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Le prince Charles, la reine Elizabeth II, la britannique Meghan Markle, le prince Harry et le prince William au balcon de Buckingham Palace.
Le prince Charles, la reine Elizabeth II, la britannique Meghan Markle, le prince Harry et le prince William au balcon de Buckingham Palace.
©Tolga AKMEN / AFP

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Meghan Markle vs Elisabeth II: la Grande-Bretagne est-elle condamnée à perdre la nouvelle guerre d’Amérique?

Lettre de Londres mise en forme par Edouard Husson. Nous recevons régulièrement des textes rédigés par un certain Benjamin Disraeli, homonyme du grand homme politique britannique du XIXe siècle.

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Benjamin Disraeli (1804-1881), fondateur du parti conservateur britannique moderne, a été Premier Ministre de Sa Majesté en 1868 puis entre 1874 et 1880.  Aussi avons-nous été quelque peu surpris de recevoir, depuis quelques semaines, des "lettres de Londres" signées par un homonyme du grand homme d'Etat.  L'intérêt des informations et des analyses a néanmoins convaincus  l'historien Edouard Husson de publier les textes reçus au moment où se dessine, en France et dans le monde, un nouveau clivage politique, entre "conservateurs" et "libéraux". Peut être suivi aussi sur @Disraeli1874

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Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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Hughenden, 
Le 8 mars 2021
Mon cher ami, 

Un scénario peu original

Nous aurions pu écrire le scénario de l’entretien de Meghan Markle et du Prince Harry avec CBS. Vous avez tous les ingrédients de l’anti-culture contemporaine, « Cancel » ou « Woke ». Ce qu’il faut de racisme accusateur - jeter le soupçon sur la famille royale, accusée de ne pas avoir accepté des petits-enfants métisses; de victimisation: la duchesse de Sussex, comme s’obstinent à l’appeler les médias, nous explique qu’elle a pensé se suicider. Et puis vient la tartufferie. Meghan explique son affection pour la Reine. Tandis que mari nous explique que son pauvre père et son son malheureux frère sont prisonniers du système de la Couronne, qu’il ne les reconnaît plus. Et il ajoute une pincée de « Diana » pour pouvoir justifier les deniers de la trahison - qui s’élèvent tout de même à 8 millions de dollars. 

Une actrice très moyenne mais qui mène son prince par le bout du nez

Tout ceci devrait provoquer un franc éclat de rire. Meghan Markle est une actrice médiocre - avez-vous regardé la série « Suits »? Eh bien, elle ne joue pas, elle se contente d’être là. Face à Oprah Winfrey, la prestation est laborieuse. Elle suit à la lettre le scénario que lui ont écrit ses communicants et c’est comme si nous voyions à chaque fois apparaître une pancarte: « Maintenant, souris », « Prends un ton compassionnel », « C’est le moment de pleurer ».  Si l’on ne constatait pas que Harry trahit sa lignée et son pays, on aurait pitié de ce nigaud mené par le bout du nez et que, tout à sa petite volonté tyrannique, Meghan Markle jettera le moment venu, comme un citron pressé, quand il ne sera plus possible de gagner de l’argent en calomniant la famille royale britannique. 

Un monde sans mémoire

Il n’empêche, les coups portés sont dangereux pour la Couronne. Et pour notre pays. Buckingham Palace avait cru qu’il serait suffisant de laisser fuiter dans la presse britannique des éléments sur la vraie personnalité de Ms Markle. Plusieurs membres du personnel qui lui avait été affecté se sont plaints du mépris et de la brutalité avec lesquels elle les traitait. Mais nous sommes dans l’anti-civilisation, un monde sans mémoire. Les informations de jeudi dernier sont déjà oubliées. Les commentateurs du monde se transforment en choeur de pleureuses. Le cocktail n’est-il pas parfaitement dosé? A vrai dire, les médias mainstream se sont tellement habitués à véhiculer de la junk food, qu’ils avalent tout ce qu’on leur jette, tels le Cookie Monster de Sesame Street - j’arrêterai la comparaison car Meghan et Harry se retrouveraient affublés des noms Toccata et Mordicus.....

La jalousie mimétique

La famille royale va se défendre. Elle a appris des controverses médiatiques avec Diana. Le paradoxe, c’est qu’à l’époque de la rupture entre Diana et Charles, la princesse était largement la victime d’un mari goujat et cynique. Aujourd’hui, Meghan n’a aucune raison de se plaindre; elle a été accueillie à bras ouverts; tout lui a été apporté sur un plateau. Mais cela n’en fait que plus évidemment ressortir ce que votre maître Girard appelait désir mimétique, cette jalousie qui accable l’individu contemporain qui se croit libre. Meghan avait cru qu’un mariage princier serait un accélérateur de notoriété et de carrière. Objectivement, ça l’était, mais cela impliquait des devoirs. Meghan Markle ne pouvait pas être au centre de l’attention en permanence. Mais elle n’a pas accepté que Kate Middleton lui vole la vedette régulièrement. Elle n’a pas accepté l’ordre social particulier dans lequel elle était rentrée, où son mari n’est pas le premier héritier du trône. Elle n’a pas accepté le moindre compromis et s’étonne ensuite d’avoir été rejetée par le système auquel elle ne voulait pas s’intégrer. 

Une nouvelle guerre d’Amérique...

Ce que révèle la nouvelle « guerre d’Amérique » lancée par Meghan Markle contre la Couronne britannique, c’est le totalitarisme de la génération hyperindividualiste. Il suffit que l’actrice américaine prononce les formules magiques de l’anticulture de la dénonciation: « Je suis une victime des préjugés de ces gens », « Ils m’ont poussée à bout », « Il y en a bien qui sont gentils parmi eux mais c’est un système d’oppression que je combats » et la machine médiatique se met en marche. La Couronne peut-elle gagner cette guerre. La Princesse Diana combattait en respectant des règles. Meghan croit que tous les coups sont permis pourvu qu’on existe médiatiquement. Je suis prêt à parier que le peuple britannique sa se solidariser avec la Couronne. Mais il s’agit aussi d’une lutte planétaire. Nous avons vu avec le Brexit comme il était difficile de faire valoir les droits légitimes d’une nation. 

...mais que la Couronne britannique peut gagner

Alors, pour finir, mon cher ami, je crois que Meghan Markle réconcilie les sujets de Sa Grâcieuse Majesté avec la Couronne. Peut-être que la victime collatérale sera Charles qui, pour protéger la Couronne, passera directement la main à William après le décès de sa mère. Pour autant, le feuilleton Meghan n’est pas fini. Tant qu’elle pourra gagner assez d’argent en dénigrant les institutions britanniques, elle le fera. Et puis, un jour, nous verrons Harry revenir seul, demander sa réintégration à la Maison Royale. 
Bien fidèlement à vous 
Benjamin Disraeli  

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