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Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout La France, le 26 janvier 2021.
Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout La France, le 26 janvier 2021.
©Bertrand GUAY / AFP

Grand entretien

Nicolas Dupont-Aignan : "Jusqu’où faudra-t-il aller pour qu’Emmanuel Macron comprenne qu’il doit rendre des comptes à la Nation sur la gestion du Covid ?"

Le président de Debout La France est très critique de l'action de l'exécutif depuis le début de la crise sanitaire. Dans un entretien à Atlantico, il regrette le manque d'implication des élus dans les décisions prises et propose ses solutions pour protéger les plus vulnérables au coronavirus.

Nicolas Dupont-Aignan

Nicolas Dupont-Aignan

Nicolas Dupont-Aignan préside Debout la France, parti politique se revendiquant du gaullisme et est l'auteur de France, lève-toi et marche aux éditions Fayard. 

 

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Atlantico : Cela va bientôt faire un an que la pandémie de la Covid-19 a déferlé sur la France, et elle ne semble pas pointer de relâchement. Malgré tout ce qui a été encore fait, y-a-t-il encore des mesures que le gouvernement peut faire pour ralentir sa propagation ?

Nicolas Dupont-Aignan : Depuis février dernier, j’ai présenté au gouvernement une palette de mesures concrètes qui permettrait de maîtriser l’épidémie sans tuer le pays. Nous avons tous compris qu’un confinement pouvait certes bloquer l’épidémie quelques semaines mais qu’elle redémarrait ensuite avec encore plus de vigueur. Il faut plutôt protéger les personnes fragiles que d’enfermer ceux qui risquent le moins. Cela passe par exemple par la distribution de masques FFP2 à nos anciens, comme en Allemagne où Madame Merkel a envoyé un lot de 15 masques à 27 millions de foyers.

Dans le même esprit de mieux protéger les personnes à risques plutôt que d’enfermer toute la population, j’ai proposé de revoir le décret sur les personnes vulnérables (diabète, cancer, obésité, maladies respiratoires…) qui ont été scandaleusement renvoyées au travail par le Gouvernement Castex à la fin de l’été. Il faut leur permettre comme à leurs conjoints de télétravailler car n’oublions pas que 80% des personnes en réanimation souffrent d’une comorbidité.

La politique de tests doit être plus rigoureuse, surtout chez le personnel des EHPAD. Nous devons éviter la tragédie que nous avons connue dans nos maisons de retraite. Enfin, il faut être rigoureux dans le contrôle des frontières. Quel dommage que le Gouvernement pour des raisons idéologiques ait mis un an à le comprendre.

Pour diminuer la tension hospitalière, pouvons-nous faire quelque chose ?

Là aussi, un an de perdu ! Dès février dernier, j’avais demandé un plan global pour augmenter les lits en réanimation (trois fois moins de lits par habitants en France, qu’en Allemagne ou au Japon). Grâce à l’utilisation des locaux vacants comme le Val-de-Grâce et à une prime destinée aux infirmières réanimatrices venant de prendre leur retraite, nous aurions pu augmenter le nombre de lits. Ce que l’on appelle la réserve sanitaire ne marche pas et, avec cette augmentation, nous pourrions reprogrammer les opérations traditionnelles et éviter un contrechoc sanitaire. Imaginez qu’aujourd’hui les ARS (Agence Régionale de Santé) continuent de fermer des lits. Je financerais ce programme par une meilleure lutte contre les fausses cartes vitales.

Nous sommes l’un des rares pays où le ministère de la Santé a combattu toutes les initiatives visant à tester des traitements précoces de soins anti-COVID. En France, on recommande toujours le Doliprane à des malades âgés qui pourraient être sauvé par l’application de protocoles qui ont fait leur preuve (ivermectine ou hydroxychloroquine).

Par ailleurs, le Gouvernement n’a toujours pas entendu la recommandation de l’Académie de Médecine de fournir en vitamine D les millions de personnes âgées qui sont en carence et dont l’immunité face au COVID est affaiblie.

Enfin, pourquoi ne pas utiliser les nouvelles technologies notamment pour mesurer le taux d’oxygène de chacun, signe précurseur d’insuffisance respiratoire grave ? Il n’y a aucune politique de prévention en France. Au triptyque affoler, enfermer, vacciner je préfère rassurer, protéger et soigner.

Vous semblez avoir des propositions pour juguler l’épidémie mais il semble que le parlement exerce peu de contrôle sur l’exécutif. En tant qu’élu, oùest votre pouvoir de contrôle ?

L’exécutif ne répond à aucun courrier des parlementaires. J’ai envoyé des lettres et il n’a jamais émis de réponse, ni même d’accusé de réception. La majorité a dissous la commission d’enquête et personne n’en a parlé. L’Assemblée nationale vient de renouveler l’état d’urgence sanitaire qui lui enlève tout pouvoir de vote et de contrôle effectif sur l’exécutif. Le conseil des ministres a été dessaisi au profit du Conseil de défense qui assure le secret des délibérations. Il supprime donc la responsabilité de l’exécutif devant l’Histoire et devant le peuple.

