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©GEORGES GOBET / AFP

Energie verte

Mix électrique : l’illusion du 100% renouvelable

Un rapport réalisé par RTE, le gestionnaire français du réseau de transport d’électricité devrait être publié dans les jours à venir. Ses conclusions, qui avancent qu’un mix électrique décarboné intégralement composé de renouvelables est techniquement réalisable d’ici 2050, ne manque pas de questionner. Mais l’avènement d’un tel scénario repose sur le strict respect d’un ensemble de conditions qui semblent très difficiles à réunir conjointement.

Jean-François Moreau

Jean-François Moreau

Jean-François Moreau est un journaliste spécialisé dans les domaines de la transition énergétique et de l’efficacité énergétique des bâtiments. 

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Un scénario parmi d’autres

Ce scénario est inclus dans une étude portant sur huit mix électriques futurs, destinés à parvenir à la neutralité carbone en 2050. Les sept autres scénarios comportent une part plus ou moins importante de nucléaire dans le mix électrique, allant de 50 % de nucléaire à 15 %. Rien n’indique que le scénario tout-renouvelable soit privilégié par les instances à l’origine de l’étude, qui ont -malheureusement- choisi de se limiter uniquement aux aspects techniques. Elles précisent d’ailleurs, dans leur synthèse, que « le rapport n’examine pas la question de savoir si ces scénarios sont socialement souhaitables ou attrayants ni celle de leur coût et de leur viabilité financière ».

L’Agence internationale de l’Énergie, citée dans la note, considère quant à elle l’énergie nucléaire comme une ressource quasi-obligatoire dans le cadre de la transition vers un monde bas-carbone. Elle affirme surtout que choisir de s’en passer serait « bien plus dur et plus coûteux ».

Un scénario dont la réussite repose sur une multitude de facteurs…

Selon les auteurs du rapport, dont certains extraits ont été divulgués par la revue Contexte, « quatre ensembles de conditions strictes devront être remplies pour assurer, sur le plan technique, l’intégration en toute sécurité de très grandes parts d’énergies renouvelables dans un système électrique large comme celui de la France », à savoir « la stabilité du système », la « sécurité d’alimentation », « les réserves opérationnelles » et le « développement des réseaux ».

La principale critique portée contre les renouvelables est bien évidemment leur intermittence. Il est parfaitement logique et compréhensible que l’éolien et le solaire ne soient fonctionnels que quand le vent souffle ou que le soleil brille. Le facteur de charge de l’éolien, qui définit l’électricité effectivement produite par la filière et celle qu’elle aurait pu produire à sa puissance maximale, est particulièrement médiocre. Il oscille entre 20 et 25 % sur le territoire français, signifiant ainsi qu’une éolienne n’est en capacité de produire à sa puissance maximale qu’entre 1 et 1,25 jour sur cinq, selon les données de RTE. Avec de puissantes variations régionales. Le facteur de charge éolien en 2018 atteignait 25,5 % en Occitanie, là où il s’est limité à 19,9 % en Ile-de-France.   

Dans ce domaine, l’énergie solaire ne brille pas non plus. Selon le site Open Data Réseaux Énergies, son facteur de charge est d’environ 14,34 % entre janvier 2012 et novembre 2020 avec, là encore, de fortes variations régionales et saisonnières. L’hydraulique se détache un petit peu, avec un facteur de charge estimé à 30 %. Mais la France dispose actuellement de 25,6 GW en exploitation, pour une production moyenne de 63 TWh, selon RTE. Une production très proche du potentiel exploitable du pays, selon les données du Conseil mondial de l’énergie. Il ne faudrait donc pas trop capitaliser sur l’hydroélectrique à l’avenir. En revanche, le facteur de charge du nucléaire est compris entre 70 % et 80 %, bien au-delà de toutes les autres sources d’énergie.

Ni foisonnement, ni solutions de recharge

Si les énergies renouvelables peuvent ponctuellement atteindre des facteurs de charge impressionnants, comme le 14 mars 2019, où l’éolien a atteint les 81 %, elles dépendent encore de la bonne volonté de la météo. La journée du 14 mars 2019 avait en effet été marquée par des vents violents, dont la vitesse est rarement égalée. Mais Éole n’est pas régulier. Plus récemment, le 8 janvier 2021, seul 6% de la capacité éolienne en France fonctionnait du fait du manque de vent. Face à l’intermittence du vent en France, les industriels de l’éolien ont longtemps espéré pouvoir compter sur le foisonnement, théorie reposant sur l’idée que la diversité des régimes de vents aux échelles française et européenne permet théoriquement d’approvisionner l’ensemble de ces vastes territoires à chaque instant en énergie éolienne.

Une hypothèse séduisante mais déconstruite par une étude publiée en mars 2012 par Hubert Flocard et Jean-Pierre Pervès, qui concluait que « les scénarios énergétiques accordant une place importante à l’éolien n’ont certainement pas le niveau de sophistication adapté à  l’industrie de l’électricité, dont un fonctionnement sans à-coups est essentiel pour la viabilité de notre économie et le confort des citoyens ». Surtout, le réseau électrique français n’est pour l’instant pas du tout en mesure de gérer la distribution des flux d’électricité éolienne sur de si longues distances.

Quant aux systèmes de stockage, ils ne sont aujourd’hui pas encore au point. Selon Anna Rajzbaum, consultante et George Bakkar, manager au sein du cabinet PMP, le domaine du stockage via hydrogène est encore « son faible rendement énergétique » et se heurte à des complexités multiples, même si des progrès ont été constatés.

Beaucoup de facteurs non pris en compte

Cette étude se limite à la faisabilité technique, mais ignore énormément de points, pourtant capitaux. Les coûts d’une telle transformation déjà, alors qu’une étude de la Cour des Comptes publiée en mars 2018 révélait le coût croissant des dispositifs de soutien à la production d’électricité renouvelable, ces charges pouvant atteindre entre 9,7 milliards d’euros et 10,4 milliards d’euros par an en 2023. L’AIE, dans une étude conjointement publiée avec l’OCDE sur les coûts actualisés de l’énergie, a récemment conclu que le nucléaire restait la solution la plus rentable. Les conséquences sur les consommateurs ensuite, avec des risques d’augmentation de la facture finale de l’ordre de 30 %. Le tout dans un budget public qui, chaque jour, est de plus en plus contraint par la crise sanitaire.

L’emprise territoriale d’une telle décision est aussi à prendre en considération. A 100 % d’énergies renouvelables, la surface occupée par les modes de production renouvelables atteindrait 10 % du territoire, soit l’équivalent des régions Pays de La Loire et PACA réunies. Avec des conséquences déjà connues sur la bétonisation et l’artificialisation des sols, la perte potentielle de terres agricoles, les impacts sur la biodiversité ou encore, pour la biomasse, la disparation croissante de la forêt. Sans compter la pression grandissante sur les terres rares, dont la raréfaction pourrait être problématique à terme et dont l’exploitation n’est pas exempte de reproches environnementaux.

Difficile aussi, d’envisager un tel bouleversement de notre système électrique sans considérer l’acceptabilité sociale. Sachant que chaque projet de barrage hydroélectrique entraîne sa ZAD et chaque projet d’implantation de champs d’éoliennes son collectif local, nourri par des riverains mécontents de voir leurs paysages partiellement défigurés par un parc éolien.

Autant de facteurs qui séparent encore le « techniquement possible » de « l’effectivement réalisable ». Et qui, à terme, peuvent amoindrir la perspective d’un futur 100 % renouvelables

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