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Pierre Gattaz (Medef) et Jean-François Rouboud (CGPME)

Le choc des Titans

MEDEF et CGPME : la guerre des patronats aura-t-elle lieu ?

La prochaine mise en œuvre de la réforme de la représentativité patronale débouchera-t-elle sur une marginalisation du MEDEF et sur un triomphe de la CGPME ? La chronique des derniers jours laisse en tout cas planer un doute sur les marges dont le MEDEF dispose encore pour peser dans les négociations.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Une réforme qui doit déboucher en 2017

On se souvient que c'est la loi du 5 mars 2014 sur la formation professionnelle qui a, dans son article 16, réformé les règles de représentativité patronale. Le principe était simple: il s'agissait d'appliquer aux organisations d'employeurs les règles adoptées en 2008 pour les syndicats de salariés. Pour les syndicats de salariés, l'élection est devenue le fondement de la représentativité. Pour les syndicats patronaux, l'adhésion s'est substituée à l'élection, et une organisation d'employeurs doit démontrer qu'elle "collecte" suffisamment d'adhésions parmi les entreprises d'un secteur pour y rester représentative.

Dans le cas des organisations interprofessionnelles, l'adhésion doit concerner au moins quatre secteurs : industrie, construction, commerce et services.

Longtemps retardée par un forcing intensif de Laurence Parisot alors présidente du MEDEF (qui craignait, déjà ! la concurrence de la CGPME), cette réforme a pourtant bénéficié de règles protectrices spécifiques. En particulier, la loi limite les risques de "dérapage" dans le cas des doubles adhésions. Très concrètement, les entreprises qui sont à la fois adhérentes du MEDEF et de la CGPME ou d'organisations adhérentes à ces confédérations, ne pourront être massivement comptées pour l'un ou pour l'autre.

Il se murmure de longue date que la CGPME avait obtenu une répartition minimale de 40% en sa faveur, mais il faudra attendre le décret d'application, dont l'Opinion a révélé qu'il avait été envoyé au Conseil d'Etat, pour en savoir plus.

Deux choses sont sûres : d'abord, la réforme entrera en vigueur en 2017, ensuite, la course à l'adhésion commence. 

Le MEDEF mis en difficulté

Pour le MEDEF, la campagne d'adhésion ne commence pas dans les meilleures conditions, pour deux raisons principales.

Pour une raison structurelle d'abord : le MEDEF est dominé par les grandes fédérations et les grandes entreprises, et il rencontrera toujours des difficultés à prouver qu'il représente mieux que la CGPME les petites entreprises. L'air simple et patelin de Pierre Gattaz a pu faire illusion sur le sujet. Mais il se heurte désormais à un petit obstacle.

Pour une raison circonstancielle ensuite : la communication tous azimuts et désordonnée de Pierre Gattaz a beaucoup nui à sa crédibilité. En donnant le sentiment d'une surenchère permanente, le président du MEDEF a agacé un pouvoir désormais confronté aux affres des échéances électorales. Après avoir brusqué sa majorité sur la question du pacte de responsabilité pour lequel très peu de branches ont signé un accord, le gouvernement n'a plus guère de cadeaux à faire à un MEDEF jugé ingrat.

La préparation du congrès de Poitiers, première étape vers le soutien à la candidature de François Hollande en 2017, a d'ores et déjà donné lieu à un lâchage en beauté : la motion majoritaire portée par le Premier Secrétaire du parti prévoit de réorienter les 15 milliards d'euros restants du pacte de responsabilité vers les PME en difficulté. Pour la CGPME, cette réorientation est une victoire.

Asselin, président de la CGPME et nouveau La Fayette

La CGPME s'est spécialement "équipée" pour affronter cette réforme stratégique. Son nouveau président, François Asselin, suit une ligne à la fois dure et novatrice, sans concession à la modernité, mais avec un visage en apparence ouvert et tactique. Il incarne assez bien le raidissement des organisations patronales voulu par la "base", qui oblige le MEDEF à prendre des positions à contre-courant de sa tradition. C'est ainsi que la CGPME a contraint le MEDEF à se déclarer hostile aux "branches" locales de TPE prévues par la loi Rebsamen, alors même que le MEDEF avait plus ou moins acté cette formule dans la négociation sur la modernisation du dialogue social.

François Asselin a intelligemment ancré sa posture de président communiquant avec l'affaire de l'Hermione. Ce sont en effet les ateliers Asselin qui ont construit la réplique du bateau qui avait emmené La Fayette soutenir les insurgés américains contre l'occupant britannique. Le baptême de l'Hermione s'est fait en présence de François Hollande, avec un message de Barack Obama. Pour le président de la CGPME, c'est la gloire... et un beau coup marqué dans un combat qui devrait tendre fortement les relations entre les organisations patronales.

Gattaz fortement affaibli

Pour Pierre Gattaz, en revanche, la situation est moins simple à contrôler. Plus personne n'ignore les difficultés qu'il rencontre en interne dans la conduite des dossiers. Après l'échec de la négociation sur la modernisation du dialogue social, la négociations sur les retraites en donne un exemple flagrant. Le jour où cette négociation s'ouvrait, le chef de file patronal Claude Tendil excluait officiellement d'évoquer la question de la capitalisation, alors que Pierre Gattaz proposait de l'instaurer. 

Ce genre de couac pose évidemment problème au sein du principal syndicat patronal et renforce les tensions internes. Il est par exemple de notoriété publique que la puissante fédération du bâtiment prend peu de plaisir à collaborer avec Pierre Gattaz, et réciproquement. Du coup, la candidature de Patrick Bernasconi à la présidence du CESE semble avoir du plomb dans l'aile, et Laurence Parisot, auto-parachutée au palais d'Iéna donne des interviews où elle dit tout le bien qu'elle pense de Manuel Valls et d'Emmanuel Macron. Ces bonnes paroles ne peuvent jamais nuire si l'on se pense comme recours à la présidence de l'institution. 

L'économie sociale et solidaire en embuscade?

Le huis clos entre la CGPME et le MEDEF devrait toutefois connaître ses limites.

Sur les bancs des organisations déjà représentatives, l'UPA continuera en effet à jouer les insiders et à tisser ses liens dans le monde des artisans.

En dehors de la "bande des trois", on ferait bien de rester attentif à l'évolution de l'économie sociale et solidaire, qui pourrait avoir la capacité de conquérir sa représentativité interprofessionnelle et de changer les règles du jeu. Il est encore un peu tôt pour le dire, mais rien n'exclut qu'un scénario de ce type ne prenne forme.

Les deux années qui viennent seront probablement socialement morte pour la négociation collective, mais intense pour la vie patronale. 

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