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Municipales J-50 : maires de gauche ou maires de droite, là où ça change quelque chose, là où ça ne change rien
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Girouette

Municipales J-50 : maires de gauche ou maires de droite, là où ça change quelque chose, là où ça ne change rien

Si les répercussions de certaines échéances électorales sont évidentes, celles des municipales posent la question de l'influence d'une couleur politique à l'échelle locale.

Elisabeth Dupoirier

Elisabeth Dupoirier

Elisabeth Dupoirier est diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris. Elle est directrice de recherche (FNSP) au CEVIPOF et enseignante dans le master « Sociétés et politiques comparées » de Sciences Po.

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Atlantico : Toutes les villes sont-elles également impactées par les couleurs politiques de leurs dirigeants ? Certaines le sont-elles seulement ?

Elisabeth Dupoirier : En dessous de mille habitants, la couleur politique n'a quasiment aucun impact puisque la loi électorale fait que la constitution d'une liste ne se fait pas de manière traditionnelle. C'est quelque chose de très particulier qui se fait en dehors des partis politiques. Par ailleurs, la plupart des villes de cette taille ont vu presque tous leurs pouvoirs être délégués aux intercommunalités.

Au-dessus de mille habitants, il y aura pour la première fois cette année un scrutin uniforme pour toutes les villes en dehors de Paris, Lyon et Marseille qui sont divisées en arrondissements. C'est ce qu'on appelle un scrutin par listes bloquées. Bien évidemment, ces listes sont quant à elles dans les mains des parties et influencent donc à terme, au moins en principe, les politiques publiques en fonction de la couleur de la majorité politique présente au conseil municipal.

Sur quelles politiques les différences sont-elles les plus nettes ? Quelles sont celles privilégiées par la gauche ? Par la droite ? Les extrêmes ?

Les politiques de logement sont directement impactées par la couleur politique de la mairie. La gauche a par exemple plutôt l'habitude d’aiguillonner les sociétés HLM tandis que la droite essaie d'inciter le développement de la construction privée. Autre exemple, les impôts locaux. En général, la droite regarde de près le montant des impôts surtout lorsqu'il s'agit d'une droite revendiquée libérale. La gauche quant à elle estime pouvoir monter plus haut dans le plafond fiscal de ce qu'un administré peut supporter pour financer les politiques sociales.

Les politiques économiques quant à elles n'ont d'intérêt que dans les grandes villes. La droite gouverne volontiers en s'appuyant sur les recommandations des chambres de commerce et d'industrie. La gauche quant à elle cherche plutôt des appuis auprès des chefs d'entreprise qui la soutiennent etc. L'un comme l'autre poussent à l'entrepreneuriat, la droite en intervenant peu tandis que la gauche donne plus volontiers des coups de pouce aux projets nouveaux.

L'extrême droite gouverne très peu de villes mais là où elle est présente, je crois savoir qu'elle fait plutôt du social et de la politique de proximité. Du côté du PC, il y a, à l'inverse du FN, une très grande expérience de la gouvernance municipale mais le parti s'est fait prendre presque toutes ses villes par le PS avec qui il se retrouve pieds et poings liés. Soit il participe, soit il est mis en défaut.

Dans quelle mesure la sociologie d’une ville peut-elle avoir une influence sur la marge de manœuvre d’un parti politique à l’échelle locale ?

La sociologie d'une ville a beaucoup d'influence sur la politique locale. Par exemple, la population bourgeoise qui a été attirée dans les villes de la petite couronne parisienne, ceux que l'on appelle les "bobos", a permis au Parti socialiste de récupérer des villes et d'y mener sa politique. Plus surprenant encore, la ville de Montreuil qui n'aurait jamais eu une maire écologiste en la personne de Dominique Voynet sans la présence de cette population "bobos".

A l'inverse, des villes comprenant une forte population d'une autre forme de bourgeoisie, traditionnelle celle-ci, ne laissera jamais la place à une politique de la ville de gauche même lorsque celle-ci prend un peu de force au conseil municipal après une élection municipale.

Ces constats varient-ils selon les régions, notamment celles ayant des traditions politiques historiques ? Qu'en est-il des grands leaders locaux ?

Structurellement parlant, penser par région n'est pas pertinent. Il faut penser en fonction de la convergence des intérêts des différents acteurs des régions à un moment précis. Ainsi, les politiques locales de gauche auront d'autant plus de chances de se mettre ne place qu'il y a une harmonie des objectifs des grands maires, des départements et de la région.

Par ailleurs, certaines régions, peu importe leurs couleurs, sont portées à certaines époques par un grand leader politique d'ampleur national. On peut citer bien sûr Alain Juppé à Bordeaux, Ségolène Royal, Valérie Giscard d'Estaing etc. qui ont tous, quelle qu'ait été leur place dans la région - maire de grande ville, président de région ou autres - pu se servir de leur notoriété pour créer d'importantes impulsions locales. Cette harmonisation leur survit souvent mais pas toujours.

Enfin, on a tendance à croire que les régions comptant peu de départements sont plus influençables au niveau des politiques locales mais c'est bien souvent car cela renforce souvent les antagonismes régionaux, les petites concurrences locales.

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