Pourquoi n’exigez-vous pas alors plus de transparence sur les données clefs de l’épidémie ?

En tant que parlementaire, nous n’obtenons rien. Par exemple, la part du taux de contamination dans les hôpitaux est inconnue. Pourtant, j’ai de nombreux retours de médecins à ce propos, ils me disent qu’ils n’ont pas de masques FFP2 aux normes, que des infirmières positives ont été forcées à travailler et que beaucoup de Français ont attrapé la Covid à l’hôpital.

Face à cela un tel mutisme de la part de l’exécutif qu’exigez-vous de sa part ?

J’ai été dans l’obligation pour créer un électrochoc d’évoquer l’hypothèse de travail de la destitution du Président de la République. Jusqu’où faudra-t-il aller pour qu’Emmanuel Macron comprenne qu’il doit rendre des comptes à la Nation ?

Heureusement, il a pris comme sage décision de refuser le confinement. Mais est-ce un simple recul tactique pour gagner du temps ? Cette décision n’a de sens que si parallèlement elle s’accompagne des mesures de prévention et de protection des plus fragiles que je viens d’évoquer. L’enjeu est de faire passer le taux de reproduction du virus en dessous de 1.

Vous n’excluez pas une alliance au cas par cas avec LR pour les régionales ? Est-ce la préfiguration d’alliance futures ?

La date des élections n’est toujours pas définitive ! Debout la France a préparé des listes dans chaque région. Mais les élections régionales sont une élection locale et nos équipes se positionneront en fonction des bilans des sortants. Si dans une région il y a un bilan excellent, l’union peut être utile pour éviter l’arrivée d’une gauche rouge-verte nuisible.

Mais l’enjeu historique c’est bien la présidentielle de 2022, afin de sauver notre pays du déclassement total. Lors de cette élection, ma ligne est claire : battre Macron qui a poursuivi en pire la politique mise en œuvre pendant trente ans par l’alternance des socialistes et des républicains. Heureusement, une partie des Républicains (de Bruno Retailleau à Laurent Wauquiez en passant à Julien Aubert) sont conscients de la nécessité de changer de politique et refuseront, je l’espère, de soutenir Emmanuel Macron. Pour le moment, Les Républicains n’ont pas de candidat et certains comme Christian Estrosi appellent à voter Macron dès le premier tour.

Mon projet lui est clair, il n’a jamais changé, il est Gaullien : restaurer l’indépendance de la France, rétablir l’ordre, produire Français pour résoudre la crise écologique et enfin arrêter les gaspillages financiers pour redéployer les moyens afin de rebâtir les service public (universités, hôpitaux, aménagement du territoire…). Je n’ai pas besoin de faire une plateforme internet pour construire un projet qui dépasse tous les clivages politiques. Je suis convaincu d’être le seul à pouvoir réconcilier les Français et battre Macron.

Mme Hidalgo prévoit-elle de lancer sa plateforme pour construire son projet présidentiel, est-ce là un manque d’idées ?

Mme Hidalgo, M. Jadot, Mme Le Pen, Les Républicains, un an avant l’élection seulement font la chasse aux idées. Savent-ils vraiment ce qu’ils veulent pour la France ? Mon projet, lui, est construit et réfléchi.

À presque un an des présidentielles, les sondages vous placent à environ 7 % d’intention de vote, vous avez récemment réaffirmé votre volonté d’indépendance pour les élections mais votre soutien ou non pourrait être déterminant pour la victoire, ou la défaite, de LR et du RN. Ne craignez-vous pas que votre indépendance puisse permettre une réélection de Macron ?

C’est l’inverse ! Beaucoup de dirigeants LR ont quasiment le même programme que Macron, ont appelé à voter pour lui et se sont abstenus sur la plupart des projets de loi. Quant à Marine le Pen, elle est malheureusement le meilleur agent électoral d’Emmanuel Macron car son programme manque en matière économique de sérieux. Je ne veux pas revivre en 2022 le débat du second tour de 2017.

Nous ne battrons Emmanuel Macron que si nous sommes capables d’unir les Français sur des objectifs clairs. Les électeurs ne sont pas la propriété des partis politiques. Toutes les enquêtes d’opinions montrent que par mon choix d’union du second tour de 2017, je suis le seul qui est aussi populaire chez les LR qu’au RN et même chez de nombreux non-inscrits. C’est un atout, alors que Madame Le Pen méprise les électeurs de la droite traditionnelle, tandis que Monsieur Bertrand combat ceux du RN.

Une candidature de Bruno Retailleau aurait-elle plus de sens selon vous chez LR ?

Bruno Retailleau est un homme respectable qui aime la France. Maintenant, personne ne sait s’il pourra être le candidat des LR et pour défendre quel programme. Toutefois, s’il veut me soutenir, j’en serai ravi.

Propos recueillis par Vincent Pons

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