshidi, et de Ça reste entre nous, hein ? Deux ans de confidences de Nicolas Sarkozy (Flammarion, 2014) avec Frédéric Gerschel.

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Au grand jeu de savoir qui il soutiendra, d’Emmanuel Macron ou du candidat de la droite, Nicolas Sarkozy entretient le mystère. Combien pèse-t-il encore dans les urnes, dix ans après la fin de son mandat? Combien de voix peut-il déplacer selon qu’il lève ou abaisse le pouce? Là où François Hollande a perdu toute autorité à gauche en ne se représentant pas, l’ancien président demeure la figure tutélaire pour le peuple de droite. Jusqu’aux jeunes Républicains qui, rassemblés à la sortie de l’été 2021 au Parc floral du bois de Vincennes, se trémoussent au son d’un morceau reprenant l’un de ses discours, avec sa voix sur fond de beat électro. Un must des soirées LR. Nicolas Sarkozy, c’est un nom, une marque, le dernier président de droite, sauf à intégrer dans cette catégorie Emmanuel Macron. «Sarko, c’est quelqu’un qui déplace au minimum un million de voix à lui tout seul. Il a son fan-club, ça compte », calcule un conseiller du président. «Ça peut faire bouger un, deux ou trois points au premier tour de la présidentielle », complète un autre stratège macroniste. Soit 475000 à 1,4 million de voix sur un corps électoral de 47 millions d’inscrits. Colossal, sur le papier. «Sarkozy a du poids. Ce qu’il dira comptera », affirme le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, qui s’entretient régulièrement avec lui. C’est sans compter les électeurs que son soutien pourrait faire fuir à gauche. « Il est difficile d’évaluer la part de marché réelle de Nicolas Sarkozy, comme de quantifier le rejet qu’il suscite. Son ralliement apporterait en même temps de l’adhésion et du rejet. Au final, c’est un jeu à somme nulle », évalue Sylvain Fort, ex-«plume» de l’Élysée et expert en stratégie politique.

Plus que son soutien, c’est sa neutralité bienveillante qu’il convient de conquérir. Mieux vaut l’avoir avec soi. «Si demain il se met à faire du François Hollande et à mitrailler Macron, ça peut être déstabilisant », se prend à espérer le député des Alpes-Maritimes et candidat LR Éric Ciotti. «Macron sait très bien que si Sarko adoube quelqu’un à droite, ce sera emmerdant pour lui, mais pas dramatique», nuance un ministre. Raison pour laquelle le président continuera jusqu’au dernier jour à le traiter et les postulants à la candidature de LR à défiler dans ses bureaux, passage obligé. L’Ex ne se dérobera pas, il l’a promis, et livrera sa préférence. Il veut être faiseur de rois. « Il parlera tard, très tard, et vous verrez qu’il ira vers celui que les sondages donneront vainqueur », grince une figure de LR.

A-t-il tant envie, au fond, qu’un président de droite s’installe dans le Salon doré du Palais? En son for intérieur, il méprise ses anciens ministres, qu’il ne juge pas à la hauteur de la fonction. Alors que la compétition bat son plein chez les Républicains, Nicolas Sarkozy reçoit tous les postulants, de Valérie Pécresse à Michel Barnier, sans rien dévoiler de ses pensées. Brouillant les cartes, il va jusqu’à déjeuner avec Emmanuel Macron le 9 septembre à l’Élysée, au moment où les aspirants à sa succession livrent leur grand oral devant les parlementaires Les Républicains réunis à Nîmes. Du « en même temps » à la mode sarkozyste. À moins qu’il n’aide Emmanuel Macron à réussir là où lui-même a échoué, en devenant le premier chef de l’État réélu sous la Ve République hors cohabitation. L’opinion sera son juge de paix. « Il soutiendra celui qui gagnera la compétition à droite, parie un haut responsable des Républicains. Si notre candidat s’installe à 14-15% des voix, il ne prendra pas le risque d’apparaître comme le destructeur de la droite. Mais si le candidat plonge à 7-8% et que la droite est sûre d’être éliminée, il ira voir Emmanuel Macron pour lui proposer un deal.» À propos du président, le patriarche a ces mots qui sonnent comme une sommation : «C’est moi qui détiens entre mes mains la clé de son succès ou de son échec. »

Il existe un scénario dramatique qui verrait le retraité Sarkozy appeler sans réserve à soutenir son ambitieux cadet, se détournant ainsi de sa famille politique : si la république se trouvait menacée par les extrêmes. Jamais Nicolas Sarkozy ne laissera Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen ou Éric Zemmour s’emparer du pouvoir sans coup férir.

Contrairement à nombre de personnalités de droite, qui lui trouvent des circonstances atténuantes, il n’apprécie pas l’ancien journaliste du Figaro, à la plume si fielleuse à son endroit. Éric Zemmour consacre d’ailleurs un passage corrosif de son dernier livre6 à la défaite électorale de l’Ex en 2012, intitulé : «L’homme qui s’aimait trop». Il le dépeint en président « engoncé, timoré, pusillanime », qui s’est embourgeoisé au fil de son quinquennat sous l’effet des fréquentations germanopratines de sa chanteuse d’épouse et qui, pour complaire aux électeurs de gauche, aurait renoncé à l’audace et trahi les valeurs de la droite, version RPR canal historique. Il rapporte même cette perfidie de Patrick Buisson, ancien mentor honni de Nicolas Sarkozy, au lendemain de la présidentielle ratée : « Il n’a pas voulu salir son costume. » En entendant le polémiste et presque candidat plaider pour la francisation des prénoms, à six mois de l’élection suprême, l’ancien président frémit. Lui, le «petit Français de sang mêlé » qui a donné à sa fille un prénom italien, Giulia. Lui qui, en 2016, avait été révulsé de voir Éric Zemmour s’en prendre à son amie Rachida Dati pour avoir donné à sa fille un «prénom musulman», Zohra, celui de sa mère disparue.

Emmanuel Macron, comme lui, a compris la menace. Et si le polémiste, après son entrée fracassante dans le débat présidentiel, se qualifiait au second tour? «On assiste à une résurgence maurrassienne dans le pays. Éric Zemmour, c’est le nouveau Charles Maurras », analyse la «plume » Sylvain Fort. Pour contrer cette météorite venue percuter violemment la planète politique, ils ne seront pas trop de deux.

A lire aussi : Deux grands fauves que tout sépare ? : les racines de la relation d’estime et de respect mutuel entre Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron

Extrait du livre d'Olivier Beaumont et de Nathalie Schuck, "Chérie, j'ai rétréci la droite !, dans les secrets de la relation Macron - Sarkozy", publié aux éditions Robert Laffont. 

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