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Ce que nous devons aux monastères
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Spiritualité

Ce que nous devons aux monastères

Les moines demeurent des personnes peu connues du grand public. Pour Atlantico, Charles Wright nous livre un extrait de son entretien avec Dom Michel Pascal, abbé émérite du monastère bénédictin de Ganagobie, tiré du livre " A quoi servent les moines ?" Editions François Bourin. Dernier épisode.

Michel  Pascal Charles Wright

Michel Pascal Charles Wright

Michel Pascal est l’abbé du monastère bénédictin de Ganagobie (Alpes de Haute-Provence). Il est moine depuis cinquante ans. 

Charles Wright travaille dans l'édition. Il est l'auteur de A quoi servent les moines ?

 

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Qu’ont apporté les moines à l’Europe ?

Paul VI, quand il a été question de trouver un patron à l’Europe, s’est immédiatement tourné vers saint Benoît : « C’est saint Benoît et ses fils qui, avec la croix, le livre et la charrue, apporteront le progrès chrétien aux populations s’étendant de la Méditerranée à la Scandinavie, de l’Irlande aux plaines de la Pologne ». La croix, autrement dit la loi du Christ ; le livre, c’est-à-dire la culture classique ; et la charrue, c’est-à-dire le défrichement des terres incultes.

Vraiment, saint Benoît et ses fils ont apporté à l’Europe toute une civilisation. D’abord l’anoblissement du travail manuel avec aussi une amélioration des méthodes de culture et donc une amélioration sensible des productions. Du coup, les populations souffraient moins souvent de la famine (…) Il y a aussi, sur le plan de l’agriculture, un domaine où les moines ont exercé une grande influence : c’est le vignoble français. Ce sont eux qui ont lancé la viticulture dans presque toutes les régions (…). Ensuite, il y a l’apport gastronomique des monastères, avec la tradition des fromages, surtout chez les Cisterciens (…). Il y a aussi tout ce qui relève du façonnement des paysages. Chaque fois qu’un monastère s’installait à un endroit, un défrichage s’opérait pour avoir des terres arables. Les moines ont donc très largement contribué aux paysages que nous contemplons aujourd’hui. Il nous faut aussi évoquer le domaine de l’architecture et de l’art. Il n’y a qu’à prendre les chapiteaux de Vézelay, de Cluny, de Noirlac pour mesurer l’immense influence artistique du milieu monastique, en particulier clunisien (…)

Les monastères ont aussi été des réceptacles, des conservateurs de la culture quand les invasions barbares ont détruit presque toute la culture romaine de façon dramatique. Dans leur scriptoria, les moines ont patiemment conservé cette culture. Si aujourd’hui on peut lire César, Cicéron ou Tacite dans le texte, c’est grâce à eux. (…).

On le sait moins, mais les moines ont aussi mis au point des éléments importants de la musique. Par exemple, nous leur devons le nom des notes de la musique moderne: ut (do), ré, mi, fa, sol, la, si. C’était au tournant de l’an 1000. Un moine, Gui d’Arezzo, a eu l’idée d’utiliser les syllabes d’un chant latin, L’Hymne de saint Jean-Baptiste, pour nommer les notes. Les six premiers vers de cet hymne commencent par des sons qui forment une gamme montante, sur les mots ut, ré, mi, fa, sol, la, si. Voilà le texte de ce chant : « Ut queant laxis/Resonare fibris/Mira gestorum/Famuli tuorum/ Solve polluti/Labii reatum/Sancte Iohannes.»

Il y a aussi tout ce domaine plus immatériel qui relève du façonnement des sensibilités. Par exemple avec la catégorie du temps. En partageant sa journée en heures canoniales, pour la régularité des offices, le moine a créé cette structure fondamentale du temps moderne: l’emploi du temps.

Oui et la part prise par le monachisme dans la culture historique est, elle aussi, décisive. Bien avant Dom Mabillon, il y a eu les chroniqueurs. Ces premiers historiens – après les historiens grecs et romains, bien sûr – sont tous des moines. L’histoire du monde, c’est grâce à eux que nous la connaissons. Vraiment, les bases de la culture historique, ce sont eux. Pour les bases juridiques, c’est la même chose. Ensuite, les clercs ont pris le relais. Mais au début, c’étaient les moines qui étaient souvent les secrétaires des notaires ou des chanceliers.

Cette influence monastique, on la retrouve dans toute une série d’expressions populaires : l’habit ne fait pas le moine, une antienne, les cent coups, avoir voix au chapitre, etc. Ça montre bien à quel point la culture monastique a imprégné le corps social, l’a façonné en profondeur.


Extrait de "A quoi servent les moines ? Dialogue entre un jeune homme et un homme de Dieu", Bourin Editeur, 14 avril 2011.


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