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Méditation : ça ne peut pas faire de mal… eh bien si, et voilà comment
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Pas si zen

Méditation : ça ne peut pas faire de mal… eh bien si, et voilà comment

Si dans l'ensemble, les thérapies méditatives sont très appréciées, il existe des limites à de telles pratique, notamment en ce qu'elle peuvent provoquer en termes d'angoisse ou de sentiment d'isolement.

François  Chauchot

François Chauchot

Médecin Psychiatre Libéral. Il exerce également à l'hôpital Sainte Anne. 

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Atlantico : La méditation de pleine conscience prétend calmer l'angoisse, l'anxiété, le stress, tout un pan de symptômes qui peuvent surgir d'un mal-être profond. Toutefois certains pratiquants, souvent grâce à l'aide de téléphone, peuvent la substituer à une thérapie. En quoi cette pratique peut aider et quelles en sont les limites, notamment en termes de solitude ?

François Chauchot : Tout d’abord il me semble important de rappeler un des grands principes des soins psychiatriques, qu’ils soient médicamenteux ou psychothérapeutiques, c’est que ces soins sont basés sur une relation . Et il parait difficile de l’envisager  sans cela, cad sans l’interaction avec l’autre, le partage d’une expérience ineffable, celle de « la maladie », et qui à travers l’alliance thérapeutique aboutit à un travail d’information, de compréhension, d’élaboration, mais aussi de soutien, d’aide, d’accompagnement.

Autant d’actions que même l’application la plus performante et le smartphone le plus chéri ne peuvent fournir, on n’en doute.

Mais je pense qu’il faut distinguer la pratique de la méditation effectuée dans un centre psychothérapique ou de soins, cad intégrée à une démarche plus globale, comme le font certains centres spécialisés dans le traitement des troubles de l’humeur, en proposant des programmes de méditation  et de mindfulness , après une évaluation précise de la cible thérapique . La sélection des bonnes indications à ces programmes est là pour éviter soit les échecs, soit les réactions négatives ou paradoxales.

Et la pratique isolée de la méditation, via certaines applications ; non pas que ces dernières ne soient pas de qualité ; mais il y a souvent un évitement de la relation de soin . Or aller consulter, on dit souvent « aller voir quelqu’un », est une démarche il est vrai loin d’être évidente, et pour de multiples raisons (l’appréhension de devoir parler de soi, la réponse parfois peu adéquate du praticien consulté, les idées fausses ...). 
Donc méditer seul face à son smartphone se conçoit comme un premier temps dans un parcours de soins complexe, qui un jour vous conduira  peu être à être face à un soignant. Ne pas envisager consulter  risque de prolonger la durée de votre détresse non prise en considération dans cette relation thérapeutique  et de laisser évoluer un état psychiatriques non reconnus comme tel.

En règles générales dans les soins psychiatriques, les études d’opinion montrent que les thérapies, qu’elle qu’en soient les orientations, sont jugées positivement.

Les principes de la méditation ont diffusés largement dans le grand publique, pour devenir des présupposés bienveillants, rangés du coté « des choses qui font du bien », à l »extrême opposé se trouvent les psychotropes, dont assez régulièrement on remet en question l’efficacité et bien sur l’innocuité . Mais la situation est elle aussi simple ?.

En pratique, la grande majorité des « pratiquants » est enthousiaste, dans un large mouvement de contagion intellectuelle.  Ils disent accéder à un épanouissement personnel non connu jusqu’à là. Plus rarement un petit nombre avoue ne pas pouvoir méditer, non sans déception ( au vue des témoignages des premiers!) . La méditation déclenche chez eux un état d’agacement physique et intellectuel - les pensées tournent, à en perdre le contrôle-. Ils ne dépassent pas quelques séances . Enfin, dans ce petit nombre, certains connaissent des expériences curieuses, proche d’état de dépersonnalisation anxieuse, et d’expérience d’un vide intense. Mais ils n’arrêtent pas pour autant leur pratique !

Les explications à ces mauvaises expériences manquent, mais l’imagerie cérébrale fournit d’intéressants constats des effets fonctionnels sur les centres impliqués dans la régulation de nos émotions.

Alors pour conclure, faut-il méditer uniquement en étant en bonne santé ? Rappelons simplement que la méditation n’est pas un outil de soins, que le mindfulness est son adaptation aux soins, mais dans un cadre psychothérapique  basé sur la relation thérapeutique.

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