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"La décision du Gouvernement Ayrault de baisser les salaires des ministres de 30% va donc précisément dans le mauvais sens."
"La décision du Gouvernement Ayrault de baisser les salaires des ministres de 30% va donc précisément dans le mauvais sens."
©Flickr/401K

Le nettoyeur

Baisse de 30% ? Une idée toxique ! Il faut multiplier les salaires des ministres par 10

Cette semaine, le "nettoyeur" Pascal Emmanuel Gobry, fait voler en éclat l'idée reçue selon laquelle baisser les salaires des ministres de 30% serait une bonne chose.

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

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Un des phénomènes qui tue la politique en France est le fait que les hommes politiques ont presque tous le même parcours.Un des moyens d'attirer de nouveaux talents en politique serait de décupler leur rémunération.

La décision du Gouvernement Ayrault de baisser les salaires des ministres de 30% va donc précisément dans le mauvais sens. D'une certaine manière, elle accrédite la thèse du “tous pourris” qui fait le lit des extrêmes : les hommes politiques font carrière pour gagner un salaire, et pas servir leur pays, la preuve, ils se sur-payaient avant.

Plus généralement, un traitement faible des hommes politiques les pousse à se rémunérer sur les avantages en nature : frais de déplacement, appartements de fonction... le tout sans transparence. Souvenons-nous qu'il n'y a pas si longtemps chaque ministre avait droit à une “cassette” d'argent liquide pour ses frais divers. 

Être ministre, ou même parlementaire ou maire, c'est avoir des responsabilités très importantes. Dans une société moderne, quelqu'un avec des responsabilités importantes doit être bien rémunéré. On peut s'en plaindre mais c'est comme ça. Sinon on continuera à n'avoir que des fonctionnaires et des avocats qui peuvent se replier sur leur statut s'ils perdent une élection.

Pendant longtemps, on pensait qu'une charge publique devait être exercée uniquement par amour de la patrie et du service public, et donc ne pouvait pas être rémunérée. On s'est rendu compte qu'elles n'étaient exercée au final que par les riches ou par ceux qui étaient corrompus et utilisaient leur charge pour s'enrichir. On a donc accepté le principe d'une rémunération pour les serviteurs publics. Mais ce principe devient creux si cette rémunération n'est pas compétitive avec celle du secteur privé ! A Singapour, dont les experts en gouvernance s'accordent pour dire que c'est l'Etat le mieux géré au monde, le Premier ministre reçoit un salaire de plusieurs millions de dollars. Si on multiplie la rémunération de nos ministres par 10, elle n'approchera toujours pas celle d'un patron du CAC 40 : il y a de la marge !

La sous-rémunération des responsables publics mène à une forme subtile de corruption, qui est représentée par toutes les formes de pantouflage, qui mènent les anciens hommes politiques et membres de cabinet à s'enrichir dans les entreprises privées parce qu'ils n'ont pas pu le faire dans le public. C'est malhonnête mais en même temps si compréhensible : on demande aux gens les plus brillants de notre pays de faire des jobs très ingrats (oui, membre de cabinet ou homme politique est un métier très ingrat) en étant mal payés et en plus de dire merci. On peut exiger le célibat des prêtres, mais dans ce cas-là il ne faut pas leur demander de travailler dans un sex shop !

On me rétorquera que si on augmente la rémunération des politiques, on n'aura plus que des politiques motivés par l'appât du gain. C'est un faux argument. Premièrement, dès qu'il y a politique, c'est-à-dire pouvoir, on aura des gens attirés par des motifs égoïstes. L'empêcher est illusoire, il faut le gérer. Deuxièmement, c'est déjà possible de faire de la politique motivé par l'appât du gain, il suffit juste de pantoufler après, ce qui est pire. Il faut donc assumer et encadrer, pas nier et cacher.

On me rétorquera que c'est un mauvais symbole, surtout en période de crise. Nos politiques vivent déjà sous les lambris : quel symbole est-ce là ? Les symboles sont importants, mais l'honnêteté encore plus. Ce que les français attendent de leur gouvernement c'est d'abord de la compétence et du talent. L'honnêteté est d'admettre qu'avec compétence et responsabilité vient rémunération importante.

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